Jeunes sans-abri et itinérants au square Viger
La police sera moins tolérante

Josée Boileau
Édition du mercredi 14 août 2002

Meurtre oblige, la Ville de Montréal ne tolère plus que le square Viger serve de refuge aux jeunes sans-abri et aux itinérants. Lundi, la découverte d'un homme assassiné dans le parc incitait les autorités policières à abandonner aussitôt la politique de tolérance adoptée depuis juin par l'administration municipale. La réglementation interdisant de se trouver dans un parc montréalais la nuit sera dorénavant appliquée.

«La sécurité publique, c'est ma responsabilité à moi», indiquait hier en conférence de presse la commandante Johanne Paquin, du poste de police de quartier 21, pour expliquer la décision prise lundi.

La Ville, aussitôt avisée de cette décision, l'a appuyée sans peine, selon la conseillère Louise O'Sullivan Boyne, responsable du développement social et communautaire au comité exécutif. «On appuie la commandante Paquin à 100 % dans ses démarches, a dit Mme O'Sullivan au cours de la même conférence de presse. On ne s'attendait pas à une victime. On veut protéger les jeunes et les gens qui sont dans la rue.»

La Ville de Montréal met ainsi fin à ce que l'on qualifiait hier de projet-pilote au square Viger. Les itinérants s'y rassemblent depuis longtemps et la nouvelle administration Tremblay avait décidé, pour cet été, de ne pas y appliquer la réglementation municipale.

Groupe de travail

Un groupe de travail avait plutôt été créé, regroupant une quinzaine de «partenaires» -- représentants de la Ville, de la police, de groupes communautaires, de citoyens et des jeunes squatteurs du square --, afin de trouver des «solutions permanentes» au problème de l'itinérance. Le groupe s'est rencontré à quatre reprises depuis juin.

Forts de cette tolérance, une vingtaine de jeunes avaient transformé des coins du square en chez-soi, à l'aide de matelas défoncés et de vieux sofas. Pour la Ville, c'était une bonne façon de les rencontrer et de leur apporter de l'aide plutôt que de voir les jeunes s'éparpiller dans la ville. Une approche nouvelle, innovatrice, expliquait-on avec force hier. Mais l'assassinat de lundi est venu tout bousculer, même si la Ville veut rester présente dans le secteur, comme elle devait en discuter hier après-midi avec ses «partenaires».

Mais lundi soir, l'aide municipale n'a pas trouvé preneur : seule une personne a occupé un des lits réservés par la Ville dans les centres d'hébergement pour itinérants. «Les jeunes ont décidé d'aller ailleurs, peut-être chez des amis», disait la conseillère O'Sullivan, promettant néanmoins que la Ville serait de nouveau présente dans les jours qui viennent pour diriger les sans-logis vers les ressources appropriées.

Quant à l'individu d'une quarantaine d'années retrouvé mort lundi midi après avoir été roué de coups de barre de métal, il est connu des services policiers. La rumeur veut qu'il ait été victime d'une guerre de territoires au sein du square Viger, que se partagent jeunes, itinérants traditionnels et homosexuels qui y ont des relations sexuelles. Un suspect a été interrogé hier par les policiers en rapport avec cet assassinat.

Source : http://www.ledevoir.com/2002/08/14/7111.html

Quand tolérance rime avec naïveté

Jean-Robert Sansfaçon
Édition du mercredi 14 août 2002

Un homme est mort assassiné à coups de barre de fer en début de semaine, au parc Viger. Cet homme est mort à cause des bons sentiments de nos autorités municipales qui ont laissé des dizaines de sans-abri squatter ce sinistre parc de béton depuis le début de l'été.

Il y a des limites à croire que la meilleure façon de venir en aide aux fugueurs, aux revendeurs de drogues et aux junkies, c'est de leur permettre de former une belle grande «famille» de multipoqués qui tripent ensemble dans les parcs publics. Le problème des sans-abri n'est pas nouveau et des efforts considérables ont été faits depuis une dizaine d'années pour leur venir en aide. Des travailleurs sociaux et des travailleurs de rue sont formés pour leur apporter du support et les guider vers les services adaptés; des professionnels de la santé sont disponibles dans les CLSC et les hôpitaux pour les soigner et tenter de prévenir la propagation de maladies graves. On ouvrira prochainement quelque 300 chambres supplémentaires à l'intention de jeunes et de moins jeunes démunis dans les locaux aménagés du Centre Préfontaine. Une société comme la nôtre a des responsabilités et n'en fait pas assez, sans doute.

Cela étant dit, plusieurs vivent dans la rue par choix, surtout parmi les jeunes fugueurs et décrocheurs, et personne ne leur fera changer d'idée. Comme l'avouaient certains squatters du parc Viger, pourquoi se faire mourir à travailler quand tu peux gagner 200 $ par jour en vendant un peu de pot ? Pourquoi s'isoler dans un logement qu'il faut payer et entretenir si la Ville t'autorise à camper gratuitement avec les copains dans un coin de parc, à boire ta bière et à droper de la mescaline ?

Mais voilà, ce choix étant fait de vivre en marge de toute autorité, de toute règle, on ne peut quand même pas s'attendre à ce que le reste de la société le cautionne en le rendant plus agréable et facile.

Certains disent que d'avoir chassé les occupants du parc Viger ne servira à rien puisqu'ils trouveront quelqu'autre endroit pour crécher. Sans doute, mais c'est ne pas tenir compte du fait que de tels regroupements de jeunes se forment sur le principe de la boule de neige : au début, deux ou trois individus s'installent, qui sont bientôt rejoints par d'autres et qui attirent de plus en plus de fugueurs, souvent d'âge mineur, des quatre coins de la ville et du pays. Les disperser ne les fait pas disparaître, mais cela brise le cercle vicieux qui conduit au faux sentiment d'avoir enfin trouvé un lieu et une façon acceptables de vivre sa «liberté».

Ce qui se passait là n'est d'ailleurs que la partie la plus aiguë d'un problème qui prend de l'ampleur : celui de la formation de gangs dans plusieurs stations de métro et l'été dans les parcs. Il n'y a pas qu'au parc Viger où des bandes se rencontrent sans autre but que de boire et de triper, au grand dam des résidants qui sont ainsi expropriés de leurs lieux de détente, parfois sous les insultes et l'agression. Pourquoi n'y a-t-il pas plus de policiers à pied pour faire appliquer les règlements concernant la consommation d'alcool et prévenir la flânerie et les attroupements indésirables ? À Viger comme dans les dizaines d'autres parcs publics, il faut rassurer les citoyens en intensifiant la présence «costumée».

Notre société est malade, soit; notre société est injuste, d'accord; notre société est exigeante, bien sûr ! Une fois qu'on a dit cela et qu'on a accepté de consacrer des ressources pour soutenir ceux qui ont le plus de difficultés à affronter la réalité de la vie sociale, il ne faut pas craindre de faire respecter les règles sans lesquelles les humains ne pourraient pas vivre ensemble. La Ville n'aurait jamais dû permettre à une petite commune de junkies et une autre d'alcoolos de s'installer au parc Viger. Le laisser-faire et la naïveté dont l'administration Tremblay a fait preuve sous des airs de tolérance sont responsables des affrontements entre marginaux qui ont conduit à la mort d'un homme.

jrsansfacon@ledevoir.ca

Source : http://www.ledevoir.com/2002/08/14/7125.html




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