L'espoir existe ou l'histoire de David

Anne-Marie Voisard, Le Soleil

Voici l'histoire de David, hyperactif de naissance, racontée par sa tante et marraine Diane de Beaumont, le seul nom qui ne soit pas fictif. Par pudeur. Parce que " c'est ma famille ".

Mais tout est vrai. Et David, qui a aujourd'hui 20 ans, a autorisé qu'elle écrive. " Si ça peut en aider d'autres, fais-le. " D'où le livre, Maman pourquoi m'as-tu mis au monde ?, publié aux éditions de la Francophonie.

L'auteure est infirmière. Elle a fait carrière à l'Hôtel-Dieu de Lévis, notamment comme infirmière-chef à l'urgence. Sa soeur, la mère de David, est infirmière elle aussi. " Elle était éloignée, mais très proche. ". Eloignée géographiquement, à cause de son conjoint, docteur en géologie, dont le travail a nécessité de nombreux déménagements.

David est né à Rouyn-Noranda. Tante Didi (Diane) est accourue pour les relevailles. Le poupon, qui dormait peu, les tenait occupées toutes les deux. " Je bois, aux deux ou trois heures, je ris, je pleure, je crie. "

La petite enfance se déroule tant bien que mal. David grimpe partout. Une fois, il laisse la main de sa mère, et saute dans la piscine. À Old Orchard, en voyage, on le perd. Et ainsi de suite. Une dent cassée. Une vitre fracassée. David est impulsif. Il ne mesure pas sa force. Il peut frapper. Bref, c'est un enfant qui demande beaucoup de surveillance. Il lui arrive aussi d'être " dans la lune, comme parti ailleurs ".

Mais c'est à l'école que ça se corse, dès que commencent les apprentissages. David est agité. Le mot est faible. On le retrouve debout sur les bureaux, ce qui amuse ses camarades, mais pas la maîtresse. " Je ne comprends rien, absolument rien ", dit l'enfant pour qui les tables de multiplication resteront un mystère, durant tout le primaire. À quoi bon ces efforts de mémorisation quand les calculatrices existent.

Les années Ritalin

De là le Ritalin, ce stimulant du système nerveux central, conçu pour capter l'attention des grands tannants. David a pris fidèlement le médicament de l'âge de six à treize ans, sauf durant les congés. Céphalées. Perte d'appétit. Difficulté à dormir. Il a fallu réajuster les doses, enlever la pilule de 16 h, pour ne garder finalement que celle du matin.

Le seul avantage, dit la tante: " Il ne dérangeait plus ; il était sage ; il écoutait ; il essayait de travailler. " Mais le résultat n'y était pas. Et David, lui, si prompt à agir, devenait inhibé. Du moins à l'école. En fait, il y avait deux David. Celui des jours de vacances, prêt à dévaler " downhill " les pentes de ski, quitte à se blesser. Et l'autre qui préférait se faire appeler Alex. Cet enfant, au désespoir de sa mère, était en train de devenir le souffre-douleur de sa classe, l'exclu.

" Je ne vis que pour les fins de semaine. " Devant ce constat, on a tenté de stopper la médication, mais sans succès. " J'ai trop de difficulté à me concentrer. "

Le salut

L'histoire, heureusement, n'est pas finie. Avec le recul, on peut se demander si les déménagements - de Rouyn à Timmins à Kingston, en passant par le Nevada - n'ont pas nui. Six changements d'école avant que David ne rencontre M. Talbot, " la personne spéciale " qui a transformé sa vie. Halley, la soeur de David, de deux ans sa cadette, a pourtant subi les mêmes soubresauts. Mais à elle, tout sourit. En réalité, il n'y a que l'anglais qui soit entré sans problème dans la caboche de David. Mais peut-être est-ce dû au fait que son père est anglophone et, comme lui, parfaitement bilingue.

M. Talbot est donc cet éducateur qui a remis David sur la bonne voie. Il a fallu toutefois y mettre le prix. Car son école est privée. Le système public d'Ontario n'accordait pas assez de soutien. Faut dire que dans l'école de M. Talbot, la classe de huitième année (l'équivalent de 1ère secondaire) ne comptait que quatre élèves. David a pu ainsi rattraper le temps perdu, voire trouver du plaisir à apprendre, tout en abandonnant le Ritalin.

C'est que M. Talbot ne se contente pas d'enseigner et de " donner à chacun sa chance ". Chez lui, tous les après-midis sont consacrés au sport. Le trop-plein d'énergie trouve à se dépenser. David sera ensuite accepté dans l'équipe de football de son collège. Fervent adepte des camps d'été, il y puisera d'autres occasions de se sentir valorisé. " Il était leader. C'est un sportif ", dit sa tante. Et pour cette raison, croit-elle, il n'est tenté par l'alcool ou autres drogues. Le Ritalin n'a pas créé chez lui de dépendance.

Accident de parcours

Et maintenant ? Diane de Beaumont aurait bien voulu dire, comme dans le livre, que tous les ennuis sont derrière. À la fin de l'été dernier, en faisant route de Lévis à Kingston, David a eu quelques instants de somnolence, assez pour qu'il perde le contrôle de l'auto et capote. Il a subi un traumatisme crânien. Mais il s'en remet. N'empêche ! Son cours de Fire Security Engineering est reporté d'un an. En attendant, il sert comme pompier volontaire.

L'avenir est tout de même encourageant. C'est pourquoi d'ailleurs ce livre est publié. Pour faire savoir qu'il y a de l'espoir. A.-M.V.

Par Anne-Marie Voisard, Le Soleil

Cet article est tiré du quotidien Le Soleil de Québec du 22 décembre 2003, page A4. l’infobourg a obtenu l’autorisation de le reproduire.

© 2003 Le Soleil. Tous droits réservés.

Date de création: 12/22/2003
Date Modification: 12/22/2003 5:01:00 PM

Source : http://parents.infobourg.qc.ca/AfficheTexte/long.asp?DevID=1554




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