Le suicide existe-t-il chez les animaux?

Nico Buisson

Certains comportements, comme l'homosexualité, le jeu ou l'adultère, se retrouvent chez d'autres espèces animales. Par contre, selon les spécialistes du comportement animal, le suicide n'en fait pas partie.

On a longtemps crû, par exemple, que les lemmings commettaient parfois des suicides collectifs en se jetant à la mer par centaines. En fait, il s'agit d'une erreur d'interprétation de notre part - et surtout de la part des lemmings. Lorsqu'il y a surpopulation, des groupes se forment pour aller peupler de nouveaux territoires. Lorsqu'ils rencontrent une rivière ou un lac, les lemmings franchissent habituellement l'obstacle à la nage. Lorsqu'ils atteignent la mer, ils croient instinctivement qu'il s'agit d'une rivière ou d'un lac et ils tentent alors la traversée. Malheureusement, ils nagent jusqu'à l'épuisement et finissent par se noyer.

Il y a également le cas de scorpion qui, dit-on, se suicide lorsqu'il est entouré de flammes. Recroquevillé sur lui-même, il donne alors l'impression de se piquer lui-même. En fait, les scorpions sont immunisés contre leur propre venin et on a pu en ranimer en les plongeant dans l'eau salée. Encore une fois, il s'agit d'une erreur d'interprétation de notre part.

On cite souvent des histoires de chiens qui se laissent mourir sur la tombe de leur maître. Selon les spécialistes de psychologie animale, ils ne meurent pas vraiment par tristesse. Comme le chien est « programmé » pour vivre en groupe, la disparition de son chef de meute le prive de tout repère. L'animal se retrouve alors dans une situation qui n'est pas prévue par ses instincts. Il cesse d'avoir un comportement normal et finit par mourir.

D'une manière générale, les spécialistes du comportement animal préfèrent considérer que les « suicides » d'animaux s'expliquent par des contraintes environnementales, et non par un désir véritable de se donner la mort. Il faut donc se méfier de l'anthropomorphisation, c'est-à-dire attribuer des comportements humains aux autres espèces animales.

Cela dit, on peut tout de même trouver une certaine ressemblance entre le comportement suicidaire chez l'être humain et celui de certains animaux, mais il faut discerner une nuance. Selon la stricte définition du dictionnaire (Nouveau Petit Robert), le suicide est : « le fait de se tuer, de se donner la mort (ou de le tenter), pour échapper à une situation psychologique intolérable, lorsque cet acte, dans l'esprit de la personne qui le commet, doit entraîner à coup sur la mort ». Or, la plupart des spécialistes doutent qu'un chien ou tout autre animal puisse délibérément chercher à se tuer, ou qu'il soit conscient qu'il va mourir s'il continue à se comporter d'une manière néfaste. Pour parler crûment, si un animal cherchait à s'empoisonner ou se jetait délibérément par la fenêtre ou devant un train, il serait plus facile alors de parler de suicide. Autrement, on peut considérer qu'il s'agit d'un « suicide passif », mais on s'éloigne peut-être alors de la définition habituelle.

Jusqu'à présent, il semble donc que l'humain détienne le privilège peu enviable d'être la seule espèce animale où les individus se donnent intentionnellement la mort...

source: www.cybersciences.com/Cyber/2.0/Q3867.asp




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