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INTRODUCTION
LA VIOLENCE CONJUGALE, C'EST QUOI AU JUSTE ?
''La première fois qu'il m'a touchée, j'ai cru que c'était une erreur de parcours ; il était nerveux à cause de sa job. Mais c'est revenu de plus en plus souvent et là, il n'avait plus d'excuse''.
Au Québec :
- 25 % des québécoises ont déjà été victimes de violence de la part de leur conjoint actuel ou d'un ex-conjoint.
- 21 % des femmes agressées par leur conjoint actuel ou un ex-conjoint l'ont été pendant qu'elles étaient enceintes.
- Dans quatre familles sur dix où règne la violence conjugale, les enfants sont témoins directs des actes violents subis par leurs mères.
- Plus de 20 québécoises meurent chaque année, assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.
Ce n'est pas par amour.
Ce n'est pas un drame passionnel.
C'est la manifestation ultime du contrôle exercé par un homme sur sa conjointe.
C'EST DE LA VIOLENCE CONJUGALE
LA VIOLENCE CONJUGALE, C'EST QUOI AU JUSTE ?
''La peur c'est parfois pire que la douleur''.
Connaît-on vraiment toutes les formes de cette violence ? Peut-on identifier ses causes plus profondes et ses conséquences sociales, économiques ? Dans les faits, tous les hommes ne sont pas des "batteurs de femmes", mais toutes les femmes peuvent un jour ou l'autre se retrouver victime d'un mari ou d'un compagnon violent. Coups de poing ou gifles, blagues humiliantes ou menaces verbales, la violence conjugale endosse plusieurs formes.
Comment la reconnaître ?
- Se faire dévaloriser, harceler, isoler, traiter de folle ou de putain par son conjoint, c'est se faire violenter.
- Se faire menacer de coups, de perdre les enfants, de se faire couper les vivres par son conjoint, c'est aussi se faire violenter.
- Se faire bousculer, enfermer, tordre un bras, brûler, battre ou violer par son conjoint, c'est évidemment se faire violenter.
Comparée à d'autres formes de violence, la violence conjugale est très particulière. D'abord, elle ne surgit pas au hasard, entre étrangers, mais s'exerce toujours dans le cadre d'une relation privilégiée. Cet homme et cette femme sont mariés et ont quatre enfants, ou ils vivent ensemble depuis cinq ans, ou ils se fréquentent régulièrement alors qu'ils sont adolescents.
Ensuite, elle implique toutes sortes de moyens que l'homme utilise pour dominer sa conjointe ou l'obliger à lui obéir. À une extrémité. Il y a la menace. À l'autre, il y a la mort. Entre les deux, toute une foule de comportements quotidiens, depuis les coups superficiels jusqu'aux blessures graves, en passant par l'agression sexuelle, la violence psychologique et le viol
Enfin, la violence conjugale s'identifie par sa constance, par la répétition de son cycle. Les comportements violents se multiplient et, des deux conjoints, c'est habituellement la femme qui voit atteinte son intégrité physique et morale
Cela dit, il y a cinq expressions possibles de la violence conjugale :
Verbale
Psychologique
Physique
Sexuelle
Économique
La violence verbale
''Que je te revoie plus avec elle sinon ça va aller mal!C'est juste une guidoune ! ''
La violence verbale... s'entend. Éclats de voix, cris, hurlement : souvent, un homme violent va élever la voix pour intimider sa compagne ou la menacer.
Mais pas toujours : un autre, au contraire, va baisser le ton et prendre sa voix la plus suave quand quelque chose ne lui convient pas, quand il veut voir sa femme ou sa " blonde " obtempérer à son désir.
Elle reconnaîtra bientôt cette tonalité menaçante...
Un autre encore, avec son timbre de voix habituel, abreuvera sa conjointe d'insultes, d'injures, de menaces ou de simples sarcasmes. La violence verbale, enfin, peut se traduire par des interdictions, du chantage et des ordres. Ainsi, sans qu'un seul coup ait '' physiquement '' été porté, l'homme violent atteint son but : créer une terrible tension chez sa compagne, la maintenir dans un état de peur et d'insécurité. Désormais, elle se conformera à ses exigences à lui. Tout, pour éviter qu'il mette ses menaces à exécution.
La violence psychologique
''T'es ben chanceuse de m'avoir.Y'a pas un autre homme qui voudrait de toi !''
La violence psychologique, c'est une série d'attitudes et de propos méprisants, humiliants. Un homme dénigre les capacités intellectuelles de sa compagne ou lui reproche d'avoir peu de talents sexuels. Il critique sa façon d'éduquer leurs enfants ou de cuisiner. Il lui en veut de travailler à l'extérieur ou de communiquer difficilement avec les gens. Bref, il nie toute sa façon d'être, lui renvoie d'elle-même une image d'incompétence, de nullité.
Souvent subtile, cette forme de violence est plus dure à identifier. Pourtant, elle atteint d'autant plus les femmes qu'elle s'attaque à leur image, à leur estime personnelle. Parce que les femmes sont conditionnées à définir leurs valeurs personnelles à travers le regard des autres, en particulier celui des hommes, une femme aux prises avec un tel conjoint sent son équilibre mental se détériorer progressivement. Ou peut-être ne le sent-elle pas et c'est encore plus dangereux.
La violence physique
''Il m'a balancée en bas de l'escalier''.
La violence physique n'est pas toujours nécessaire, on l'a vu, pour maintenir la femme à sa place. Un homme y arrive quand ses cris, sarcasmes ou menaces ont échoué, quand sa compagne manifeste encore trop d'indépendance à son goût, quand il n'a pas réussi à contrôler tous les comportements de celle-ci.
Il passe donc aux coups, à la brutalité ou à la contrainte physique. Il secoue sa femme, la gifle, lui broie les mains, l'écrase contre un mur, l'immobilise, la séquestre, l'attache fait mine de l'étrangler, lui flanque des coups de poing au ventre ou aux seins et des coups de pied au ventre malgré sa grossesse, la frappe avec un bâton de hockey ou un couteau de chasse. Il ne s'arrête pas toujours quand elle perd conscience.
Même rendu à ce stade, il ne laisse pas forcément de côté les menaces verbales et les petites humiliations dont il avait l'habitude.
La violence sexuelle
''Chaque fois que je refusais de faire l'amour, il ne me parlait plus pendant trois jours.''
La violence sexuelle... c'est le tabou. De toutes les formes de violence conjugale, c'est elle qu'on a tue le plus longtemps. Est-ce vraiment étonnant ? Après tout, jusqu'à 1983, le viol entre conjoints n'existait pas aux termes de la loi ! Le devoir conjugal ''vous vous rappelez les mots de l'Église ? '' faisait partie des services qu'un homme pouvait attendre du mariage et la femme devait se plier aux exigences de l'Église et de son mari.
Lors d'une enquête menée en 1987 par le Regroupement provincial des maisons d'hébergement auprès de sa clientèle,
83 % des 264 femmes interrogées ont répondu que oui, elles avaient déjà subi de la violence sexuelle.
Quelles formes prend cette violence ? L'homme force sa compagne à avoir des relations sexuelles avec lui ou avec d'autres personnes. Pendant le rapport sexuel et sans qu'elle le veuille, il l'attache, lui mord les seins, la pénètre par l'anus tout en la traitant de putain, de salope, de cochonne, etc. Il l'oblige à porter des vêtements transparents ou d'autres accessoires. Parfois, il la force même à se prostituer
La violence sexuelle peut aussi revêtir un aspect psychologique. Un homme peut intimider sa conjointe en la comparant à des pin-ups de magazines. Il peut l'obliger à regarder du matériel pornographique selon la même étude du Regroupement:63,7 % des conjoints violents étaient de grands consommateurs de porno.
Il peut la harceler ou la menacer, implicitement ou explicitement. Il peut enfin la prendre de force dans tous les cas, l'intégrité même de cette femme en souffrira.
De tous les abus dont elles sont victimes c'est la violence sexuelle que les femmes violentées reconnaissent, admettent le moins facilement. Sans doute parce qu'elle ébranle les fondations mêmes des relations hommes-femmes dans une société où la sexualité même tabou, définit l'essence des conditionnements masculin et féminin. Se faire violer, par exemple, atteint une femme plus profondément ''dans ce qu'elle est comme femme '' que se faire casser deux côtes.
La violence conjugale entraîne quelles conséquences ? Quel est impact sur les femmes de cet abus de pouvoir à répétition ? La réponse est évidente. Quelle que soit la forme qu'elle revête, la violence conjugale a toujours pour effet de détruire. TOUJOURS ! Pour bien comprendre cet effet, il faut d'abord se représenter le cycle de la violence du conjoint, et en mesurer l'impact quotidien sur la vie de la famille. Le cycle de la violence
Ce cycle est un cercle vicieux en quatre phases :
- Tension de l'homme / Peur de la femme
- Agression de l'homme / Colère ou tristesse de la femme
- Justification de l'homme / Responsabilisation de la femme
- Rémission de l'homme / Espoir de la femme
Tension de l'homme / Peur de la femme
''Il arrivait tard,s'assoyait à la table en attendant le souper et ne disait pas un mot de la soirée''.
Au début il y a un couple. C'est la lune de miel, tout va bien. Puis, petit à petit, s'installe la tension dans la maison, sous prétexte qu'elle ne fait pas les choses comme il le voudrait, lui. Par exemple, pourquoi n'a t'elle pas rangé la garde-robe dès leur retour de voyage ? Ou alors elle ne se comporte pas comme il le voudrait : ne démontre-t-elle pas trop de plaisir en compagnie d'autres personnes que lui ?
Le prétexte n'est que le déclencheur, et non pas la cause de la violence. Au début, cet élément délclencheur est indépendant de la vie du couple : surcroît de travail, alcool, stress, maladie, etc. Plus le cycle se répète au fil des mois ou des années, plus le prétexte surgit de la vie même du couple ou de la famille : les finances, l'éducation des enfants, la sexualité, etc.
Puis arrive le moment oû la soi-disant incompétence de la femme sert de prétexte au conjoint violent. Le transfert est achevé : désormais, elle est ou semble entièrement responsable de la tension créée. Cette tension se manifeste de plusieurs façons : longs silences qui la torturent, elle, absences prolongées qui l'inquiètent, menaces, ton agressif, gestes prompts. Elle sait que la tension ne pourra pas durer, elle sent l'éclatement possible, probable, rapproché. Et l'éclatement, c'est elle qui en écopera.
Parce qu'elle perçoit cette menace croissante d'agression, la femme tente par tous les moyens d'abaisser la tension du conjoint. Elle surveille ses moindres gestes et paroles pour éviter de le contrarier. Elle cherche à lui faire plaisir. Elle calme les enfants. Elle essaie de se protéger des menaces de violence, que ces menaces soient explicites (menaces de coups ou de rupture, injures, excès de colère, etc.), ou implicites (attitudes, regards, silences, éloignements physiques, marques de réprobation, etc.).
De plus en plus, cette femme s'ajuste aux besoins du conjoint, devient centrée sur ses humeurs. Elle a peur. Elle est paralysée
Agression de l'homme / Colère ou tristesse de la femme
''Je me sens complètement et profondément humiliée''.
L'acte de violence, bien sûr, a lieu. Il peut être verbal, psychologique, physique, économique ou sexuel. L'homme peut donner l'impression de perdre le contrôle de lui-même. En fait, il se laisse éclater. La femme se sent alors outragée, démunie. Pire, elle est démolie intérieurement
Justification de l'homme / Responsabilisation de la femme
''Tu savais que j'étais fatigué. Il fallait que tu commences à m'écoeurer avec tes cours d'ordinateur ! ''.
Aussitôt après l'agression, l'homme invalide son comportement c'est-à-dire qu'il essaie de l'annuler, de le justifier. Il minimise le caractère et la gravité de l'agression. Il invoque ses problèmes d'alcool, de drogue ou de surconsommation de médicaments. Il prétexte qu'il ne peut contrôler sa violence. Il rétorque que sa conjointe dramatise ou qu'elle est complètement folle. Il affirme qu'elle n'avait pas à le provoquer... et puis il reprend rapidement la vie normale.
Devant toutes ces réactions et ces justifications, et à cause de tous les messages reçus antérieurement, la femme oublie sa propre colère. Elle en arrive à se voir en partie comme la responsable des comportements violents du conjoint. Elle se dit qu'en modifiant ses attitudes et comportements à elle, la violence va se résorber.
Et plus le cycle se répétera, plus cette femme se percevra elle-même comme incompétente, dans sa vie de couple et ailleurs. Plus elle se responsabilisera de la violence du conjoint.
Rémission de l'homme / Espoir de la femme
''Y a rien que toi qui peux m'aider !''
L'agression commise et invalidée, sa propre responsabilité plus ou moins abolie, l'homme commence à exprimer des regrets. Il veut se réconcilier. Alors il s'explique, demande humblement pardon à sa conjointe, quémande son aide, la supplie de tout recommencer à zéro. Il lui achète même des cadeaux dispendieux et redevient très amoureux. Il la complimente et lui offre une foule de promesse. Cette apparente contrition entretient chez la femme un seuil élevé de tolérance à l'agression... puisque le conjoint nourrit l'espoir qu'il ne sera plus violent si elle répond à ses demandes. Durant toute cette période, elle redécouvre son compagnon calme et tellement agréable
Plus le cycle se répète, plus la période de rémission raccourcit. L'homme a de moins en moins peur de perdre sa compagne. Parallèlement, cette femme se sent de plus en plus incompétente et au fond responsable de la violence. Au point où elle ne sait plus si elle retrouvera un jour son autonomie et sa dignité.La roue du pouvoir et du contrôle, c'est l'image de la violence conjugale en pièces détachées. À la circonférence, il y a le visible, ce qui attaque le corps de la femme, ce dont les voisin(es) ou ami(es) peuvent être témoins. Puis, se déployant vers le centre, il y a la violence qui se vit à l'intérieur, moins apparente, qui se manifeste par des gestes mais aussi par des regards et menaces. Au centre, enfin, il y a le noyau même du contrôle, ce que veut l'homme violent, ce que devient la femme violentée.
La roue du pouvoir et du contrôle
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