Être parent dans une famille recomposée

Par Jean McBride

Jean McBride, MS, est une thérapeute de famille et de mariage brevetée qui œuvre en cabinet privé à Fort Collins, au Colorado. Elle est présidente du Center for Divorce and Remarriage Inc. et codirectrice de Divorce Transitions Inc. Elle siège au conseil d’administration de la Stepfamily Association of America (SAA) et est membre du corps professoral du National Professional Training Institute de cette même association.

Réussir son rôle de parent dans une famille recomposée est tout un défi, tant pour le parent biologique que pour le beau-parent. À chacun incombent des rôles et des responsabilités qui, quand ils sont pleinement assumés, assurent la bonne entente et le bonheur de l’ensemble de la famille. Le problème, c’est que souvent ni le parent biologique ni le beau-parent n’a la moindre idée de ces rôles et responsabilités. Il en résulte que les beaux-parents entrent dans la famille avec beaucoup d’espoir, des attentes irréalistes et fort peu d’information. Désillusionnés, ils finissent par utiliser des termes comme « difficile, affreux, épuisant, ingrat, un champ de mines » pour décrire leur tribulations parentales avec les enfants de leur compagne ou compagnon. Pour leur part, les parents biologiques qui, au départ, ont sans doute les mêmes grands espoirs, attentes irréalistes et manque d’information, décriront leur expérience parentale au sein d’une famille recomposée en des termes non moins amers tels que : « décevant, épuisant, pris au milieu, doublement perdant ». Il est donc manifeste que, pour ces adultes, la vie dans une famille recomposée est vue à travers le prisme des problèmes et de l’expérience peu gratifiante d’éduquer les enfants. On ne peut qu’imaginer ce que cela doit être pour les enfants.

Les rôles et responsabilités

Quels sont donc les rôles et responsabilités de chaque adulte dans la famille recomposée et desquels dépend le succès de l’expérience parentale? Il faut dire que, pour beaucoup, la responsabilité du succès relève d’abord du parent biologique. C’est cette personne qui donne le ton aux autres membres de la famille et qui facilite l’entrée du beau-parent dans la famille. Parce que c’est le parent biologique qui a la relation avec les enfants, c’est à lui ou à elle de définir dès le départ les attentes sur la façon de traiter le beau-parent. Au cours des 12 à 18 premiers mois, le parent biologique doit continuer à être le principal parent et celui qui s’occupe en général de la discipline. Cela ne veut pas dire que le beau-parent n’a pas de rôle à jouer au cours de cette phase initiale. Sa tâche sera plutôt de faire connaissance avec les enfants et d’établir une relation avec eux. En demeurant le principal parent, le parent biologique permet aux enfants et au beau-parent d’avoir le temps crucial nécessaire pour apprendre à se connaître. L’une des attentes irréalistes typiques et souvent non verbalisées du parent biologique est que le beau-parent soit immédiatement et automatiquement un « coparent » engagé et actif qui allégera sa charge parentale. C’est là une recette garantie d’échec. Si le beau-parent est un homme, il est sensé, à son entrée dans la famille, assumer immédiatement le rôle de père et du parent qui s’occupe de la discipline. Si c’est une femme, elle est sensée assumer un rôle maternant et être l’organisatrice de la famille. Or, il faut du temps et beaucoup d’efforts pour que s’établisse une relation entre les enfants et le beau-parent sans quoi, il est probable que les enfants n’accepteront jamais le beau-parent, que ce soit dans un rôle disciplinaire ou maternant. Il s’agit d’une danse délicate dans laquelle les danseurs doivent faire bien attention à chacun de leurs pas.

Quant à la discipline au cours de ces premiers mois, les professionnels suggèrent d’utiliser le modèle de la « garde d’enfant » grâce auquel le parent biologique habilite le beau-parent à faire la discipline à sa place. En effet, quand ils doivent sortir pour une soirée, les parents donnent habituellement des instructions à la gardienne ou au gardien sur la collation à donner avant le coucher, sur l’heure du coucher, sur l’utilisation de la télévision, etc. De cette manière, la gardienne ou le gardien pourra dire : « Votre mère a dit que vous deviez vous coucher à 8 h 30. » De même, dans le cas la famille recomposée, si le parent biologique doit s’absenter, il ou elle donnera des instructions analogues au beau-parent et ce, devant les enfants. Il ou elle dira, par exemple : « Jenny doit pratiquer son piano ce soir pendant au moins une heure avant de pouvoir regarder la télévision. » Ainsi, le beau-parent n’impose pas la discipline de son gré, mais exécute plutôt les vœux du parent biologique. Après les premiers 12 à 18 mois et une fois que le beau-parent a établi une relation avec les enfants, ce modèle pourra être progressivement mis de côté au fur et à mesure que les rôles par rapport aux enfants deviennent plus égaux pour l’un et l’autre parent.

Les beaux-parents doivent cependant éviter d’en faire trop. Parce qu’ils sont pleins de bonnes intentions et qu’ils veulent aider leur compagne ou compagnon et avoir le sentiment de former une famille, les beaux-parents tentent d’imposer la relation avant que celle-ci n’ait eu le temps de se développer. Ils tenteront d’être un parent ou insisteront pour l’être beaucoup trop tôt dans le développement de la famille alors qu’ils pourraient assumer d’autres rôles comme « ami, mentor, entraîneur, personne adulte compatissante ». Plus il y a d’adultes intéressés dans la vie des enfants, mieux ils se portent. Quand les beaux-parents font confiance au processus et permettent à la nouvelle famille de se développer à son rythme, les chances de succès sont d’autant plus considérables.

Voici quelques conseils pour faciliter la réussite d’une famille recomposée.

Si vous êtes le beau-parent

Source : http://www.bccf.bc.ca/learn/par_stepfamfr.html




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