Violence à l'égard du mari :
vue d'ensemble sur la recherche et les perspectives.Notre mission est d'aider les Canadiens et les Canadiennes à maintenir et à améliorer leur état de santé.
Santé CanadaViolence à l'égard du mari :vue d'ensemble sur la recherche et les perspectives a été préparé par Leslie Tutty pour l'Unité de la prévention de la violence familiale, Santé Canada.
Also available in English under the title:
Husband Abuse:An Overview of Research and Perspectives
Les opinions exprimées dans ce document sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les points de vue de Santé Canada.
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© Ministre de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada,1999
Cat.H72-21/157-1998F
ISBN 0-662-82695-7
Introduction
Définition de " violence à l'égard du mari "
Preuves de violence à l'égard du mari
Critiques sur les Sondages communautaires
Les gens sont moins honnêtes lorsque confrontés à des sujets aussi délicats que la violence.
Les couples sont souvent en désaccord quant à leur souvenance et à leur perception d'actes violents.
Les renseignements sur le contexte des actes de violence sont plus importants que le nombre de coups donnés.
page 2-- 3
Introduction Aucun sujet n'a autant divisé les chercheurs et les dispensateurs de services de première ligne qui s'intéressent à la prévention de la violence et aux refuges d'urgence que la " violence à l 'égard du mari " . Toutefois, même ceux qui affirment bien haut que la violence à l'égard du mari n'est pas un problème social important au Canada (p. ex . De Keseredy, 1993) ne nient pas le fait que certains hommes sont agressés par leur conjointe. Le débat ne porte pas surl 'existence de la violence à l'égard du mari , mais plutôt sur la fréquence de ce phénomène et la gravité des torts causés.
Il a fallu beaucoup de temps et d'efforts avant que la question des voies de fait contre l'épouse soit prise au sérieux . Il paraîtrait aussi que les membres de la Chambre des commnes du Canada ont éclaté de rire lorsqu'on leur a fourni des preuves qu'une femme sur dix était battue par son mari . On reconnaît aujourd 'h u i que le phénomène des femmes battues est un problème social important. Récemmen t , l e s défenseurs de l'homme ont commencé à demander si la violence à l'égard du mari ne mériterait pas une attention semblable. Si le phénomène des " hommes battus " est plus grave et plus généralisé que l'on croit , n 'y aurait-il pas lieu d'élaborer de nouvelles politiques et de nouveaux services pour examiner ce phénomène de la même façon que les services offerts aux femmes ?
Les termes " mari " et " femme " seront utilisés tout au long du texte,
mais les sujets abordés s'appliquent aussi aux conjoints de fait et aux personnes qui sortent ensemble.Que savons-nous aujourd'hui de la violence à l 'égard du mari au Canada? Le présent document de travail soulève des questions sur le phénomène complexe et controversé des hommes qui sont agressés par leur conjointe. Trois sources sont utilisées :
- la recherche sur la violence à l'égard du mari et les lacunes dans nos connaissances à cet égard
- un résumé des quelques études effectuées à l'intérieur desquelles les hommes violentés décrivent leur expérience et
- des conversations avec des représentants d'environ 40 programmes de traitement pour violence familiale et de groupes s'intéressant aux problèmes des hommes . Cette vue d'ensemble se termine par des suggestions sur les endroits où les hommes agressés peuvent obtenir une aide et certaines conclusions liées à la reconnaissance de la violence à l'égard du mari .
Le terme " mari battu " a été introduit en 1977 par Suzanne Steinmetz, une sociologue américaine. Elle était alors à examiner plusieurs études, dont la U. S . National Incidence Study on Family Violence de 1975 ( Straus, Gelles et Steinmetz, 1 9 8 0 ) , et un petit échantillon canadien regroupant 52 étudiants de niveau collégi a l . Dans sa recherche , presque la moitié des hommes et des femmes indiquaient avoir eu recours à une certaine forme de violence envers leur partenaire au cour de leur relation. Les femmes avouaient, entre autres, lancer des objets, pousser et bousculer ou frapper leur partenaire avec un objet, dans une proportion un peu plus élevée et plus souvent et avec un peu plus de force que les hommes. Dans presque la moitié des couples, le part enaire répondait aux actes violents par des actes similaires. Toutefois, dans 12 % des cas, les femmes admettaient être le seul agresseur. Les hommes ne répondaient pas aux gestes violents par des gestes similaires . Le pourcentage de recours à des gestes très violents au cours de l'année précédente indiquait une tendance similaire , soit environ 4,6 % de femmes admettant utiliser des tactiques comme la menace de se servi r, ou l'utilisation, d'une arme à feu ou d'un couteau comparativement à 4,4 % chez les hommes. Définition de " violence à l'égard du mari "
Ceux qui affirment que la violence à l'égard du mari est un phénomène social important et généralisé citent ces cas et des sondages communautaires du même type à l'intérieur desquels autant les femmes que les hommes affirment adopter des comportements physiques agressifs vis-à-vis de leur partenaire.
Devant ces faits, ils soutiennent que les femmes sont aussi violentes physiquement et psychologiquement que les hommes. À l'opposé, l 'argument que le mari a beaucoup moins de chance d'être agressé que l'épouse est issu principalement d'un point de vue féministe. Dans cette optique et du fait que l'on estime, dans notre société, que l'homme est plus fort que la femme, les comportements agressifs dont font preuve les femmes envers les hommes dans les relations de couple doivent être perçus différemment des gestes violents de l'homme envers la femme. Et ce qui importe peut-être encore davantage , c'est qu'il y a peu de données concrètes indiquant que les hommes subissent des blessures aussi graves que celles des femmes victimes de la violence masculine.
Avant d'examiner les résultats probants des travaux de recherche sur la violence à l'égard du mari effectués au Canada, il convient de définir les termes "violence" et "abus". Voici la définition du terme "violence" tirée du Conflict Tactics Scale (CTS), outil ayant servi à de nombreuses études sur la violence à l'égard du conjoint (Straus et coll, 1980).
Violence :
Acte commis avec l'intention, réelle ou apparente, d'infliger des blessures physiques ou des douleurs à autrui.Actes violents mineurs :
Lancer un objet en direction de quelqu'un, pousser, agripper, bousculer, gifler ou donner une fessée.Actes violents graves :
Donner un coup de pied, mordre ou frapper avec le poing; frapper ou tenter de frapper avec un objet; battre le conjoint; menacer avec un couteau, une arme à feu ou tout autre arme.mortelle ;
Utiliser un couteau, une arme à feu ou toute autre arme mortelle.Mais le recours à la violence est-il similaire à l'abus? La plupart des définitions du terme "abus" englobent les concepts plus généraux de domination et force. Par exemple, les hommes qui commettent des abus contre leur femme peuvent être à un tel point jaloux qu'ils limitent les activités ou les relations de leur femme. Il leur arrive en outre de contrôler, de façon excessive , l'aspect financier de la famille. Le comportement abusif englobe aussi la violence psychologique comme le dénigrementverbal ou les menaces de violence. Des cas de violence sexuelle sont souvent rapportés chez les femmes ayant été soumises à de graves actes de violence par leur partenaire.
Hamby, Poindexter et Gray-Little (1996) laissent entendre que la fréquence des actes violents perpétrés reflète plus fidèlement et de façon plus intégrale les abus physiques que la gravité d'un acte de violence isolé. En d'autres termes, les actes de violence se produisent de façon répétitive sur une période donnée plutôt que d'être un phénomène isolé. De plus, il arrive souvent que la gravité des actes de violence s'accroît avec le temps. Toutefois, on constate également qu'un acte de violence grave isolé suffit parfois à modifier le comportement d'un partenaire. Il sera utile de garder à l'esprit la distinction entre les termes violence et abus au cours de l'examen des travaux de recherche qui laissent entendre que les hommes sont agressés par leur conjointe un peu de la même manière que les femmes le sont par les hommes.
Aux fins de ce débat, utilisons un cheminement similaire à celui ayant abouti à la mise en place de services pour les femmes battues par leur conjoint. Les voies de fait contre l'épouse sont devenues une préoccupation en raison de la gravité et de la nature ch ronique de la violence physique signalée par un grand nombre de femmes. Même s'il ne saurait être question de tolérer des actes de violence physique mineurs, les services et les politiques mis en place pour aider les femmes violentées physiquement s'adressent principalement à celles qui sont victimes de violence physique excessive. Nous devons donc nous poser deux questions essentielles : " Combien d'hommes sont victimes de violence physique de la part de leur conjointe? " et " Les hommes sont-ils victimes d'actes de violence graves et chroniques semblables à ceux perpétrés contre les femmes? "
Dans la rédaction du présent document, nous nous sommes efforcés de présenter les recherches les plus récentes et les mieux conçues en accordant une place privilégiée aux sources canadiennes. Nous soulignons néanmoins au lecteur que toutes les études ont leurs limites. Il peut s'agir, par exemple, de la taille réduite des échantillons ou de la façon dont la violence est définie ou mesurée. L'indication des limites de chaque étude déborde la portée du présent document. Nous avons plutôt fait ressortir les problèmes importants communs à plusieurs études.
Preuves de violence à l'égard du mari Ceux qui soutiennent que la violence à l'égard du mari est un problème social important s'appuient surtout sur les sondages effectués auprès de communautés du Canada et des États-Unis. Dans ces sondages, les cherheurs ont communiqué au hasard avec des personnes, la plupart du temps par téléphone, pour les inviter à participer à un sondage sur la façon dont elles font face aux conflits conjugaux. Les procédures sont les mêmes que celles utilisées par les maisons de sondage pour recueillir l'opinion du public. La plupart des sondages sur la violence familiale ont recours à un questionnaire appelé C o n flict Tactics Scale (CTS) ou à un sous-ensemble de ses éléments. Le chercheur commence par expliquer que les conflits font partie des relations de couple. Il présente ensuite une série d'éléments en décrivant des tactiques de plus en plus graves et agressives de résolution d'un conflit, variant d'une discussion calme au recours à une arme à feu ou un couteau. À la lumière de ces données, il existe trois façons d'aborder les conflits interpersonnels, à savoir le raisonnement,l'agression verbale et la violence physique.
En 1993, Murray Straus a examiné plus de 30 études, pour la plupart américaines, e n effectuant des sondages communautaires auprès de couples mariés ou d'étudiants de niveau collégial qui sortaient ensemble. La plupart de ces sondages utilisaient le CTS. Dans chacun des sondages, le pourcentage de femmes avouant poser des gestes violents envers leur partenaire était à peu près égal au pourcentage des hommes affirmant utiliser la violence vis-à-vis de leur conjointe.
Au Canada, Lupri (1989, cité dans Grandin et Lupri, 1997) a effectué le seul sondage national où l'on demandait aux hommes et aux femmes s'ils faisaient preuve de comportements violents dans leur vie de couple. Dans cette étude de 1986, on s'est servi d'une version du CTS auprès de 1834 hommes et femmes âgés de 18 ans et plus. Grandin et Lupri (1997) ont par la suite comparé ces données avec celles de l'étude nationale américaine sur la violence familiale (1985). Les résultats obtenus laissent entendre que les Canadiens et les Canadiennes admettent davantage le recours à des actes violents que les Américains. Au chapitre des actes de violence graves (coup de pied, raclée, utilisation d'une arme à feu ou d'un couteau) 9,9 % des hommes canadiens ont avoué au moins un tel acte comparativement à seulement 1,2 % pour les hommes américains. En comparaison, 15,5% des Canadiennes ont admis recourir à des gestes violents en comparaison de seulement 4,3 % pour les Américaines. Ce sont les jeunes adultes (18 à 29 ans) des deux pays qui étaient les plus susceptibles de poser des gestes violents. Au Canada, un couple sur huit (environ 12%) a avoué un acte de violence grave commis par l'homme ou par la femme.
Dans une étude communautaire menée à Calgary sur 562 couples pris aléatoirement (Brinkerhoff et Lupri, 1988) on posait des questions aux deux membres de chaque couple pour chercher à déterminer qui avait utilisé au moins l'une des tactiques violentes mentionnées dans Conflict Tactics Scale. Un peu plus du tiers (80 couples ou 37,5 %) des 213 couples qui ont déclaré certains actes de violence (37,9 % de l'échantillon) ont qualifié ces actes de violence mutuelle, tandis qu'un moins grand nombre (58 ou 27,3 %) déclarait que le mari avait été le seul à les commettre. Toutefois, dans une autre tranche de 35 % de ces couples (75), seul le mari était victime d'actes violents selon les réponses de leur épouse. Dans une étude canadienne plus récente, Sommer, Barnes et Murray (1992) ont recueilli des données en interrogeant au hasard 1257 résidents de Winnipeg. Cette étude portait principalement sur un sous-échantillon de 452 femmes mariées ou vivant en cohabitation. De ces femmes, 39% (176) avouaient recourir à au moins un des six actes de violence modérément graves selon une version abrégée du CTS. Parmi les actes les plus courants (signalés par 108 femmes ou 23, 6% de l'échantillon), la personne " lance ou fracasse un objet (mais sans viser le partenaire)", ce qui constitue le geste le moins grave parmi les six. Pour ce qui est des actes violents, 15 , 8% (73) ont avoué frapper leur partenaire, tandis que 3,1 % (16) ont affirmé avoir frappé leur conjoint avec un objet dur.
Les actes les plus graves du CTS (menacer d'utiliser ou utiliser une arme) n'étaient pas inclus dans l'étude. Dans une étude de suivi effectuée trois ans plus tard, Sommer (1994) a été en mesure de rejoindre 737 résidents de Winnipeg qui avaient participé à la première étude. Elle a constaté que 17,3 % (64 sur 369) des hommes et 27,4 % (100 sur 368) des femmes avouaient avoir recouru à une forme de violence quelconque au cours de leurs relations (7,1 % des hommes [26] et 6,6 % des femmes [24] au cours de l'année précédente). La seule différence importante sur le plan statistique entre l'homme et la femme, c'est qu'un plus grand nombre d'hommes admettaient lancer ou fracasser des objets (sans viser leur partenaire) comparativement aux femmes. Pour ce qui est des deux éléments servant à définir les cas de violence grave , six hommes (1,6 %) et neuf femmes (2,5 %) ont avoué avoir frappé leur partenaire, tandis qu'un homme (0,3 %) et trois femmes (0,8 %) ont déclaré avoir frappé leur partenaire avec un objet dur au cours de l'année écoulée. Ces différences ne sont pas significatives sur le plan statistique. En résumé, les sondages communautaires réalisés tant au Canada qu'aux États-Unis révèlent qu'autant de femmes que d'hommes avouent faire preuve d'un comportement violent, quoique seul un petit nombre des hommes et des femmes posent des gestes très violents. À l'exception de l'étude canadienne nationale menée par Lupri , les deux autres études canadiennes étaient de type régional, les sondages étant effectués dans une seule ville à la fois (Calgary et Winnipeg). Ce qui importe davantage toutefois, c'est que l'exactitude de l'interprétation des résultats voulant que les femmes soient aussi violentes que les hommes dans leurs relations a été sérieusement remise en question par les critiques sur la méthode de recherche utilisée pour en arriver à cette conclusion ce qui est d'ailleurs l'objet de la prochaine section.
Critiques sur les Sondages communautaires
liés à la violence à l'égard du mariLes sondages communautaires qui ont été utilisés pour témoigner de la gravité de la violence à l'égard du mari ont fait l'objet de critiques répétitives. Cela est en partie attribuable au fait que le pourcentage très élevé de cas rapportés de violence à l'égard du mari ne correspond pas à la réalité des travailleurs de première ligne oeuvrant dans les secteurs des services médicaux, cliniques, légaux et sociaux. Ces travailleurs affirment, en effet, rencontrer moins d'hommes ayant subi des blessures semblables à celles des femmes agressées par leur conjoint (Morse, 1995). On trouvera ci-dessous six critiques sur la méthode ou l'interprétation des résultats des sondages communautaires portant sur la violence conjugale.
Les études reposant sur les réponses des deux partenaires dans un couple révèlent que les hommes ne disent pas tout de leur comportement violent. Dans la plupart des études sur la violence conjugale,les données ne sont recueillies qu'auprès d'un seul conjoint. Les études où l'on recueille des renseignements auprès des deux conjoints font état d'un niveau de violence plus élevé que les études où seul un conjoint est interrogé (Brinkerhoff et Lupri,1988;Bohannon, Dosser et Lindley, 1995,Schate, Caetano & Clark, 1998). En fait,autant les hommes que les femmes fourniront des réponses plus honnêtes sur leur comportement violent s'ils savent que leurs réponses seront comparées à celles de leur partenaire. Qui plus est, la violence perpétrée par la femme est perçue de façon moins négative, ce qui pourrait expliquer que les femmes soient plus disposées à l'admettre. Les chercheurs comme Arias et Johnson (1989) constatent que lorsque les femmes posent des gestes violents semblables à ceux des hommes, bien que ces gestes soient encore perçus de façon négative, ces actes de violence ne sont pas jugés aussi graves que ceux posés par l'homme. Une étude britannique récente (Dobash, Dobash, Cavanagh & Lewis, 1998) a révélé que, lorsqu'on demandait aux deux membres d'un couple dont l'homme suit un traitement contre la violence envers les femmes de décrire la violence envers celles-ci, les hommes sous-estimaient gravement la fréquence et la gravité de ces actes ainsi que les blessures qui en résultaient. Les sociologues américains.
Szinovacz et Egley (1995) ont demandé aux deux membres des couples de décrire non seulement les actes de violence qu'ils avaient subis, mais aussi ceux qu'ils avaient commis. Ces sociologues ont constaté qu'autant l'homme que la femme, avec une proportion beaucoup plus grande chez l'homme, n'aurait pas tout dit des incidences de violence s'ils n'avaient interrogé qu'un seul des deux conjoints dans le cadre de leur recherche. Ils font observer que les " données recueillies auprès d'un seul conjoint ne reflètent pas fidèlement les incidences de violence et ce, dans une proportion de 50 à 56 % chez les épouses contre 60 à 83 % chez les maris " (p.1002). Cet effet est encore plus marqué lorsque les questions portent sur les blessures :
" les femmes ne déclarent pas toutes les blessures dans une proportion de 43 % (blessures qui leur sont infligées) et de 54 % (blessures infligées au mari)",
tandis que les maris dissimulent leurs propres blessures dans une proportion de 93 % en regard de 116 % pour les blessures infligées à leur épouse. En résumé, les études sur les couples viennent confirmer que certaines femmes se comportent de façon agressive dans leur relation conjugale. Ce qu'il convient de noter toutefois, c'est que les études révèlent que ce sont les hommes qui sont les plus susceptibles de ne pas dire toute la vérité sur leurs actes de violence, surtout lorsqu'il s'agit de gestes violents plus répréhensibles tels que l'utilisation d'une arme.
Les gens sont moins honnêtes lorsque confrontés
à des sujets aussi délicats que la violence.Au fur et à mesure que nous prenons conscience des graves conséquences qu'entraîne la violence, nous sommes moins portés à admettre que nous recourons à celle-ci. Par exemple, Sommer (1994) a fait observer qu'environ 18 % des hommes et 25 % des femmes interrogés dans le cadre de l'étude qu'elle a menée à Winnipeg ont refusé d'admettre leurs gestes violents, gestes qu'ils avaient pourtant avoués trois années auparavant. Ces pourcentages de 1994 étaient inférieurs par rapport à ceux d'autres études canadiennes et pourraient témoigner d'une sensibilité accrue à l'égard des actes violents perpétrés envers le partenaire. Les Canadiens Dutton et Hemphill (1992) et Browning et Dutton (1986) ont re m a rqué que les hommes suivant des thérapies de groupe à la suite d'agression contre leur épouse se comportent généralement d'une manière socialement acceptable, ce qui laisse entendre qu'ils dissimulent la vérité dans leurs rapports sur leurs comportements verbaux et physiques. Ils ont constaté que les hommes ont fait état de beaucoup moins de cas d'actes de violence que leur conjointe. Les travaux de recherche semblent indiquer que les gens sont moins enclins à déclarer leur comportement physique agressif que leurs autres comportements négatifs (Riggs, Murphy, et O'Leary, 1989 ; Sugarman et Hotaling, 1997).
Finalement, les résultats de l'étude de Riggs et Coll. (1989) laissent supposer qu'autant les hommes que les femmes sont plus enclins à admettre qu'ils sont les victimes plutôt que les auteurs d'actes de violence à l'égard du conjoint, ce qui s'apparente aux réponses fournies par les couples canadiens dans l'étude de Browning et Dutton (1986).
Les couples sont souvent en désaccord quant à leur
souvenance et à leur perception d'actes violents.Dans les études auxquelles ont participé les deux conjoints, on note un vaste consensus chez la grande majorité des couples où ni l'un ni l'autre des conjoints n'use de violence. Chez les couples qui avouent des actes violents, seul un conjoint admet généralement cet état de choses tandis que l'autre nie utiliser de telles tactiques (Szinovacz et Egley, 1995). Les couples ont aussi tendance à être en désaccord sur la nature des actes violents perpétrés (Brinkerhoff et Lupri, Calgary, et Browning et Dutton, Vancouver, ont tous deux signalé cette réalité en 1986).
Plusieurs explications sont liées à ce phénomène. Les actes violents (poussée, bousculade, agrippement) semblent si courants chez les familles Nord-Américaines que nous ne les percevons peut-être pas comme des gestes agressifs, mais plutôt comme faisant partie du quotidien familial (Straus et coll., 1980). Il arrive donc parfois qu'on les oublie. Ces actes violents se sont peut-être produits, mais non dans un contexte d'agressivité. Dans des entrevues réalisées auprès de 103 couples qui avaient rempli le CTS, Margolin (1987) a constaté qu'ils admettent avoir souvent utilisé des tactiques violentes telles que des coups de pied ou des poussées, que le récipiendaire percevait comme un jeu plutôt que comme des gestes violents. Les questions où l'on demande simplement si un conjoint a posé tel geste ne permettent pas d'évaluer l'intention, le contexte ou le résultat du geste en soi.
Il arrive aussi que le libellé des questions sur les actes violents explique les différentes réponses obtenues. Par exemple, différentes façons de mesurer la violence se traduisent par différentes réponses (Hambry, Poindexter et Gray-Little, 1996). Ainsi, on juge qu'une personne a recouru à la violence selon la façon dont celle-ci est mesurée.
Les renseignements sur le contexte des actes de violence
sont plus importants que le nombre de coups donnés.Des outils comme le Conflict Tactics Scale ont maintes fois fait l'objet de critiques du fait qu'ils omettent de parler du contexte dans lequel se produisent les actes de violence, notamment si des blessures ont été infligées (DeKeserdy et MacLean, 1990; Myer R.A., 1994). La nécessité de recevoir des soins médicaux pour les blessures infligées par le partenaire constitue un meilleur outil d'évaluation de la gravité des actes de violence que le simple nombre de coups donnés.
On a constaté, dans un certain nombre d'études, que les épouses sont beaucoup plus susceptibles de subir des blessures nécessitant des soins médicaux que les maris (Berk, Berk, Loseke et Rauma, 1983 ; Cantos, Neidig et O'Leary, 1994 ; Vivian et Langhinri chsen-Rohling, 1994). Dans le cadre de l'étude d'incidence nationale menée aux États-Unis en 1985, du nombre des personnes ayant été sévèrement agressées, " 7,3 % des 137 femmes contre seulement 1 % des 95 hommes ont dû recevoir des soins médicaux, ce qui constitue tout un écart " (Stets et Straus, 1990,). Une analyse par Schwartz (1987) fondée sur un sondage national américain sur le crime révèle qu'un nombre sensiblement plus élevé de femmes (981) ont subi des blessures comparativement aux hommes (55) et ce, même si la gravité des gestes violents signalés par les partenaires était à peu près égale, 79, 7% pour les hommes contre 84,1 % pour les femmes. Dans les cas où les deux conjoints usent de tactiques violentes (83 % des 199 couples), les maris sont plus susceptibles de poser des gestes très violents et ont moins de chance d'être blessés. À Winnipeg, Sommer (1994) a intégré une question sur les blessures. Chez les couples avouant des comportements violents (3 % de l'échantillon), on s'aperçoit qu'un tiers de plus de femmes que d'hommes subissent des blessures qui nécessitent des soins médicaux (14 % des hommes contre 21 % des femmes).
Bograd (1990) cite un exemple qui indique comment la simple description d'un acte violent peut être trompeuse. Ainsi, "une femme qui gifle son mari sans lui laisser de marques sur le visage est un geste qualifié de plus grave que celui d'un mari qui pousse son épouse contre le mur et qui lui brise le nez ". Dans le CTS, seules la gifle de l'épouse et la poussée du mari seraient consignées, les conséquences des gestes posés n'étant pas prises en considération. De telles mesures ne tiennent pas compte non plus du fait que les hommes sont, en moyenne, plus gros et plus forts que les femmes. Comme le conclut Morse (1995)," comparativement aux hommes, les femmes sont plus souvent victimes de graves assauts et blessures de la part de leur partenaire, non pas que les hommes frappent plus souvent, mais parce qu'ils frappent avec plus de force ".
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