La dynamique de la violence à l'égard du mari diffère de celle de la violence à l'égard de l'épouse.
Débat sur la violence à l'égard du mari
Est-ce que la violence à l'égard du mari est un problème social important au Canada?
Les effets et la nature de la violence à l'égard du mari
La dynamique de la violence à l'égard du mari diffère
de celle de la violence à l'égard de l'épouse.O'Leary et ses coauteurs (1989) font remarquer ce qui suit : "il y a de fortes chances que la plupart des actes violents commis contre la femme aient des répercussions psychologiques et physiques différentes de celles de la majorité des cas d'agression physique envers l'homme". Par exemple, dans une étude de Jacobson et coll. (1994), les femmes affirmaient ne recourir à la violence que pour riposter aux gestes agressifs de leur partenaire. Les maris, quant à eux, avouaient continuer à poser des gestes violents en réponse à des actes nullement agressifs tels qu'une tentative de fuite. Plusieurs chercheurs ont tenté de savoir ce qui poussait les couples à recourir à la violence. Par exemple, Hamberger, Lohr, Bonge et Tolin (1997) ont voulu connaître les motifs de 215 hommes et de 66 femmes arrêtés pour violence à l'égard du partenaire. Par rapport aux hommes, les femmes étaient beaucoup plus susceptibles de poser des gestes violents pour se défendre contre une attaque physique directe, éviter une attaque ou riposter à des actes de violence physique et psychologique précédents. Par opposition, les agresseurs mâles affi rmaient se servir principalement de tactiques violentes pour dominer et contrôler leur partenaire. En général, les hommes admettent beaucoup moins souvent qu'ils craignent leur partenaire lorsqu'ils sont impliqués dans de violentes disputes (Jacobson et coll.,1994;Langhinrichsen-Rohling, Neidig et Thorn, 1995). Dans la même veine, Morse (1995) fait observer que 30% des femmes disent craindre pour leur sécurité lorsqu'elles se disputent avec leur conjoint en regard de seulement 9,5% pour les hommes.
Il y a différentes formes de violence conjugale,
mais seule une d'entre elles est prise en considération
dans les sondages communautairesJohnson (1995) distingue deux formes différentes de violence conjugale, selon la gravité et la nature des actes. Il fait remarquer qu'une partie de la confusion qui règne dans la littérature sur la violence entre partenaires intimes vient de ce que l'utilisation de méthodes de recherche différentes et de sources de renseignements différentes tend à produire des renseignements différents. Les chercheurs communautaires qui s'adressent à des membres du public pris au hasard qualifient généralement ces actes d'agression de manière de régler les conflits entre partenaires et utilisent souvent le Conflict Tactics Scale.
Parlant du nombre relativement élevé d'hommes et de femmes qui, dans de tels sondages, avouent recourir à la violence, Johnson le qualifie de " violence conjugale courante". Ce syntagme ne signifie pas pour autant que ce phénomène est acceptable, mais qu'il se produit assez souvent et que les actes de violence sont généralement mineurs plutôt que graves. Johnson indique qu'en pareils cas, l'analyse d'une femme est moins précise quant à la façon dont "une dispute tourne parfois ' au vinaigre ', ce qui aboutit habituellement à des gestes violents ' mineurs ', et plus rarement à une escalade d'actes violents où la vie est parfois menacée ". En examinant la nature des actes violents répertoriés dans ces études, Johnson fait remarquer, qu'en général, les gestes violents ne s'intensifient pas au fil des années. Ainsi, " 94% des auteurs d'actes violents réputés ' mineurs ' ne vont pas jusqu'à des gestes violents ' graves ' ". En moyenne, les choses " tournent au vinaigre " une fois par deux mois, et l'instigateur est autant l'homme que la femme.
Par opposition, Johnson fait observer que les recherches sur les expériences des femmes battues sont tirées pour la plupart d'entrevues détaillées avec des femmes qui, pour leur sécurité, ont cherché à obtenir de l'aide dans des refuges d'urgence ou dont les maris suivent une thérapie à la suite de voies de fait sur leur personne. Les gestes violents sont graves. Les femmes sont battues en moyenne plus de deux fois par semaine, et on constate que ce sont presque toujours les maris qui déclenchent les hostilités. Il arrive souvent que les femmes soient battues tout au long de leur vie de couple et que la fréquence et la sévérité des gestes posés augmentent avec le temps. Johnson qualifie cette dynamique de " terrorisme patriarcal ", ce qui laisse entendre que ce phénomène est le fruit de " traditions patriarcales voulant que l'homme ait le droit de dominer son épouse... la violence s'accompagnant de subordination financière, de menaces, d'isolement et des tactiques de domination connexes ". Le viol d'une conjointe est aussi souvent associé à de tels actes violents.
La distinction établie par Johnson est importante parce qu'elle fournit, à propos des vues radicalement opposées que les deux groupes de chercheurs ont souvent sur la violence conjugale, une explication qui reconnaît le bienfondé des diverses opinions. En fait, ces groupes examinent des phénomènes différents où il y a peu de chevauchement dans les échantillons. Par exemple, les hommes qui terrorisent leur épouse de façon systématique ne participeront probablement pas à un sondage sur la violence, tandis que leur épouse craindrait d'y participer (Straus, 1990). Par contre, les renseignements recueillis auprès des femmes qui cherchent à obtenir de l'aide dans des refuges ou dans des salles d'urgence ne serviront probablement pas à élaborer des programmes pour les femmes ou les hommes qui sont poussés plusieurs fois par année.
Johnson n'est pas le seul auteur à prétendre que les gestes violents posés par les couples diffèrent des actes violents mineurs dans un couple. Stark et Flitcraft (1996) laissent entendre que les cas où la femme est battue diffèrent des poussées, des gifles et des bousculades qui surviennent si souvent et que l'on qualifie d'essentiellement "normales" chez les couples, surtout au début du mariage . O'Leary (1993) a recommandé, à des fins cliniques, que les agressions physiques réputées "mineures"ne soient pas qualifiées de "troubles". Dans son étude de 1989, plus du tiers des hommes et des femmes avouaient de tels comportements ; toutefois, ils ne les percevaient pas comme des gestes violents oud'autodéfense.
Enfin, une nouvelle étude sur un échantillon représentatif constitué de 1 599 couples américains (Schafer et coll., 1998) a mené aux conclusions suivantes: Vu que les femmes risquent davantage d'être violentées à plusieurs reprises, d'être blessées et même de mourir par suite de violences commises par leur partenaire intime, il semble normal que les femmes se préoccupent particulièrement de ces risques. Enfin, il importe de se rendre compte que la comparaison des taux d'actes violents commis par des hommes contre leur partenaire féminine et vice versa peut être inappropriée et trompeuse... Ces deux indices de violence entre partenaires intimes se rapportent à des situations qualitativement différentes puisque la violence des hommes contre leur partenaire féminine entraîne généralement des torts physiques beaucoup plus graves. En résumé, les chercheurs ont soulevé un certain nombre de questions quant à la validité de l'interprétation des sondages communautaires où l'on prétend que la femme est tout aussi violente que l'homme.
Ils proposent, en outre, de déborder le cadre de ces études afin de comprendre les cas de violence chez les couples. Ces critiques ne nient pas le fait que les femmes usent de tactiques violentes, mais laissent entendre que les résultats de certains des gestes violents posés par la femme doivent être perçus différemment. De plus, ces actes sont moins susceptibles d'entraîner les mêmes conséquences que les actes violents perpétrés par l'homme.
Débat sur la violence à l'égard du mari En gardant à l'esprit les critiques formulées préalablement sur les
études qui ont été utilisées pour affirmer que la femme est tout aussi
agressive que l'homme, voici les questions qui sont au coeur du débat.1 . Est-ce que la violence à l'égard du mari est un problème social important au Canada?
Oui :
Le nombre d'agressions envers le mari répertoriées dans les sondages communautaires canadiens est comparable, sinon supérieur, au nombre de cas relevés aux États-Unis (Grandin et Lupri, 1997, dans le cadre d'une étude nationale; Bland et Orn, Edmonton,1986; Brinkerhoff et Lupri, Calgary, 1988; Sommer, Winnipeg, 1994). Dans toutes ces études, les femmes admettent poser des gestes violents à peu près dans la même mesure que les hommes.Non :
Si la violence à l'égard du mari est un problème social bien présent, comme l'ont demandé Dobash, Dobash, Wilson et Daly, "où sont les victimes?" Ces auteurs s'interrogent sur " les raisons qui incitent de nombreux chercheurs en matière de violence familiale à croire qu'il existe un grand nombre, pourtant invisible, d'hommes agressés... Il paraîtrait que ces hommes se voient refuser l'accès à des services médicaux, de sécurité sociale et de justice pénale ". Les représentants de ces services ne font pas état d'un nombre élevé de victimes chez les hommes. Les statistiques de 1996 sur le crime au Canada révèlent plutôt que les femmes comptent pour 89 % des victimes lorsque les maris ou les ex-maris sont coupables d'assauts physiques ou sexuels (Pottie Bunge et Levett, 1998).Réaction:
Toute forme de violence doit être prise au sérieux. Toutefois, même si les recherches canadiennes révèlent que certains hommes sont agressés par leur conjointe, ces agressions ont parfois moins de conséquences, notamment pour ce qui est des blessures qui nécessitent des soins médicaux. À l'heure actuelle, nous ne savons pas trop combien d'hommes peuvent être les seules victimes des gestes violents de leur conjointe, gestes qui nécessitent le re c o u rs à des services spécialisés.2. Puisqu'un fort pourcentage de la violence conjugale est mutuelle, les femmes ne sont-elles pas autant à blâmer que les hommes?
Oui:
À la lumière de nombreuses études réalisées à l'échelle communautaire, il appert que presque 50 % des agressions dans le couple sont " mutuelles " (Brinkerh ff et Lupri, 1988, Saunders, 1986). Dans les études où les couples recherchent des services thérapeutiques, la violence mutuelle, selon les estimations, serait aussi élevée que 80 % (Langhinrichsen-Rohling, Neidig et Thorn, 1995). Cette constatation vient appuyer l'idée selon laquelle la femme contribue tout autant à la violence conjugale et qu'elle est donc aussi responsable que l'homme.Non :
Même dans les cas où les deux conjoints usent de tactiques violentes, il arrive souvent que les femmes ne font que riposter aux attaques du conjoint. En outre , elles courent beaucoup plus de risques d'être blessées que l'homme (Berk, Berk, Loseke et Rauma, 1983; Brush, 1990; Cantos, Neidig et O'Leary, 1994; DeKeseredy, 1992; Saunders, 1986; Vivian et Langhinrichsen-Rohling, 1994). Dans une récente étude canadienne sur la violence entre personnes qui sortent ensemble (DeKeseredy, Saunders, Schwartz et Alvi, 1997), on constate que, " parmi les femmes avouant recourir à la violence (46 % des 1835 collégiennes), celles 14.qui ont affi rmé utiliser des tactiques très violentes pour se défendre (comparativement aux cas de riposte ou d'instigation) ont également indiqué qu'elles avaient été l'objet de gestes très violents ".Réaction :
La majorité des cas de violence mutuelle aboutissent à des comportements agressifs mineurs (Vivian et Langhinri chsen-Rohling, 1994), ce qui cadre avec la description de Johnson de la violence conjugale courante. Dans de tels cas, il est très difficile, et probablement inutile, de blâmer qui que ce soit du fait que certaines agressions ne servent aux personnes qu'à se défendre.3. Est-ce que le fait que les femmes agressent d'autres victimes suffit pour que l'on prétende qu'elles sont aussi agressives que les hommes?
Oui:
De nombreuses preuves attestent que les femmes se comportent parfois de manière agressive (White et Kowalski, 1994). Par exemple, une proportion élevée des cas de négligence et de violence physique envers les enfants sont perpétrés par la mère (Straus, Gelles et Steinmetz, 1980), et certaines femmes lesbiennes sont agressées par leur partenaire (Coleman, 1994; Renzetti, 1992). Dans le cadre d'une étude récente effectuée auprès de 346 étudiants canadiens du premier cycle universitaire (O'Sullivan, Byers et Finklman , 1998) 18,5 % des hommes non mariés ont déclaré avoir été victimes au moins une fois de violence sexuelle de la part de leur partenaire féminine. Les statistiques canadiennes sur les homicides révèlent que certaines femmes tuent leur partenaire (Wilson et Daly, 1993). Comme l'indique Renzetti (1994), le fait que les femmes " le font aussi " vient souvent confirmer que,si elles sont violentes dans un contexte donné, elles peuvent l'être tout autant dans un autre .Non :
La plupart des chercheurs s'entendent sur le fait que, même si les femmes posent des gestes violents, elles y ont recours beaucoup moins souvent que les hommes. Les études d'incidence nationale américaine sur la violence familiale indiquent que les femmes agressent leurs enfants plus souvent que les hommes. Toutefois, Straus et coll. (1980) font observer que ces nombres " témoignent en partie de leur rôle de principales dispensatrices de soins et du fait qu'elles passent plus de temps avec leurs enfants que leur mari " . La violence dans les couples de lesbiennes prend souvent les mêmes formes que dans les couples hétérosexuels, qu'il s'agisse de violence physique, psychologique ou sexuelle (West, 1998). Néanmoins, l'étude de West sur l'attention relativement nouvelle que les chercheurs accordent aux mauvais traitements contre les lesbiennes semble indiquer que la force, la domination et l'autonomie peuvent jouer un rôle similaire à ce qui se passe dans les cas de violence dans les relations hétéro sexuelles. Dans leur examen des études sur le recours à la contrainte sexuelle, Byers et O'Sullivan (1998) ont conclu qu'un cinquième des hommes (18,5%) avaient déclaré avoir posé des gestes sexuels non désirés parce qu'ils y avaient été contraints par une femme. Ils soulignent cependant que ce problème est beaucoup plus fréquent pour les femmes. En effet, 40 % des participantes aux études ont déclaré avoir été contraintes au moins une fois à des activités sexuelles.Dans le cas des homicides, les chercheurs canadiens Wilson et Daly (1994) ont constaté que l'on estime que " 3,2 femmes sont tuées par leur mari pour chaque homme assassiné par son épouse" et ce, même si les deux partenaires risquent d'être tués par l'autre. Il convient de souligner que cette proportion est la même aux États-Unis. Wilson et Daly prétendent que la facilité avec laquelle on peut se procurer une arme de poing égalise les forces de sorte que l'homme autant que la femme risque d'être tué par l'autre conjoint. Wilson et Daly (1993) ont également fait remarquer que la nature des homicides est différente chez l'homme et chez la femme: Il arri ve souvent que les hommes poursuivent et tuent la femme qui ne vit plus sous le même toit, tandis qu'il est très rare de constater ce phénomène chez la femme; dans les scénarios planifiés de meurtres suivis d'un suicide, c'est l'homme qui assassine sa femme; dans les cas de familicide, c'est aussi l'homme qui tue sa femme et ses enfants; l'homme, et non la femme, tue sa conjointe après l'avoir soumise pendant longtemps à des abus coercitifs; c'est encore l'homme qui élimine son épouse lorsqu'il apprend qu'elle lui est infidèle alors que les femmes ne réagissent pratiquement jamais de telle façon; et les femmes, contrairement aux hommes, tuent principalement dans les cas où elles doivent se défendre et assurer la protection de leurs enfants.
Dans les études transnationales sur les agressions, les femmes ne représentent qu'une petite proportion des auteurs d'actes violents (Kruttschnitt, 1993). Burbank (1987) a également comparé des études multiculturlles et il a constaté que les femmes adultes qui sont agressives le sont surtout à l'égard d'autres femmes. Lorsque les hommes sont attaqués, ce sont les maris qui sont le plus souvent les victimes. Burbank en arri ve toutefois à la conclusion que les agressions perpétrées par les femmes n'entraînent habituellement que des blessures mineures. Dans une méta-analyse portant sur 60 études sur les comportements agressifs (Bettencourt & Miller, 1996), on concluait que les hommes sont généralement plus agressifs que les femmes lorsqu'il n'y a pas de provocation. Toutefois les différences entre les sexes étaient beaucoup moindres lorsqu'il y avait provocation. Les chercheurs ont cependant constaté que les femmes perçoivent différemment les risques de représailles violentes et qu'elles étaient moins agressives lorsqu'elles prévoyaient un danger imminent.
Réaction :
Cet argument est hors contexte. Qu'il s'agisse de violence envers le mari ou d'autres formes de violence perpétrées par la femme, on ne nie plus aujourd'hui l'existence de ce phénomène.
Mais une question demeure:
Est-ce que la violence à l'égard du mari est un phénomène généralisé et assez grave nécessitant des services additionnels ou spéciaux?En résumé, ce sont-là les points fréquemment abordés en matière de violence à l'égard du mari . Bien que les sondages communautaires utilisant le CTS aient été les principaux instruments utilisés dans le cadre de ce débat, ils ne fournissent pas réellement de renseignements sur la nature de la violence à l'égard du mari . Les études qui portent exclusivement sur la violence à l'égard du mari sont rares et sont le sujet de la prochaine section.
Les effets et la nature de la violence à l'égard du mari Un mari...
Elle me provoque, me traite de tous les noms, et me lance à deux pouces du nez, " Va-s-y, frappe-moi!" J'aime mieux m'éloigner, je ne suis pas du genre violent. Si elle devient très en colère , elle me donne un coup de pied dans les parties génitales. Elle s'est servie de ciseaux deux ou trois fois. (Gregorash, 1990,.)Un mari...
Elle me tenait à distance de la porte pour que je ne puisse pas la déverrouiller... après avoir essayé pendant une heure et demie de sortir de la pièce, mon bras gauche était couvert d'ecchymoses aux endroits où elle y avait enfoncé ses ongles. J'ai finalement réussi à sortir de la pièce, mais elle m'a saisi par la gorge dans le couloir et elle m'a secoué... Elle a saisi dans la chambre un verre qu'elle a menacé de briser et d'utiliser contre moi. (Gregorash, 1990,.Un mari...
Elle crie après moi, puis elle commence à me gifler sur les oreilles pour que je l'écoute. Elle s'aperçoit que ses gifles ne produisent pas l'effet escompté, elle décide donc de me frapper l'arrière de la tête avec ses poings. Elle a sauté sur le lit et s'est mise à me donner des coups de pied dans le dos. Je n'ai pas riposté, j'en suis simplement incapable. Elle a commencé à me frapper et à déchirer mes vêtements. Elle s'est mise à me mordre le dos. Je la tenais par les mains. Elle s'est libérée la main droite pour m'administrer un moulinet sur l'oreille gauche. J'ai failli tomber par terre tellement le coup était violent. C'est là que j'ai su que mon mariage était fini. Je suis donc parti. Je suis allé chez un collègue de travail. Lorsque j'ai enlevé ma chemise, il s'est assis et s'est mis à pleurer. Environ 60 à 80 % de mon dos, à partir du haut des bras et des épaules jusqu'à la ceinture, était couvert d'ecchymoses. Le côté de ma tête était enflé aux endroits où elle m'avait frappé. J'ai eu des maux de tête pendant trois jours (Tutty, 1997).Ce sont là les témoignages de trois Canadiens qui ont été battus par leur épouse. À l'exception des quelques journaux ou articles de revue sur le sujet, il est rare d'entendre de tels récits. Ces hommes prétendent que peu de gens s'intéressent à leur cas du fait qu'ils sont des hommes. Qui plus est, les hommes qui admettent avoir été battus, surtout lorsque l'agresseur est une femme, craignent d'être ridiculisés. Si les victimes avaient été des femmes, elles auraient pu demander de l'aide dans un refuge pour femmes battues. Mais, étant des hommes, que pouvaient-ils faire? Bien que les données découlant des sondages communautaires laissent entendre que certaines femmes agressent leur partenaire mâle qui ne riposte pas, nous ne connaissons que peu de choses sur la portée et les effets de ces agressions. Il n'y a pratiquement eu aucune étude systématique sur les maris battus depuis que Steinmetz a inventé ce syntagme (Gelles et Cornell, 1990).
Les données canadiennes sur les crimes individuels signalés à la police contenues dans l'Enquête révisée sur la déclaration uniforme de la criminalité (Pottie Bunge et Levett, 1998) font voir que sur près de 22 000 voies de fait entre conjoints, la victime était une femme dans 89 % des cas (19 473 incidents), la victime était un homme dans 11 % des cas (2 428 incidents). Certains chercheurs ont suggéré que les hommes violentés peuvent hésiter, par crainte du ridicule, à signaler à la police les sévices qu'ils ont subis, mais il n'y a pas encore de données concrètes indiquant qu'ils sont plus réticents à faire cette démarche que les femmes. Des données prouvent que des femmes violentées ne communiquent pas toujours avec la police. L'Enquête sur la violence envers les femmes (1993) a révélé que près de la moitié qui craignent pour leur vie, 51% de celles qui ont été violentées plus de dix fois et 57 % des femmes qui ont été blessées n'en ont rien dit à la police. Comme cela a été le cas pour l'élargissement de notre compréhension de la violence contre les femmes, la recherche sur la violence entre personnes qui se fréquentent démontre que certains hommes sont victimes de leur partenaire féminine. Simonelli et Ingram (1998) ont examiné des études américaines qui laissent entendre qu'environ 20 à 30 % des étudiants collégiaux qui ont participé à la recherche ont déclaré avoir subi de la violence physique dans le cadre de leur relation amoureuse courante.
En outre, bien que les femmes risquent davantage de subir des blessures physiques, entre 10 et 18 % des hommes faisaient état de telles blessures. Selon les résultats de la recherche menée par Simonelli et Ingram auprès de 70 étudiants mâles de premier cycle, à l'aide de Conflict Tactics Scale, 40% déclaraient avoir été victimes d'au moins un acte de violence au cours de l'année écoulée. Parmi des étudiants, 29% se disaient victimes d'actes de violence graves comme des coups de pied ou des menaces à la pointe du couteau ou du révolver, tandis que 10 % seulement admettaient avoir eu recours à des actes de violence graves contre leur partenaire féminine. Simonelli et Ingram concluent en faisant remarquer que la violence dans les fréquentations tend à être réciproque. Comme Statistique Canada le fait observer, ces données ne sont pas représentatives à l'échelle nationale, puisqu'elles n'ont été recueillies que dans six provinces. En outre, l'échantillon était majoritairement urbain et provenait du Québec dans une pro portion de 39 % et de l'Ontario dans une proportion de 38 %.
Nous rappelons au lecteur les limites de Conflict Tactics Scale, dont il a déjà été question, et la recherche sur la tendance qu'ont les hommes à sous-déclarer les actes de violence qu'ils commettent. Afin de donner du poids au phénomène voulant que la violence à l'égard du mari soit un grave problème, des auteurs comme George (1994) et Pearson (1997) ont décrit deux ou trois études de cas dans des journaux, des articles de revue et des sites Internet. Bien que ces récits prouvent que la violence à l'égard du mari est une réalité, ils n'indiquent pas dans quelle mesure le problème est généralisé et grave. De plus, les études de cas ne sont pas des travaux de recherche. Il y a donc le risque que ces cas soient perçus comme un phénomène généralisé lorsqu'ils pourraient, en réalité, être relativement rares (Schwartz et DeKeseredy, 1993). Plusieurs études ont porté sur les conséquences psychologiques auxquelles sont confrontés les hommes battus. Dans une étude canadienne récente, Grandin, Lupri et Brinkerhoff (1997) ont comparé les répercussions qu'entraînent les actes violents perpétrés envers l'homme et la femme au sein d'un échantillon de personnes prises au hasard dans la ville de Calgary. Les femmes victimes de violence physique sont plus dépressives et anxieuses que les hommes agressés. Dans les cas de violence psychologique, les troubles affectifs des femmes étaient plus prononcés que ceux des hommes, mais non dans une proportion beaucoup plus élevée. Les hommes et les femmes victimes de violence physique ou psychologique dans leur vie de couple ont indiqué souffrir de troubles affectifs.
Il est toute fois intéressant de constater que les couples dont les deux partenaires recouraient à la violence psychologique signalaient des niveaux d'anxiété et de dépression plus élevés que les hommes et les femmes qui n'étaient que les seules victimes de violence. Les recherches sur les couples suivant des thérapies conjugales sont une autre source de renseignements sur la violence à l'égard du mari, bien que cet aspect ne soit généralement pas le thème principal. Par exemple, dans l'étude de 1994 de Vivian et Langhinrichsen-Rohling portant sur 57 couples en thérapie, on a constaté, dans un sous-groupe de 10 couples, que la plupart des victimes étaient des hommes. Les troubles affectifs affichés par les deux partenaires dans ces couples étaient remarquablement similaires à ceux du groupe d'épouses victimes d'actes violents très graves. Les études qualitatives (analyse approfondie des entrevues) fournissent plus de détails sur l'expérience des répondants et nous ont permis de mieux comprendre les expériences des femmes agressées (Murphy et O'Leary, 1994; Smith, 1994). De telles recherches pourraient nous aider à mieux comprendre aussi les hommes victimes d'actes de violence. Nous pourrions alors déterminer quel genre de blessures subissent les hommes agressés et si ces derniers craignent leur partenaire. Les hommes se sentent-ils méprisés du fait qu'ils ont été battus par une femme et sont-ils, en conséquence, réticents à l'idée de demander de l'aide?
Deux études qualitatives non publiées, toutes deux réalisées en Alberta, constituent la seule recherche où l'on tente de comprendreles expériences des hommes agressés par leur épouse. Gregorash (1990) a interrogé huit hommes, tandis que Tutty (1997) a réalisé dix entrevues. De telles études qualitatives sont limitées par la petite taille de l'échantillon, mais on estime que la nature détaillée des résultats contrebalance la petite taille de la population étudiée. Gregorash fait observer que cinq autres hommes ont songé à participer, mais qu'ils ne l'ont pas fait parce qu'ils redoutaient qu'on les reconnaisse et, conséquemment, qu'on les méprise. De plus, des hommes qui auraient pu y participer n'étaient peut-être pas au courant de la tenue de cette étude et ce, même si les auteurs ont réalisé des entrevues sur plusieurs années et qu'ils étaient à la recherche d'autres répondants.
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