Être père aujourd'hui

Oui, bébé a besoin de papa
Comment devient-on père?
Assistant-parent ou parent à part entière?
Les enfants ne divorcent pas
«Mon père, c’est mon idole!»

Ces textes sont extraits de la brochure «Être père : la belle aventure», gouvernement du Québec, 1999. Reproduit avec l’autorisation du ministère de la Famille et de l’enfance. Coordination : Francine Lalonde. Rédaction : Danielle Stanton.

Pourvoyeur, symbole de l’autorité, protecteur : les rôles traditionnellement masculins tendent à disparaître. Enfin, l’homme peut se contenter d’être un homme. Ce qui est déjà, en soi, tout un programme. Il y a donc une nouvelle façon d’être père. Bravo!…mais laquelle? Pensons-y deux minutes ; sauriez-vous quoi répondre si votre enfant vous demandait : «Comment fait-on pour être papa?» Et attention ! Il ne faut pas tenter d’esquiver la question : pas de vieilles histoires de cigognes, de choux, de graines et de fleurs. Non non. La vraie question c’est : «Comment fait-on pour être papa dans la vraie vie, tous les jours?»

Nous ne prétendons pas fournir des réponses toutes faites. Être un père «nouveau style», c’est d’abord et avant tout une façon d’être avec ses proches, une démarche toute personnelle vécue au jour le jour, avec les êtres qui sont les plus importants du monde pour vous. Le seul but ici est de soulever quelques pistes de réflexion, de susciter certaines questions et, idéalement, de bonnes discussions…! Abattre certains préjugés tenaces. Bref, donner des outils. Des outils pour être un bon père. Mais aussi pour se réaliser comme père!

Alors, finalement, ça veut dire quoi être papa? Une simple question d’enfant. Mais toute une question. La vraie question!

Oui, bébé a besoin de papa

Un enfant a besoin d’une mère : là-dessus, tout le monde s’entend. Mais d’un père? Un enfant a-t-il besoin d’un père? La réponse est simple : oui! Un enfant a autant besoin de son père que de sa mère : pour l’affection, la tendresse, le modèle à suivre, l’affirmation de son identité… Regardez simplement votre enfant ; vous le verrez bien dans ses yeux.

Et les «grands spécialistes» qui ont scruté la question sous tous les angles sont d’accord eux aussi. Pour eux, la présence du père joue un rôle primordial dès le premier âge. Les enfants s’identifient fortement aux adultes qui vivent avec eux : la présence du père est aussi capitale que celle de la mère.

«Mon père m’explique plein de choses. J’ai l’impression qu’il me raconte ça juste à moi.» Julie, 11 ans

La psychologie moderne soutiendrait cette affirmation : une relation chaleureuse et affectueuse avec le père, dès le bas âge, aiderait le petit garçon à développer une identité forte et équilibrée. Même chose du côté des filles. Celles qui recevraient un bon soutien affectif de leur père durant leur enfance et leur adolescence auraient davantage confiance en elles-mêmes plus tard. Elles seraient aussi moins susceptibles, semble-t-il, d’accepter passivement les gestes de domination dans leurs relations futures avec leur partenaire.

Il appert également, selon certaines recherches, que les enfants qui auraient reçu beaucoup d’attention de leur père prendraient plus d’initiatives personnelles et qu’ils aborderaient leurs études avec plus de confiance. Ce n’est pas rien!

Mais voilà : vous avez peur de partir perdant! Dans le champ des émotions, par exemple, vous avez l’impression d’être bien maladroit. Et pour ce qui est de vos compétences dans les soins aux bébés, alors là, vous avez le sentiment d’être très gauche et de ne pas savoir que faire.

D’abord, rangez vite certains préjugés au fond du placard. Par exemple, contrairement à ce que plusieurs croient, la compétence dans les soins aux enfants n’est pas «génétiquement» départagée entre les hommes et les femmes. Au contraire, c’est plutôt une question d’attitudes, d’empathie, d’intérêts. S’il est un domaine où l’on apprend par la pratique, c’est bien celui-là!

«Moi, j’apprendrai à mon fils à devenir un homme. J’aimerai mon enfant plus que tout au monde.» Jean-François, 16 ans

Oublions aussi cette idée que les liens entre le père et l’enfant doivent absolument passer par la mère. Nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Le père représente pour l’enfant une référence affective tout aussi fondamentale que la mère.

Maintenant que vous vous êtes un peu débarrassé de quelques vieux mythes, vous pouvez réveiller le père en vous. N’ayez crainte ; vous avez tout ce qu’il faut! Allez, entrez dans le monde des petits. Juste pour voir… Mais une question vous brûle toujours les lèvres : vous avez peur de perdre votre masculinité.

Bref, cette question vous hante : un homme qui se met à s’occuper d’un bébé ou d’un enfant reste-t-il un homme…quand même?

Être père, c’est d’abord être un homme, agir en homme. On n’a pas toujours, il est vrai, les mots qu’il faut pour parler de la fonction de père. Par exemple, on ne dit pas couramment qu’il «paterne» de la même façon qu’on dit très couramment que la mère «materne». Une chose est sûre cependant : quand un homme pouponne, il le fait à sa façon, au masculin. Et c’est parfait comme ça. C’est ça qu’il faut bien comprendre.

Bien. Mais encore… Aux yeux d’un enfant, l’amour d’un père a-t-il la même valeur que celui de la mère? vous demandez-vous. Absolument. Les pères sont aussi des êtres sensibles. Ils peuvent établir des relations avec les enfants aussi «naturellement» que les mères. Il n’en tient qu’à eux d’exploiter cette richesse!

Alors, allez-y, il faut oser! Posez les gestes! Répétez-les au jour le jour, soyez attentif, écoutez, ouvrez toutes grandes les portes de l’univers des petits. Il y a là des trésors qui n’attendent que vous!

Comment devient-on père?

Vous l’avez vécu : ce sont les événements, les expériences de la vie qui font que, progressivement, l’on devient un homme. Mais père, c’est une autre histoire : comment le devient-on? Suffirait-il de la présence, dans ses bras, d’un charmant petit être gesticulant et bruyant pour que le miracle s’accomplisse? Pas nécessairement…Il n’y a pas de recettes ni de façons de faire uniques. Comme la plupart des hommes, vous gardez sans doute le souvenir du moment précis où le déclic s’est fait. Où vous vous êtes senti père, pour vrai.

«Je me suis senti père quand j’ai senti le bébé bouger.»

Lorsque le bébé s’est manifesté pour la première fois durant la grossesse? À l’accouchement? Lors du baptême, au moment de remplir les formalités civiles? À cet instant précis, vous l’avez ressenti profondément. Votre vie venait de changer…pour la vie.

La grossesse et l’accouchement peuvent constituer des temps forts, des moments privilégiés pour l’éveil de la paternité. Ces moments ne représentent plus, de nos jours, des événements mystérieux, des chasses gardés, où l’on garde l’homme/père à l’écart. Non, les choses ont bien changé.

Heureusement! Et les femmes sont les premières à applaudir. Pour elles, c’est extrêmement précieux de pouvoir partager ces moments clés de la vie familiale. Les responsables des cours prénatals, les intervenants et intervenantes des CLSC et des hôpitaux encouragent maintenant fortement la participation active des pères.

Et ces derniers, parce qu’ils ont davantage accès à la maternité et à l’expérience unique de la naissance, comprennent mieux et désirent y prendre une part de plus en plus active.

Cela dit, il faut toutefois convenir que les choses ne se déroulent pas toujours de la même façon pour tous les hommes durant la grossesse de leur conjointe. Deux scénarios sont possibles. Certains s’éloignent psychologiquement et même physiquement de leur partenaire. Ils travaillent plus, sortent plus, se dispersent davantage…Parce qu’ils trouvent difficile, peut-être, de se retrouver en concurrence avec ce petit être qui, déjà, prend beaucoup de place. La plupart, par contre, se rapprochent de leur conjointe. Ils participent activement à ce nouveau projet amoureux qui prend forme. Pour eux, il ne s’agit pas d’une menace à leur amour de couple mais, au contraire, d’une valeur ajoutée qui présage d’un nouvel élan amoureux.

Ceux-là, on s’en doute bien, vont retirer de cette période unique beaucoup de satisfaction, de plaisir et d’estime d’eux-mêmes et des leurs. Avec raison, ils se sentent concernés au premier chef.

Ils sont et veulent être partie prenante de ces événements majeurs qui coloreront le reste de leur vie.

«Je me suis senti père assez tard, bien après la naissance. Ma vie avait changé. Et c’était irréversible.»

Ainsi, la grossesse représente, pour vous, une occasion idéale pour apprivoiser votre nouveau rôle de père. De commencer à y investir. Le message est clair : si vous vous en donnez la peine, la grossesse peut être l’une des périodes de communication les plus intenses, les plus gratifiantes de toute votre vie!

Oui, mais l’accouchement, lui, n’est-il pas un moment plus difficile? Plus difficile peut-être mais non moins merveilleux. Il est vrai, par contre, qu’il ne correspond pas toujours exactement à vos désirs… Ici encore, les hommes ne vivent pas tous l’expérience de la même manière. D’abord, comme plusieurs, vous vous sentirez peut-être très inconfortable et impuissant devant la souffrance de votre conjointe. Ou bien, comme d’autres, vous aurez le sentiment d’être un père indigne parce que vous n’éprouvez pas le fameux choc psychoaffectif tant attendu dès que le bébé paraît. Eh bien, sachez ceci : plusieurs hommes, comme plusieurs femmes d’ailleurs, vivent la même chose. La réalité ne correspond pas toujours à la démesure des rêves.

La paternité, tout comme la maternité, ça ne se règle pas en un claquement de doigts. Il faut s’y engager au meilleur de ses capacités. Continuer jour après jour de se faire confiance. D’ailleurs, pour les chocs psycho-affectifs, vous ne perdez rien pour attendre!

Soyons clair : devenir père, c’est une décision à la fois toute personnelle et conjointe que l’on doit prendre normalement en toute sérénité à un moment précis, mais une décision que l’on doit, par la suite, confirmer ou reprendre constamment. Tout comme pour d’autres expériences de la vie, d’ailleurs. La paternité n’a rien d’une notion abstraite, d’une réalité trop floue.

C’est par des gestes très concrets qu’elle se vit et s’exprime tous les jours : le bain de bébé, les soins, les veilles, les petits mots, l’horaire à organiser…Mais ce qu’il faut avant toute chose, c’est d’abord «adopter» son enfant. L’accepter comme sien. Le reconnaître. L’apprivoiser puis le laisser, lui aussi, vous apprivoiser. «On est responsable de ce qu’on apprivoise», disait le petit Prince. Il avait tout à fait raison!

«Tout est survenu quand j’ai pris François dans mes bras. Alors là, vraiment, j’étais, moi-même, absolument, complètement, le père de cet enfant-là!»

Bref, de votre paternité, si vous vous en donnez la chance, vous retirerez un véritable «supplément d’âme», une richesse additionnelle qui fera de vous un homme plus proche de ses émotions et…de ses enfants.

Assistant-parent ou parent à part entière?

Source ; http://www.petitmonde.com/iDoc/article.asp?id=22430




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