MORT OU FIF
Contexte et mobiles de tentatives de suicide chez les adolescents et jeunes hommes homosexuels ou identifiés comme telsNicolas était depuis des années la cible de propos blessants et homophobes (qui est hostile à l'homosexualité, aux homosexuels) de la part de ses camarades de classe sans que quiconque à l'école n'intervienne. Étudiant modèle, il ne se plaignait jamais. Ses compagnons le considéraient néanmoins insuffisamment masculin et le bruit courait qu'il était "fif". Un jour, alors que la classe passait à côté de la piscine de l'école, des garçons le précipitèrent dans l'eau, tout habillé. Tout le monde, y comprit le professeur, rit un bon coup. Pour Nicolas, humilié et désemparé, ce fut, c'est le cas de le dire, la goutte qui fit déborder le vase. C'en était trop. Le lendemain, il s'est jeté du haut du pont de chemin de fer qui traversait son village.
Après les funérailles, un professeur récemment engagé a, en vain, tenté de sensibiliser l'école à la relation possible de cause à effet entre l'ostracisme dont Nicolas était victime et son suicide. On l'a fermement incité à se taire. L'année suivante, son contrat ne fut pas renouvelé.
Cette histoire véridique nous a été raconté par la mère de l'adolescent, mort par suicide il y a moins d'un an. Il avait 15 ans.
Jean-Philippe, quant à lui, était l'adolescent curieux de tout, enjoué et attentif aux autres, bref, l'enfant dont rêvent tous les parents. Mais une angoisse aussi profonde que secrète le tenaillait. Après que sa soeur l'eut découvert pendu à une poutre de la maison familiale, on retrouva la petite lettre qu'il avait écrite juste avant son geste fatal:
"À tous ceux et celles qui m'aiment et à ceux et celles qui ne m'aiment pas. Je suis écoeuré de cette vie de merde. Écoeuré!!! Je suis tellement tout seul. Seul avec mes souffrances. Mais là, j'aime mieux mourir que de supporter ces souffrances.
Jean-Philippe xxx
PS: En passant, j'étais gai et j'aimerais dire à ceux qui m'aiment encore que je ne les oublierai jamais."
Il est mort à 14 ans. C'était la première fois, ce samedi-là, qu'il se dérobait à sa livraison quotidienne du journal du matin.
Certes, tous les jeunes qui se découvrent homosexuels ne songent pas à se suicider ou ne commettent pas l'irréparable, mais le problème est important, quoi que sous-estimé. Malgré des recherches de plus en plus nombreuses et concluantes, il y a encore réticence à reconnaître les liens qui existent entre la stigmatisation sociale de l'homosexualité et le nombre élevé de suicide ou de tentatives de suicide chez les adolescents et jeunes hommes homosexuels ou identifiés comme tels. c'est qu'il y a là un double tabou: celui de l'homosexualité, dont on ne traite pour ainsi dire jamais en présence des jeunes, si ce n'est de façon négative, et celui du suicide chez les adolescents et les jeunes adultes.
Il est vrai que les jeunes homosexuels dont les tentatives de suicide sont complétées emportent souvent leur secret dans leur tombe. C'est le syndrome du "garçon si parfait qu'il n'avait aucune raison de vouloir en finir", mais qui a quand même tenté de le faire ou qui, hélas, a complété son suicide.
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