La dynamique de la violence à l'égard du mari diffère
de celle de la violence à l'égard de l'épouse.(SUITE)Comparaison avec les femmes battues
De quels recours les hommes battus disposent-ils ?
Où s'adresser pour obtenir de l'aide.
Conséquences sur le plan de l'action
L'âge des 18 hommes qui ont participé aux deux études variait de 30 à 55 ans. Seul un homme était encore marié lorsqu'il a participé à l'entrevue; les autres étaient séparés ou divorcés. La durée des relations de couple variait de plusieurs années à 25 ans, et la plupart des couples avaient des enfants. Les hommes et les femmes présentaient un niveau d'instruction très diversifié. Certains d'entre eux étaient titulaires de diplômes universitaires et exerçaient des professions. Dans les deux études, la violence était la plupart du temps de nature psychologique plutôt que physique, bien que plusieurs homme aient indiqué que la violence psychologique était, selon eux, pire. Deux hommes ont déclaré n'avoir été soumis à aucune violence physique, tandis que les autres ont parlé d'au moins un incident de violence physique au cours duquel leur épouse les égratignait avec ses ongles, les frappait avec un objet (cintre en bois) ou avec ses poings ou leur donnait des coups de pied dans le dos. Quatre des hommes ont reçu des coups de pied ou de genou à l'aine. Les hommes ont ainsi décrit leur partenaire: elle était " enragée", "détruisait des objets avec un bâton de baseball", "m'attaquait avec des ciseaux " ou " me menaçait avec une épingle à chapeau ". Un homme a indiqué qu'il avait perdu des dents dans une escarmouche. Plusieurs des hommes disaient craindre leur épouse au cours de ces assauts. Tandis que 11 des hommes ont réagi aux gestes violents en se contentant d'empêcher leur épouse de les frapper, neuf ont admis avoir posé des gestes agressifs envers leur partenaire à un moment donné. Dans la plupart des cas, l'homme lançait un objet, poussait ou agrippait sa conjointe. Toutefois, trois hommes ont avoué avoir donné des coups de poings à leur partenaire ou l'avoir frappée, tandis qu'un autre a obligé sa femme, à maintes reprises, à avoir des rapports sexuels. À la lumière de ces récits, on pourrait affirmer que la moitié des hommes pourraient s'inscrire dans la catégorie des couples où les deux conjoints sont violents. Bien que certains hommes n'aient signalé qu'un ou deux événements violents graves de la part de leur épouse, d'autres ont indiqué que les attaques physiques étaient davantage chroniques et qu'elles s'étaient produites tout au long de leur relation. Aucun des hommes n'a consulté un médecin pour faire soigner des blessures liées à des actes violents. Huit hommes ont mentionné que leur partenaire les avait, à un moment donné, menacés d'appeler la police, ou qu'elle l'avait fait, pour les accuser de violence physique ou pour obtenir une injonction restrictive.Les hommes ont indiqué que la violence s'était poursuivie même après la séparation. Un certain nombre d'entre eux ont été mêlés à des disputes concernant la garde des enfants, et deux hommes ont avoué avoir été injustement accusés de violence à l'égard des enfants et un autre de viol d'une conjointe. Les actes d'agressivité physique perpétrés par les conjointes de ces hommes sont déplorables. Poutant, on serait en droit de se demander si la gravité des gestes posés justifie la mise en place de services spécialisés pour hommes tels que des refuges ou des groupes de soutien. Voilà certes un aspect important vu que les défenseurs de l'homme soutiennent souvent que la violence n'a pas de sexe.
Comparaison avec les femmes battues Du fait que le principal argument des défenseurs de l'homme s'articule autour de la nécessité que l'homme bénéficie de services similaires à ceux offerts à la femme, il est logique de comparer les gestes violents posés à leur égard avec ceux décrits par les femmes qui cherchent à obtenir de l'aide dans les refuges d'urgence. La prochaine section décrit les expériences de 18 Albertaines dont les entrevues réalisées au préalable ont été prises au hasard parmi celles de 65 femmes qui demeuraient dans une maison de transition (Tutty, Rothery, Cox et Richardson, 1995). Ces 18 femmes étaient âgées de 20 à 44 ans; la durée de leur relation avec leur partenaire s'échelonnait de 2 mois à 20 ans. Seules trois femmes n'avaient pas d'enfant . Au chapitre de l'origine ethnique, deux étaient Canadiennes d'origine amérindienne, tandis que quatre autres femmes étaient immigrantes, deux de l'Asie, l'une de l'Europe et une autre des Caraïbes. Les autres femmes étaient d'origine canadienne. Trois femmes ont indiqué n'avoir été victime que de violence psychologique; toutefois, la fréquence de ces incidents était considérable et plus élevée que celle mentionnée par certaines des femmes qui avaient été agressées physiquement. Les niveaux de violence physique déclarés par les autres femmes étaient élevés (11 des 16 cas se situaient dans la gamme clinique selon l'échelle de violence physique de Hudson). Sept femmes ont avoué que leur partenaire avait abusé d'elles sexuellement. Dans l'ensemble, les femmes ont indiqué recourir à des gestes violents mineurs envers leur conjoint (sept femmes sur 15 n'ont fait état d'aucun acte de violence tandis que trois autres ont révélé un seul comportement agressif). Dans un seul cas, la violence physique à l'égard de la femme était presque aussi fréquente et grave que celle infligée à l'homme; ce cas pourrait donc être qualifié de violence mutuelle. Quatre femmes ayant été contraintes de chercher refuge ont indiqué que la police avait dû intervenir. Sept des hommes concernés avaient des dosssiers criminels; neuf avaient des comportements violents à l'extérieur de la famille. La description de la nature des actes violents perpétrés envers ces 18 femmes correspond au profil général des 44 516 femmes qui se sont retrouvées dans un refuge d'urgence au Canada en 1994-1995 (Trudeau, 1995). Parmi les résidentes de refuge (79 %) qui avaient fui une situation violente, 70 % avaient signalé de la violence physique; 47 % avaient subi des menaces et 20 % ont indiqué avoir été victimes de violence sexuelle. L'auteur des abus était identifié comme le partenaire du moment dans 64% des cas et comme un ancien partenaire dans 21 % des cas. À peine moins de 25 % des femmes avaient eu besoin de soins médicaux à la suite du dernier incident violent, et 3 % avaient dû être hopsitalisées. Le tiers des femmes (33 %) avaient déclaré le dernier incident à la police, laquelle avait porté des accusations dans 56 % des cas (Statistique Canada, 1994-1995).
Onze des dix-huit femmes ont été soumises à des actes violents très graves. Mentionnons, entre autres, l'incident où une femme et son enfant ont été kidnappés, emprisonnés dans un sous-sol pendant un mois et alimentés la moitié du temps seulement. Trois femmes ont affirmé que leur conjoint les menaçait sans cesse de les tuer et, dans certains cas, de tuer aussi les enfants. Les femmes qui ont été battues parlent de tête heurtant violemment le mur, de côtes fracturées, d'étranglement, mais non jusqu'au point de s'évanouir - leur conjoint voulait leur faire peur - de nez brisé ou de visage tuméfié. Trois femmes ont dû recevoir des soins médicaux à la suite de l'incident qui les a contraintes à chercher de l'aide dans un refuge. Deux femmes ont mentionné qu'elles cachaient les couteaux dans la maison. Le mari d'une femme avait l'habitude de la placer contre le mur et de lancer des couteaux dans sa direction. La femme dont les côtes avaient été fracturées a indiqué que son mari lui avait uriné sur la tête et le visage pendant qu'elle prenait un bain pour tenter de soulager ses douleurs. Deux femmes ont déclaré que leur partenaire avait battu d'autres femmes et que l'un d'eux avait été emprisonné pour cela. Fait assez ironique, une femme s'est aperçue que la petite amie de son partenaire se trouvait aussi dans le centre où elle s'était réfugiée. Le terme de Johnson, " terrorisme patriarcal ", semble correspondre à l'expérience de la plupart des 18 femmes. Bon nombre d'entre elles ont avoué avoir très peur, mais ce sentiment différait, de façon qualitative, du désespoir et de la frustation exprimés par la majeure partie des hommes ayant été agressés physiquement par leur partenaire. La nature des actes physiques violents perpétrés envers les femmes débordait le cadre de la seule violence physique et comportait des agressions sexuelles ainsi que de longues périodes de domination.
Par opposition, la moitié des 18 hommes visés par les deux études qualitatives ont indiqué que la violence était mutuelle, du moins en certaines occasions. Même s'il y a eu des blessures, aucun des hommes n'a cherché à recevoir des soins médicaux. Un plus grand nombre d'hommes répondent à la description de la " violence conjugale courante " énoncée par Johnson, comparativement aux femmes qui ont cherché un refuge, surtout en regard du peu de sévérité des actes violents et de la fréquence peu élevée des incidences d'agressivité décrites par les hommes. Nous ne nions pas le fait que certains hommes sont gravement blessés par des femmes à un point tel qu'ils doivent parfois recevoir des soins médicaux et des conseils. Toutefois, parmi le petit échantillon d'hommes ayant consenti à décrire leur expérience, la plupart n'ont pas cherché à recevoir une aide extérieure.
Perceptions de la violence à l'égard du mari par les intervenants canadiens en matière de violence familiale Des entrevues téléphoniques officieuses ont été effectuées auprès de 40 représentants d'organismes de services familiaux, de programmes de thérapie pour violence familiale (refuges), de centres de thérapie de groupe pour agresseurs et de groupes s'intéressant aux problèmes des hommes. Ces entrevues avaient pour objet d'évaluer dans quelle mesure la violence à l'égard du mari est perçue comme un problème social dont le Canada doit s'occuper. Ces entrevues ne doivent pas être interprétées comme des études officielles, mais plutôt comme des conversations avec des intervenants qui s'occupent de cas de violence conjugale dans les provinces et les territoires. Mais cette méthode comporte un problème: les conseillers ne peuvent évaluer le nombre d'hommes ayant besoin de ces services qu'en fonction de ceux qui sont consentants à obtenir de l'aide. Il se pourrait que ce nombre ne représente qu'un faible pourcentage des hommes qui sont agressés.
La plupart des conseillers ont indiqué qu'ils n'avaient traité aucune victime mâle ou très peu, soit moins de 5 % de leur nombre de cas. Néanmoins, chacun d'eux a affi rmé qu'ils sont préoccupés par toute forme de violence. Certains ont fait remarquer que les cas de violence généralement rapportés par des hommes agressés sont en grande partie de nature psychologique, bien que plusieurs aient traité des clients qui avaient été gravement blessés : une femme a poignardé son conjoint dans son sommeil, une autre a cloué son partenaire au sol et le menaçait de lui frapper la tête avec une pierre . Un autre intervenant a indiqué avoir récemment reçu un coup de téléphone d'une femme qui lui demandait conseil parce qu'elle avait battu son mari si violemment qu'il avait dû être hospitalisé. Ce qui est remarquable, c'est que cet homme n'avait pas avoué au personnel soignant que c'était sa femme qui lui avait infligé ses blessures.
Aucun des organismes n'offrait de services spécialisés (groupes pour violence à l'égard du mari). Seul un travailleur a fait état de la nécessité de tels services. Les représentants d'un certain nombre d'organismes ont indiqué que les hommes agressés seraient intégrés à leurs groupes réguliers d'agresseurs suivant une thérapie, du fait que l'orientation de ces organismes consiste à assurer la sécurité des clients et à faire en sorte qu'ils assument la responsabilité de leurs actes. Par opposition, trois travailleurs dont les thérapies de groupe avaient une orientation différente ont indiqué que leurs programmes s'adressant aux hommes ne seraient pas appropriés du fait que les autres hommes leur feraient " un mauvais parti ". D'autres renvoient généralement ces hommes agressés à des conseillers d'orientation personnelle ou à des conseillers matrimoniaux de leur organisme ou de l'extérieur. On a demandé aux conseillers de un ou deux clients qui étaient les seules victimes des assauts de leur épouse comment ils distinguaient ces hommes de la majorité des clients mâles qui nient couramment leur comportement violent.
La plupart ont indiqué que les hommes en qui ils ont confiance ont relaté des récits qui étaient remarquablement similaires à ceux des femmes victimes des actes violents de leur mari . Ces hommes ont tendance à minimiser le comportement de leur partenaire, ont une estime de soi très faible et admettent avoir honte et craindre les gestes agressifs de leur partenaire. Ils donnent souvent les mêmes raisons que les femmes agressées pour justifier le fait qu'ils continuent à vivre avec leur conjoint. Par exemple, certains hommes ne voulaient pas partir parce qu'ils craignaient que leurs enfants ne soient victimes de la violence de leur conjointe. Ils mentionnaient aussi qu'ils aimaient leur conjointe et qu'ils voulaient simplement que ces actes de violence cessent. Certains travailleurs ont mentionné que les hommes sont dans une meilleure position pour quitter une relation houleuse du fait qu'ils ont généralement plus de ressources que les femmes pour ce qui est de l'argent et de l'emploi. Les conseillers ont également constaté que de nombreux hommes agressés refusaient de riposter pendant que d'autres ont indiqué que bon nombre des femmes violentes avaient été agressées au cours de leur enfance. Par opposition, les hommes qui se disaient agressés mais qui avaient été violents au départ avaient été arrêtés en maintes occasions ou leurs épouses n'avaient eu d'autre choix que de chercher de l'aide dans un refuge. Ils font preuve de bravade et blâment leur partenaire de façon théâtrale, mais ils ne craignent nullement ses actes violents. Les chefs de groupe affectés aux programmes de thérapie offerts aux agresseurs ont constaté, au début de chaque thérapie, que la plupart des hommes niaient avec véhémence ou minimisaient l'importance de leur propre violence ou blâmaient leur épouse " d'être violente elle aussi ". Ce n'est qu'en cours de route que ces hommes commencent à assumer la responsabilité de leur comportement violent et à admettre la gravité de leurs gestes. Ainsi, les chefs de groupe se disaient préoccupés par le fait d'offrir à des hommes des services spécialisés en matière de violence à l'égard du mari, préoccupés par le fait qu'un certain nombre d'hommes violents pourraient être davantage en mesure de continuer à nier leur comportement en alléguant que ce sont eux les victimes. Les données recueillies à Vancouver auprès des deux partenaires dans 30 couples où l'homme suivait une thérapie pour avoir battu son épouse confirment cette réalité (Browning et Dutton, 1986). Même si la moitié des hommes avouaient être le partenaire le plus violent, l'autre moitié affirmait que les deux conjoints étaient violents. Par opposition, les femmes considéraient leur mari comme étant celui qui était violent. Les auteurs ont remarqué que de " nombreux maris violents insistent sur la fréquence des actes de violence sans tenir compte du fait que leurs gestes ont causé de graves blessures à leur épouse ou, dans certains cas, son hospitalisation ".Un certain nombre de conseillers sont conscients que les hommes se sentent inférieurs du fait qu'ils sont perçus comme des victimes, d'où la barrière qui se dresse devant eux et qui les empêche de demander de l'aide. Et lorsqu'ils demandent de l'aide, ils craignent non seulement que l'on se moque d'eux, mais aussi que certains dispensateurs de services se paient du bon temps à leurs dépens, comme ce fut le cas avec des agents de police. En résumé, les intervenants canadiens oeuvrant dans le secteur de la violence familiale indiquent que peu d'hommes recourent actuellement à des services spécialisés en raison de la violence physique que leur inflige leur épouse. Lorsque ces hommes demandent de l'aide, on leur offre, pour la plupart, des services de consultation personnelle parce que, à l'heure actuelle, le nombre de cas ne justifie pas la mise sur pied de programmes de groupes spécialisés.
De quels recours les hommes battus disposent-ils ?
Déclaration des sévices et recherche d'aideLa majorité des nombreux services mis sur pied en matière de violence conjugale s'adressent aux victimes de sexe féminin. Très peu de ressources ont été créés dans le but d'aider spécifiquement les hommes, bien qu'il semble exister un plus grand nombre d'organismes canadiens offrant des thérapies aux femmes agressives. En fait, les hommes sont certainement confrontés à des obstacles lorsqu'ils tentent d'obtenir de l'aide. L'un des problèmes réside dans le fait que la société ne reconnaît pas l'existence de la violence à l'égard du mari. Flynn (1990), Cook (1997), Macchettio (1992) et George (1994) ont tous conclu que des programmes de thérapie et de prévention efficaces ne seront pas créés si les spécialistes et le public ne reconnaissent pas l'existence du problème qu'est la violence à l'égard du mari. Flynn associe cette absence de reconnaissance des problèmes à la pénurie de programmes de thérapie destinés aux hommes battus. Cela crée toutefois un dilemme important. D'une part, tant que les hommes refuseront de se faire entendre, nous ne saurons pas si des services spécialisés sont nécessaires. D'autre part, tant que nous n'o ffrirons pas de services spécialisés, on nous affirme que les hommes ne chercheront pas à se faire aider.
La notion voulant que les hommes hésitent souvent à recourir à de l'aide professionnelle, craignant d'être perçus comme des ratés s'ils avouent leurs problèmes, est confirmée par les publications médicales (Gill et Tutty, sous presse; Williams et Myer, 1992) et a été mentionnée par les intervenants du domaine de la violence conjugale au cours d'entre tie s téléphoniques partout au Canada. Des recherches récentes menées aux États-Unis par Lehmann et Santilli (1996) laissent entendre que la violence commise par les femmes contre les hommes est perçue autrement que celle commise contre elles par les hommes. Les étudiants de niveau collégial avait à réagir à des scénarios où l'on avait changé le sexe de l'auteur d'actes plus ou moins violents contre son ou sa partenaire. Les étudiants des deux sexes ont blâmé nettement plus les victimes masculines que les victimes féminines. Les chercheurs ont interprété ces constatations comme laissant entendre que la violence commise par les femmes contre les hommes est jugée plus acceptable. Si cette façon de voir est générale, cela pourrait expliquer, du moins dans certains cas, ce qui fait renoncer les hommes à déclarer les actes de violence dont ils sont victimes. Si l'on se penche sur l'évolution des refuges et des programmes destinés aux femmes, on remarque qu'ils tirent leur origine de regroupements populaires féminins qui ont répondu aux besoins d'un grand nombre de femmes à la recherche d'un refuge (Hebert et Foley, 1997). Un cheminement similaire chez les hommes pourrait s'avérer non seulement important au chapitre de la reconnaissance du fait que les hommes peuvent aussi être victimes d'abus sexuels et d'agressions par l'épouse, mais aussi sur le plan de la mise en place de services. En fait, les regroupements d'hommes pourraient contribuer, dans une large mesure, à sensibiliser davantage la population aux problèmes que vivent les hommes.
Où s'adresser pour obtenir de l'aide. Les entretiens téléphoniques avec des intervenants du domaine de la violence conjugale confirment qu'il existe peu de services spécialisés destinés aux hommes battus. Un refuge d'urgence de l'Alberta qui accueille autant la clientèle masculine que la clientèle féminine fait exception. Toutefois, même dans ce refuge, les femmes constituent la plus grande partie de la clientèle. Le directeur n'a fait état que de deux clients masculins au cours des neuf mois précédents, et ces derniers disposaient de très peu de ressources. Stanko (1995) note que le seul refuge existant en Grande-Bretagne a dû fermer ses portes, faute de clients. À l'échelle du pays, plusieurs intervenants privés organisent des groupes destinés aux hommes battus, habituellement dans les grandes villes. Notamment, la Colombie-Britannique possède une association de services destinés aux hommes qui permet à ceux-ci d'accéder à des ressources. Les organismes pour hommes sont des regroupements qui reconnaissent généralement l'importance de problèmes comme la violence à l'égard du mari et les droits paternels et peuvent aider les gens à accéder à des services (Williams et Myers, 1992). Certains de ces organismes off rentdes services d'appels d'urgence et le recours à des groupes permanents pour hommes où des aspects comme la violence à l'égard du mari et les droits paternels reçoivent une attention sérieuse. Les regroupements d'hommes peuvent offrir l'accès à des groupes d'entraide ou à des services d'appels d'urgence, mais leur personnel est habituellement composé de bénévoles et ne peut répondre au nombre total de demandes reçues. Une des lignes d'urgence vouée à la violence à l'égard du mari dessert l'Alberta et recevrait de deux à trois appels par jour. Sans financement, la plupart des organismes pour hommes sont limités quant aux services qu'ils offrent. On trouve plusieurs sites Web sur Internet qui offrent des numéros sans frais consacrés aux problèmes vécus par les hommes, bien qu'un grand nombre s'appliquent aux droits paternels. Si des services spécialisés destinés aux hommes sont mis sur pied, ils risquent d'être différents de ceux qui s'adressent aux femmes battues. Page l ow (1984) est d'avis qu'étant donné la gravité habituellement moindre des blessures, les principaux besoins des hommes battus se limiteraient à l'accès au counseling et à une consultation juridique. Il semble exister plus de pro grammes destinés aux femmes agressives partout au Canada, bien que ces dernières soient portées à agresser les enfants autant que les maris. Une récente étude de Sommer à Winnipeg (1994) laisse entendre que les pro grammes d'intervention s'adressant aux femmes agressives doivent différer de ceux destinés aux agresseurs de sexe masculin. Malgré leur ressemblance avec les groupes pour agresseurs masculins, les programmes destinés aux femmes devraient porter sur les problèmes de violence antérieurs, surtout si elles ont vu leur mère agresser leur père . Ces programmes devrai t aussi traiter les problèmes de consommation excessive d'alcool et enseigner des techniques interpersonnelles plus efficaces. Les cliniciens américains Hamberger et Potente (1996) ont mis au point un programme de traitement à l'intention des femmes arrêtées pour avoir maltraité leur partenaire. Bien que le contenu paraisse semblable à celui de nombreux programmes à l'intention des hommes, les auteurs ont constaté ceci: La plupart des femmes qui recourent à la violence contre leur partenaire le font en réaction directe à la violence et à l'oppression dont elles ont été victimes dans un contexte qui a permis ou encouragé l'utilisation de la violence comme moyen de résoudre les problèmes. Des 67 femmes traitées jusqu'à maintenant, seulement trois ont manifesté des signes évidents qu'elles étaient les premières à faire usage de violence et qu'elles battaient leur conjoint.
Les programmes en question comprennent des séances sur la planification de la sécurité, des questions touchant les enfants et une formation à l'affirmation de soi, ce qui se retrouve couramment dans les groupes de soutien pour les groupes de victimes d'agressions par les femmes. Les hommes qui se plaignent d'abus peuvent accéder aux services de counseling dans la plupart des centres de services familiaux. Les spécialistes oeuvrant dans ces centres utilisent habituellement des méthodes axées sur un système familial avec les clients. Ils sont plus aptes à accepter le fait que certaines femmes usent de tactiques violentes lors de conflits entre conjoints que ceux qui abordent le problème d'un point de vue féministe. Les services destinés aux femmes ne sont habituellement pas ouverts aux hommes, bien que l'on signale que des hommes battus auraient reçu de l'aide de certains y compris des lignes d'appels d'urgence offertes par des refuges pour femmes battues. Habituellement, ces hommes sont dirigés vers d'autres ressources communautaires parce que l'accès aux services à domicile est limité aux femmes. Ainsi, les maisons de transition ne constituent pas la meilleure ressource pour les hommes agressés. Le personnel est souvent trop occupé à dispenser des services au grand nombre de femmes et d'enfants victimes d'agressions graves qui recherchent la sécurité. Néanmoins, il est difficile d'évaluer quels services sont nécessaires pour les hommes battus et ce, tant que nous ne saurons pas avec plus de précision, grâce à des recherches approfondies, combien d'hommes ont besoin de tels programmes et combien y feraient appel.
Conséquences sur le plan de l'action L'une des préoccupations principales des chercheurs canadiens est la suivante : si l'on " prouve " que les agressions commises par des femmes sont aussi graves que celles commises par des hommes, on risque de voir la société cesser d'appuyer les femmes battues, notamment en retirant le financement consenti aux refuges, en redirigeant le financement vers les maisons pour " hommes battus " et en arrêtant un plus grand nombre de femmes là où des politiques d'arrestation obligatoireexistent. DeKeseredy (1988) soutient que : " Des preuves attestant de l'existence du "syndrôme de l'homme battu " pourraient permettre à l'État d'affirmer que les épouses sont plus violentes que les maris et, par conséquent, que les nouvelles maisons de transition (pour les femmes battues et les victimes d'agressions sexuelles) ne sont pas nécessaires et que les refuges existants n'ont pas besoin d'être agrandis et rénovés ". En fait, Straus et Gelles ont admis en 1990 que leurs recherches ont été utilisées en cour contre des femmes battues et pour minimiser la nécessité de maisons de transition pour femmes battues. Toutefois, si les résultats des recherches effectuées pour attester de la gravité du problème de la violence à l'égard du mari sont jugés crédibles, comme le suggèrent Brinkerhoff et Lupri (1990), les politiques liées à la mise en application des lois devront être modifiées pour tenir compte de ce problème. À ce jour, toutefois, les données sont insuffisantes pour justifier de telles modifications.
Conclusion Il est difficile de réfuter les preuves selon lesquelles la violence à l'égard des femmes est un problème plus grave et plus répandu dans la société que celui de la violence à l'égard du mari . Les femmes qui habitent avec des maris agressifs sont confrontées à des actes violents graves et chroniques qui donnent souvent lieu à des blessures potentiellement mortelles. Néanmoins, même les critiques les plus ardents ne nient pas l'existence de la violence à l'égard du mari , ni le fait que certains hommes se font infliger de graves blessures par leur partenaire féminine. À ce jour, toutefois, les données actuelles ne nous permettent pas de conclure que le nombre de maris agressés au Canada est suffisant pour justifier le type de services spécialisés actuellement offerts aux femmes victimes d'agressions. En outre, les recherches actuelles ne justifient pas la nécessité de réécrire les documents consacrés à la violence familiale pour qu'ils englobent les deux sexes plutôt que d'être axés spécifiquement sur les victimes de sexe féminin. Il est essentiel d'encourager les hommes battus qui ont besoin de services à recourir à ceux-ci. Ce n'est que de cette façon que les experts seront sensibilisés aux difficultés que connaissent les hommes et qu'ils mettront en place, le cas échéant, des services destinés aux hommes agressés par des partenaires de sexe féminin. Il est essentiel de poursuivre les recherches sur les expériences vécues par les hommes battus si l'on veut évaluer l'étendue et la gravité du problème. Le peu de recherche s menées à ce jour soulève plus de questions que de réponses.
site créé par: Isabelle ![]()
Je n'accepte plus les courriels qui finissent par un
(.com) sauf ceux qui sont déjà abonnés, trop de pourriels.
Mon logiciel les détruira automatiquement. De retour à www.suicide-quebec.net