Comment faire parler nos enfants?

On aimerait tout savoir d’eux: leurs chagrins, leurs peurs, ce qui les inquiète, les anime… Mais il arrive que nos enfants restent muets. Pourquoi? La communication parent-enfant est un art à pratiquer dès leur plus jeune âge!

Par Martine Batanian

La porte de la maison vient de claquer. Votre petit bonhomme rentre de l’école, le visage fermé et les poings serrés. Que s’est-il donc passé? Peut-être racontera-t-il tout sans même que vous ayez à prononcer un mot. Mais il est aussi possible qu’il s’enferme dans sa chambre et refuse de parler. Comment, alors, créer un terrain propice à la confidence et à la communication?

«Il n’y a pas de solution miracle, avance Pierre Charlebois, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. Il est bon de prendre l’habitude de parler aux enfants en dehors des situations problématiques. Par exemple, on pourrait établir un dialogue lorsque l’enfant rentre de l’école, de façon régulière, peu importe s’il est arrivé quelque chose de spécial ou non. Ainsi, lorsque des ennuis surviendront, l’enfant aura plus de facilité à se confier.» Pierre Charlebois, qui est aussi chercheur, encourage les parents à avoir une attitude proactive et préventive, c’est-à-dire à consacrer du temps à l’enfant, en évitant toutefois d’envahir son territoire.

D’après la travailleuse sociale Michelle Lambin, le parent doit savoir ce qu’il veut: communiquer véritablement avec son enfant ou lui soutirer de l’information? «Si l’on parle de notre journée, l’enfant s’exprimera davantage. Il n’aura pas l’impression de rendre des comptes, estime cette mère de cinq enfants. L’information doit circuler.» Elle suggère de parler des petites choses du quotidien, comme une anecdote ou une émotion. Par exemple: «Aujourd’hui, j’étais de bonne humeur.» Ou: «Aujourd’hui, j’avais une grosse tâche à accomplir et je me sentais un peu découragée.» «Ainsi, on montre la voie aux enfants pour les aider à parler simplement de choses et d’autres. On crée une ouverture.»

Au sujet des tout-petits

Certains parents, inquiets du silence de leur enfant, doivent savoir que les petits vivent dans le moment présent; leurs émotions n’existent qu’au moment précis où elles se manifestent. C’est pourquoi Michelle Lambin dédramatise le fait que des enfants oublient souvent de quoi leur journée a été faite. «Souvent, les petits vont se rappeler la dernière activité qu’ils ont aimée ou l’événement qui a étonné toute la classe. Notamment, si notre enfant aime le dessin et qu’on lui demande: "Qu’est-ce que tu as fait à l’école?" Bien sûr, il va penser au dessin. Mais il n’a pas fait que cela!»

Selon Catherine Ruth Solomon-Scherzer, professeure de psychologie à l’Université de Montréal, lorsqu’un événement difficile survient à l’école ou à la garderie, l’enfant de moins de sept ou huit ans est incapable de le conceptualiser. Il vit une foule d’émotions contradictoires qu’il ne peut ni comprendre ni expliquer. «S’ils s’inquiètent à son sujet, ses parents doivent s’adresser à lui avec beaucoup de délicatesse et d’empathie, lui demander par exemple, "Tu as l’air tellement triste, est-ce qu’il s’est passé quelque chose?" S’il répond par la négative, on pose des questions plus précises:
"Est-ce que c’est l’enseignante qui n’a pas été gentille avec toi?" "Est-ce qu’une amie s’est moquée de toi?" En évitant toutefois de tomber dans l’interrogatoire de police. L’important, c’est que l’enfant se sente épaulé.»

Il faut donc soutenir l’enfant, même lorsque ses comportements sont inadmissibles. Par exemple, si l’enfant rentre à la maison avec un œil au beurre noir, plutôt que de lui lancer: «Qu’est-ce que tu as fait pour qu’un enfant te frappe?», on reste neutre et l’on demande: «Qu’est-ce qui s’est passé?» Et si, à quatre ans, un enfant donne un coup de pied à sa mère, en criant qu’il la déteste, comment réagir? Catherine Ruth Solomon-Scherzer conseille cette réponse: «Non, tu ne peux pas donner des coups à maman. C’est un comportement inacceptable. Mais qu’est-ce qui se passe? Tu es malheureux? Viens, maman va te réconforter.» «S’il se sent accepté et en confiance, l’enfant s’exprimera librement avec ses parents», estime la professeure. Certains sujets sont plus embarrassants que d’autres, comme la sexualité, le divorce ou l’adoption. Aborder ces questions nous semble parfois délicat et compliqué. En réalité, il faut savoir que, si le parent parle facilement d’un sujet, l’enfant se sentira en confiance et s’exprimera sans gêne.

Maman ne va pas bien

Naturellement, maman ne peut pas toujours être dans son assiette. Si notre mignonne arrive un soir avec plein d’histoires à raconter alors qu’on est préoccupée, il vaut mieux le lui expliquer dans des mots simples pour éviter qu’elle se sente responsable. «Il y a des moments pour dire les choses: c’est ce que l’enfant apprendra, et le lien n’en sera pas affecté, assure Michelle Lambin. Dans la vie, on n’est pas toujours disponible, et on veut préparer notre enfant à la "vraie" vie. L’important, c’est qu’il sache qu’on ne l’oublie pas et qu’il n’est pas seul. Si maman est préoccupée, il y a sûrement son papa, un frère ou une sœur qui peut l’écouter.» Résoudre les difficultés des enfants ne repose pas seulement sur les parents, comme le rappelle Pierre Charlebois. Celui-ci est grand-père d’une petite fille qui lui pose parfois de drôles de questions qu’elle ne se sent pas en mesure d’adresser à sa maman!

Comment mieux communiquer avec son enfant

Instaurez des rituels d’échange à l’heure des repas, du lever, du coucher ou dans la voiture.

Faites circuler l’information: parler de vous aux enfants pour les encourager à parler d’eux (exemples: «Maman a eu une journée très remplie au bureau aujourd’hui.» «Maman a reçu un beau coup de téléphone ce matin.»)

Les enfants ne veulent pas se confier? Ouvrez la voie (exemple: «Je sens que tu es en colère, mais peut-être que je me trompe. Si tu veux en parler, je suis là.»)

Écoutez vos enfants.

Faites preuve d’empathie et de délicatesse à leur égard.

Rappelez-vous qu’il n’y a pas de recette unique, puisque chaque enfant est différent.

Utilisez des outils — jeux, livres, films, activités — pour entrer en contact avec l’enfant.

Suggestions

Service de référence

* Éducation-Coup-de-fil, un service téléphonique de consultation professionnelle, gratuit et anonyme, concernant les questions et les problèmes courants liés à l’éducation et à la communication parent-enfant. Téléphone: 514 525-2573.

Lectures

Cent histoires du soir, Sophie Carquain, éditions Marabout, 541 p., 2000, 11,95 $

* Contes de la planète Espoir: à l’intention des enfants et des parents inquiets, Danielle Laporte, éditions de l’hôpital Sainte-Justine, 103 p., 2003, 15,95 $

* Contes à l’usage des parents et autres adultes soucieux du bonheur des enfants, Claudette Guilmaine, éditions du CRAM, 175 p., 2003, 19,95 $

Sylvie Thibeault

Métier: créatrice de jeux non compétitifs

Quelle chance pour les tout-petits et leurs parents que Sylvie Thibeault ait réorienté sa vie, après qu’une suite de coups du sort l’ait forcée à tout remettre en question! «À 25 ans, alors que je vivais des moments difficiles, j’ai trouvé du réconfort en m’occupant de mes deux petites nièces, raconte cette belle blonde de 45 ans, qui dégage une énergie chaleureuse. Grâce à elles, j’ai réalisé à quel point je me sentais bien avec les enfants, parce que je les aime. Les épreuves vécues dans mon enfance m’ont gardée branchée sur ce que les enfants peuvent vivre ou subir et m’ont donné envie de créer des jeux qui leur permettraient de se confier.» Celle qui était réceptionniste dans une maison de production de films pour enfants a donc repris ses études, cette fois dans les domaines des Techniques d’éducation en service de garde et des Techniques d’éducation spécialisée. C’est pendant ses études que Sylvie Thibeault a conçu son fameux jeu non compétitif, Invente-moi une histoire, qui a plu instantanément à ses nièces. Elle l’a donc commercialisé, ainsi que plusieurs autres jeux, dont le tout aussi estimé Nomme-moi. Les jeux créés par Sylvie Thibeault ont obtenu de nombreux prix et d’excellentes évaluations d’Option consommateurs. À ce jour, Invente-moi une histoire (dans toutes ses versions) s’est vendu à plus de 90 000 exemplaires.

De plus, il y a peu, à la demande d’Hélène Dansereau et de Dominica Labasi, du Service d’adoption internationale du CLSC Saint-Louis-du-Parc, à Montréal, Sylvie Thibeault créait Parle-moi d’adoption, le complément à ses premiers jeux. Les deux intervenantes faisaient face à beaucoup de questions de la part des parents adoptifs. Elles cherchaient un outil qui aiderait ces parents à aborder le sujet de l’adoption et à briser la glace avec leurs enfants pour que tous verbalisent leurs émotions.

Objectif: communiquer

«En créant Invente-moi une histoire, j’espérais encourager la communication dans les familles, parce que je considère que, aujourd’hui, les occasions de faire le point sont trop rares, affirme Sylvie Thibeault. Avec ce jeu on prend le temps d’échanger sur ce qui se passe dans son cœur et ce que l’on vit au quotidien, tout en s’amusant et en exerçant sa créativité. Et, à force de mieux se connaître, on se comprend et on se respecte davantage.» br> Le but du jeu est extrêmement simple: se servir des 108 pastilles, illustrées de personnages, de lieux, d’objets ou d’émotions, pour construire une histoire. Selon la créatrice, il est très important que les adultes aussi s’engagent, se racontent et, surtout, écoutent. «En jouant, nous apprenons les uns des autres beaucoup de choses que nous n’aurions jamais sues autrement, explique Sylvie Thibeault. Un jour, alors que je présentais mes jeux, un enfant a choisi des pastilles représentant une émotion de tristesse, une horloge et un cimetière. Puis, il a levé la tête et m’a raconté son histoire: "Pierrot est triste parce que, à midi, il enterre sa mère. C’est arrivé à mon père la semaine dernière." En me faisant cette confidence, il m’ouvrait la porte de son univers émotif. Nous avons donc amorcé un dialogue.»

Les jeux de Sylvie Thibeault

Invente-moi une histoire (quatre ans et plus), éditions Gladius, 24,99 $

Invente-moi une histoire avec Annie Brocoli, 14,99 $; Invente-moi une histoire avec Caillou, 14,99 $ et Dora, invente-moi une histoire, 16,99 $ (à partir de deux ans), éditions Gladius Nomme-moi (six ans et plus), éditions Gladius, 24,99 $ Parle-moi d’adoption, éditions Gladius, 14,99 $, complément aux jeux Invente-moi une histoire et Nomme-moi

Source : http://femmeplus.canoe.com/bienetre/article1/2005/11/10/1300965-fp.html




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