SUICIDE DE L'AGENT PIERRE PARÉ

Signal d'alarme chez les policiers

Nathaëlle Morissette
La Presse

Préoccupés par le nombre élevé de suicides dans les rangs policiers au cours des dernières années, les corps de police du Québec ont mis en place différents programmes de prévention pour venir en aide aux agents en détresse psychologique.

En effet, la découverte du corps de l'agent Pierre Paré, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui se serait enlevé la vie, sonne une fois de plus l'alarme auprès des corps policiers en rappelant que le problème du suicide est loin d'être réglé. L'officier de direction âgé de 50 ans a été retrouvé mort dimanche après-midi dans son bureau situé au centre commercial Place Versailles, dans l'est de Montréal. L'homme, qui comptait 28 ans de service au SPVM, aurait décidé de mettre fin à ses jours en raison de problèmes matrimoniaux.

Le cas de M. Paré n'est pas unique et les corps policiers se disent préoccupés par les problèmes psychologiques qui affectent leurs agents. Selon les chiffres fournis par le Bureau du coroner, six policiers- municipaux et provinciaux- se sont enlevé la vie en 1998. Ce nombre est passé à quatre entre 1999 et 2000, puis à deux en 2001. Finalement, un suicide est survenu en 2002 et en 2003.

Afin de contrer le problème, le SPVM ne ménage pas les efforts pour aider ses agents depuis 1990. Le programme de prévention - le premier du genre au Canada - mis en place il y 14 ans n'a cessé d'être amélioré au fil des années. En effet, en 1997 le SPVM a organisé une vaste campagne de sensibilisation auprès de ses 4200 policiers. Une ligne téléphonique a également été mise à leur disposition. Depuis lors, les agents du SPVM peuvent compter sur l'aide de quatre psychologues, accessibles jour et nuit. La diminution du nombre de suicides au SPVM, qui est passé de quatre annuellement avant 1990 à un en 2003, est attribuée à la qualité du programme offert.

Les employés de la Sûreté du Québec ont également des ressources à leur disposition. Ils peuvent faire appel à un service externe d'aide au personnel, dit l'agente Manon Gagnard, porte-parole de la SQ.

Mais pourquoi les problèmes de suicide sont-ils si préoccupants dans les rangs policiers? «Les gens passent beaucoup plus à l'acte quand ils ont accès facilement à un instrument leur permettant de mettre fin à leurs jours», estime Yves Francoeur, vice-président à la recherche et aux communications à la Fraternité des policiers et policières de Montréal (FPPM).

«La plupart du temps le moyen utilisé est l'arme à feu, poursuit Marie-Ève Bilodeau, porte-parole au Bureau du coroner du Québec. Certains utilisent même leur arme de service. Pour l'ensemble des suicides au Québec, le moyen le plus utilisé est la pendaison», souligne-t-elle.

Outre l'accès facile à une arme, les policiers ont habituellement de la difficulté à parler ouvertement de leurs problèmes, affirme Pascale Lemaire, psychologue qui intervient auprès de certains corps policiers. «Dans leur travail, ces gens-là ont besoin de développer une carapace et vont donc parler plus difficilement de leurs émotions, mentionne-t-elle. Parfois ils attendent très longtemps et quand ils consultent, ils sont souvent très en crise. Ça fait partie aussi du profil des gens qui vont dans cette profession-là. Souvent le désir d'aider va dépasser de loin leurs propres besoins.» Malgré tout, Mme Lemaire souligne que les programmes de prévention mis en place ont permis à plus de policiers d'avoir recours à des services d'aide. Les agents se confient plus facilement, dit-elle.

SUICIDES

Chez les policiers municipaux et provinciaux

1998: 6 décès
1999: 4 décès
2000: 4 décès
2001: 2 décès
2002: 1 décès
2003: 1 décès

Source : http://www.cyberpresse.ca/actualites/article/article_complet.php?path=/actualites/article/14/1%2C63%2C0%2C122004%2C866602.php




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