Déficiente, la prévention du suicide chez les gaisSilvia Galipeau
La Presse
Si l'on souhaite un jour franchement s'attaquer à la question du suicide au Québec, il faudra commencer par cerner l'une de ses cibles les plus vulnérables, les homosexuels.
C'est du moins ce que pense Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute, interrogé dimanche en cette première journée de la semaine nationale de prévention du suicide.
Chaque jour, cinq personnes s'ôtent la vie au Québec. On le sait, on le dit et on le répète, parmi les personnes les plus vulnérables, se retrouvent les homosexuels, qui seraient de six à 14 fois plus à risque. Quant à savoir combien ils sont exactement, mystère, car aucune étude quantitative n'a à ce jour été menée au Québec.
Et c'est bien dommage, déplore d'ailleurs Laurent McCutcheon. D'autant plus dommage, que la Stratégie québécoise d'action face au suicide annoncée en 1998 garde presque sous silence la dimension homosexuelle de la chose.
"On ne se suicide pas parce qu'on est homosexuel, précise Laurent McCutcheon. Mais à cause de difficultés qui peuvent être liées à l'homosexualité." Le rejet, qui entraîne une dévalorisation de soi et une perte de dignité, risque de provoquer la dépression, cause fréquente de suicides. "Mais il faut se poser la question: pourquoi y a-t-il eu dépression? C'est ce bout de chemin qui manque", dénonce-t-il.
Évidemment, tous les homosexuels ne sont pas pour autant suicidaires. "Il ne faut pas généraliser et dire que tous les homosexuels veulent se suicider, précise-t-il. Mais l'homosexualité est un facteur important."
D'après lui, il est aussi temps pour le "noyau dur", notamment le ministère de la Santé et des Services sociaux, d'être sensibilisé à la problématique. "Il faut mener des études, dit-il. Il faut que le ministère de la Santé regarde de près cette question importante."
Une foule d'études américaines ou canadiennes anglaises révèlent déjà des taux alarmants de suicide au sein de la population homosexuelle. Ainsi, une étude canadienne rendue publique en 1997, conduite auprès de 750 jeunes hommes de toutes les orientations sexuelles de la région de Calgary, concluait que les jeunes hommes gays et bisexuels de 18 à 27 ans étaient jusqu'à 14 fois plus à risque que les jeunes hétérosexuels de se suicider.
Une autre étude, publiée en 1998, menée celle-là auprès de plus de 36000 étudiants américains, révélait que les jeunes hommes de 13 à 18 ans se déclarant ouvertement gays ou bisexuels rapportaient sept fois plus souvent avoir fait des tentatives de suicide que les jeunes hétéros du même profil sociodémographique.
En attendant de telles données pour le Québec, Gai Écoute travaille à la sensibilisation, tant au niveau scolaire, familial que social. "Il faut que dans les campagnes générales d'information (de lutte contre le suicide), on parle d'orientation sexuelle", réitère Laurent McCutcheon.
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