Le juge Michael Sheehan a entrepris une croisade pour sauver d'autres viesValérie Lesage, Radio Canada
lundi 12 février 2001 C'est une histoire de souffrance et d'espoir. L'histoire d'un père qui a perdu son fils de 25 ans. D'un père qui brise le silence pour dire non au suicide. Michael Sheehan: "Moi il n'y a aucune façon que je peux ravoir mon fils. Au début je me culpabilisais pis je faisais des paris avec Dieu, je disais ramènes-moi le, pis je lui faisais la promesse, là si tu me le ramènes, je vais être un bon papa, je me tromperai pas, cette fois-ci je me tromperai pas, je vais être correct, je vais être vigilant. Ça marche pas ces paris-là, la raison est simple, c'est pour toujours." (25:24) Le juge Michael Sheehan a entrepris une croisade pour sauver d'autres vies. Il va dans les écoles et parle de suicide aux jeunes, il est aussi le porte parole de la semaine de prévention du suicide. Mais c'est un rôle qu'il a hésité à jouer. "Moi faire la leçon? j'ai pas été capable de sauver mon propre fils et je vais aller donner des conseils à d'autres? ça n'a pas d'allure. Ma seule excuse c'est que j'ai appris des choses en perdant mon fils." La douleur de Michael Sheehan, c'est la douleur de milliers d'autres pères, de milliers d'autres familles. En 1999, 1220 hommes et 316 femmes se sont suicidés au Québec. "Il y a 4 personnes au Québec qui se suicident à tous les jours. Là c'est rendu à plus que 4. C'est pas rendu à 5, mais ça monte à chaque année. Ça n'a aucun sens. Avec ce taux là, nous sommes une des sociétés qui avons le taux de suicide le plus élevé au monde. Sinon le plus haut taux. Il y a d'autres façons pour le Québec de se distinguer." Agir. C'est le message du juge Sheehan aux élèves du Collège Mont-Sacré-Coeur de Granby. "Je veux vous parler de votre rôle à vous ce matin et je veux vous confier une mission. Une mission bien importante qui est de savoir quoi faire quand un de vos amis vous dit qu'il pense au suicide." "C'est pas le temps de respecter le secret, de cacher des choses, d'optempérer à une remarque dis le pas à personne. C,est la pire affaire. C'est pas le temps d'être inactif, c'est le temps d'agir." "La confidence d'un ami suicidaire est en réalité un appel à l'aide. . " C'est d'abord le père qui parle, mais aussi le juge. "Dès l'article deux, la charte Québécoise nous dit que tout être humain dont la vie est en péril a droit au secours, c'est un droit fondamental qu'il a. Alors on viole pas un droit en lui demandant, en lui faisant voir qu'on est inquiet et en l'écoutant, en agissant avec compassion, c'est pas un viol d'un droit et le même article continue et dit qui toute personne doit porter secours à celui dont la vie est en péril, c'est une obligation pour tout le monde." fille: "Si quelqu'un nous dit qu'il va se suicider et qu'il nous le dit juste à nous, notre devoir c'est d'aller voir quelqu'un pour lui demander de l'aide? -Absolument! fille: Mais la confiance entre cette personne là et nous, elle va être trahie un peur parce qu'elle te l'a dit juste à toi... -Oui, mais elle va servir à quoi cette confiance là si elle se suicide? là tu vas de sentir coupable jusqu'à la fin de tes jours, comme moi je me sens coupable de ne pas en avoir assez fait pour Philippe." Un à un, Michael Sheehan s'attaque aux mythes qui entourent le suicide. "On présente le suicide comme étant un geste de courage, ça aussi c'est un mythe total. C'est pas un geste de courage, c'est un geste de souffrance, par quelqu'un qui est en perte de ses moyens." "Je vous assure que le suicide n'est jamais une libération. Ça aussi c'est un autre mythe qu'on galvaude. La personne qui souffre, qui a des idées suicidaires, pis qui souffre...à moment donné l'entourage le voit souffrir et se met à souffrir avec lui et se met à être inquiet, déstabilisé, en perte de leurs moyens, ils ne savent pas quoi faire, où se retourner. Philip Sheehan avait fait une tentative avant de réussir son suicide. "On l'a emmené à l'hôpital, on l'a soigné, il en est sorti après un assez long séjour et naïvement j'ai imaginé qu'il était guéri, donc j'ai pas réalisé le danger que comporte une détresse psychologique sérieuse." "à moment donné le suicidaire qui voit son entourage et ses proches souffrir se met dans la tête, je vais le régler le problème, je vais débarrasser la place. Et là ils commencent à voir le suicide comme une solution attrayante. Je suis là pour le dire, c'est pas une libération, jamais, pour l'entourage. Moi j'ai souffert avant que Philip se suicide, mais ça n'a aucune comparaison avec la souffrance après. Aucune. fille: s'il a pensé se suicider, c'est peut-être pour son bien. S'il est là haut, sûrement il va être mieux que s'il serait ici... -Moi je peux pas croire ça. "Je ne peux pas me mettre à faire le raisonnement que c'était une bonne chose. Je comprends qu'il ne souffre plus, mais il a payé trop cher pour ne pas souffrir. Trop cher. On aurait pu s'organiser pour qu'il arrête de souffrir, mais d'une autre façon." fille pleure "viens ici, viens ici... -C'est parce que j'ai une cousine comme ça. -As-tu perdu quelqu'un? (elle s'assoit à côté de lui) Le suicide crée des ondes de choc. Depuis longtemps, c'est la première cause de mortalité chez les hommes de 20 à 40 ans, loin devant les accidents de la route et le sida. Même que l'écart s,est agrandi au cours des dernières années, les accidents et le sida font de moins en moins de victimes, le suicide tue encore plus qu'avant. "On l'a pas faite la campagne de sensibilisation comme on a fait pour l'alcool au volant, pour la violence conjugale, pour la protection pour le sida. On l'a pas faite." Pourtant, les campagnes de sensibilisation, ça donne des résultats. Avec en moyenne un million et demi de dollars investis pour faire échec à l'alcool au volant, le nombre de conducteurs ivres a diminué de 44 pour cent au cours de la dernière décennie. Le suicide tue beaucoup plus de jeunes que l'alcool, mais le gouvernement du Québec ne fournit que 17 mille dollars cette année pour la campagne de prévention, l'autre moitié du budget vient de l'entreprise privée. "C'est épeurant jusqu'à quel point le réseau de bénévoles et les gens qui travaillent sont laissés à eux-mêmes. Ils tiennent le système à bout de bras." Michael Sheehan répond à des appels de détresse au centre de prévention du suicide de Québec où il fait du bénévolat un soir par semaine. Ce sont des jeunes bénévoles qui l'ont invité à Granby. Les Galarnos, les petits soleils, les radars qui repèrent les adolescents déprimés dans l'école. Emilie Leblond, sec. IV membre des Galarnos "La plupart des rencontres qu'on va faire sont pas officielles, prévues une semaine à l'avance, j'aimerais ça te rencontrer. La plupart, c'est: là ça val mal, c'est toi qui est à côté de moi, c'est toi qui me ressemble, c'est à toi que j'ai envie de me confier, c'est comme ça que ça se fait." Johannie Tremblay, sec. V membre des Galarnos "Faut être conscient de ce que ça peut toucher les autres autour. Des fois, on pense juste à nous, mais dans le fond, faut penser aux autres qui le vivent après, c'est pas évident, c'est plus dur pour les autres." Alexandre Jacques, sec. IV membre des Galarnos: Les autres que la personne qui se suicide, mais la personne qui se suicide elle le sait pas." Garçon: Comment ont réagi vos enfants quand votre fils s'est enlevé la vie? Juge: Chacun, différemment, chacun à leur façon. Il y en a un qui n'en parle pas, ma fille a fait la femme forte pendant un an de temps, pis là elle a vécu des difficultés un an après et le plus jeune il m'a consolé, il avait 14 ans... Cynthia Sheehan, fille de Michael Sheehan "Quand un parent perd un enfant, on dirait qu'il plonge, comme s'il plongeait dans une piscine et qu'il allait au fond de l'eau. Il n'y a plus de son qui rentre, plus de son qui sort. Il n'est plus capable de communiquer. Il n'entend pas et ne parle pas. C'est une douleur très profonde. Moi j'ai vécu ça, c'était mon frère, mais en perdant mon frère j'ai aussi perdu mes parents, je ne pouvais plus leur parler Michael Sheehan est parvenu à rétablir les ponts. Il ne verra jamais rien de positif dans le suicide de son fils, mais aujourd'hui, avec force et sensibilité, il lance un appel à l'aide . "On va créer une brigade de parents, de parents endeuillés et on va y aller dans les écoles et on va parler aux jeunes, il faut faire de quoi!" "Présentement, ce que mon père fait, ça c'est important, plus que sa position de juge et bien d'autres affaires qu'il a faites avant." Important parce que partout, le juge Sheehan livre un message qui touche les jeunes. "Moi j'ai plus besoin d'acheter de billets de loto, je gagne la loto chaque fois que je vais dans une école et qu'un étudiant me dit merci. Il y en a un qui m'a écrit et m'a dit j'ai beaucoup apprécié votre message, surtout quand vous avez souligné que le plus beau cadeau qu'un parent peut donner à un enfant c'est la vie, pis il a écrit LA VIE en grosses lettres. Pis il a ajouté: j'avais jamais réalisé ça et maintenant je le réalise, c'est grâce à votre présentation et ce que vous avez dit me permet de mieux comprendre mon père à moi. Hey! qu'est ce que tu veux de plus, c'est fantastique." les coordonnées du juge Sheehan à son bureau de Québec: 418-649-3551. Pour aide urgente: suicide action montréal 723-4000 Source : http://www.lapresrupture.qc.ca/cpf1fev12_Juge_Sheehan.html
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