Ce que nos gestes disent de nousArt de vivre — Notre boss dit que notre idée est bonne et qu'elle est prête à tout mettre en oeuvre pour que le projet aboutisse. Pourtant, on n'est pas vraiment convaincue par ses propos. Est-ce parce qu'elle a reculé son siège, croisé ses bras et ses jambes et qu'elle nous regarde maintenant, en levant le menton? Ses paroles disent oui, mais son corps vient de nous dire non. EIle est là, assise devant notre bureau, menton levé, buste légèrement en retrait, bras et jambes croisés. Tout sourire, tout miel et sucre, elle déclame son bonheur de travailler avec nous. Ses paupières aux longs cils ont le battement gracieux des ailes d un oiseau-mouche, sa bouche fait des coeurs, et son verbiage n'est que musique. L'ennui, c'est que cette collègue idéale nous met les nerfs en boule sans qu'on sache pourquoi, et cela nous met mal à l'aise. Elle nous dit "blanc", mais on sent confusément qu'elle pense "noir". Non, on n'est pas devenues paranoïaques! On ne fait que capter, à notre insu, le langage du corps de cette charmante personne. Un corps terriblement bavard, qui nous dit des choses plutôt inquiétantes. Inconsciemment, on a saisi que cette alliée jurée se considère supérieure à nous (menton levé), qu'elle se méfie de nos réactions et ne nous approuve à peu près en rien (buste en retrait, bras et jambes croisés). Pour quelqu'un qui prétend nous apprécier, on pourrait trouver plus enthousiaste... D'autant plus que son sourire nous agresse (elle montre les dents) et que son parfum viole notre espace vital (les animaux "marquent" leur territoire avec leurs odeurs). Quant à ses battements de cils fébriles, ils traduisent le mensonge et la duplicité. Dans ce cas, la parole devient cosmétique, d'où la bouche en cul-de-poule et ses minauderies, qui nous donnent l'envie de hurler. Une chose est à peu près sûre: cette biche cache une louve qui rêve de ravir notre place. Si nous nous reconnaissons dans la description de cette aimable créature, sans doute aurons-nous compris pourquoi tout le monde nous fuit au bureau: le langage de notre corps affole notre entourage, mais peut-être pas dans le sens auquel nous pensons... On oublie, en effet, que les mouvements, l'inflexion de la voix, la position du corps, la hauteur du regard, le sourire et le toucher trahissent nos pensées les plus secrètes. Le langage corporel, sujet d'étude scientifique Cela fait au moins un siècle que les savants essaient de décoder le langage corporel. Charles Darwin fut le premier à jeter les bases de cette approche dans son ouvrage "L'expression des émotions chez l'homme et chez les animaux". Depuis, les spécialistes ont identifié plus d'un million de ces codes et signaux que nous émettons inconsciemment! Ainsi, le linguiste Albert Mehrabian a démontré que l'ensemble d'un message correspond à 7% de paroles, 38% d'intonations, d'inflexions et de sons divers, et... 55% de langage gestuel. Quant au dialogue ordinaire, ses proportions paroles/gestes sont encore plus frappantes: 35% constitue le message verbal, 65%, le gestuel. Le moins que l'on puisse dire est que cette nouvelle science, le "gestualisme", nous colle au corps. Dans les années 80, l'Autrichien Allan Pease, conseiller en gestion d'entreprise, s'est inspiré de ces constatations pour les appliquer au monde du travail. Sa théorie est simple : "Le langage du corps ressemble à n'importe quel autre langage: il a ses mots, sa syntaxe, sa ponctuation. Chaque geste est un mot. Chaque mot peut avoir plusieurs sens. C'est seulement quand il se place dans une phrase gestuelle qu'il se précise." Nous voulons connaître les impressions, les sentiments, les sensations de notre patron ou de nos collègues? Nous voulons projeter une image positive, crédible et rassurante? Apprenons le langage du corps et utilisons notre intuition, car c'est elle qui nous permettra de comprendre la phrase gestuelle et de l'ajuster à la phrase verbale. Ne pas se trahir Ainsi, celles qui parlent avec leurs mains devraient se méfier, car ne pas maîtriser leurs envolées les expose à commettre des impairs lourds de conséquences: chances de promotion gâchées, contrats envolés en fumée, etc. Pourtant, un langage du corps bien compris et bien dosé peut, sinon faire des miracles, du moins contribuer à améliorer grandement l'ambiance et la qualité du travail au bureau. Que l'on soit simple employée, responsable de service ou chef d'entreprise, personne ne devrait ignorer ces codes. Au-delà du million de codes corporels reconnus par la science, certaines attitudes "de base" ne trompent personne. Plusieurs gestes innés livrent des messages universels: le sourire: "Je suis contente/je ne vous veux aucun mal"; le hochement de tête: "oui"; le haussement d'épaules: "Je ne comprends pas". Mais le plus souvent. la mise en contexte culturelle ou sociale de nos gestes et attitudes brouille le message. Ainsi, certains sourires nous ravissent, mais d'autres nous glacent. L'animal en nous Qui d'entre nous ne sent pas son échine se hérisser face au sourire carnassier d'un collègue trop entreprenant? Il s'agit d'une réaction tout à fait normale, attribuable à notre héritage animal. Le sourire de l'être humain est en fait l'adaptation "civilisée" du rictus de la bête sauvage, qui découvre ses dents avant l'attaque; histoire d'intimider un rival ou... de paralyser une proie. Dans son génie, l'Homo sapiens a transformé cette attitude d'intimidation en gestes d'apaisement. Mais si la mimique revient trop largement, trop systématiquement, son sens archaïque reprend le dessus. La personne à qui l'on sourit l'interprétera comme un geste de domination, sinon d'agression. Pour d'autres raisons, les femmes devraient apprendre à doser la risette. Est-ce par conditionnement ou est-ce une manifestation de l'éternel féminin? En société, nous sourions plus que nos collègues mâles, c'est-à-dire 89 % du temps, alors que ceux-ci ne le font que 67 % du temps. Ces heureuses dispositions nous rendent certes sympathiques, attirantes et ouvertes, qualités appréciables dans la jungle du monde du travail, mais elles sont à double tranchant. Toujours aussi subtil, l'animal de sexe masculin, qui se cache sous le complet-cravate, percevra parfois ce message comme une invitation sexuelle ou un signe de soumission, sinon les deux. Si d'aventure le sourire se combine à des postures "sexy": déhanchement, poitrine en avant, menton sur l'épaule, etc., l'expérience se vérifie également. Selon certains psychosociologues, le sourire est un signal que les femmes utilisent souvent pour apaiser les hommes, parce que justement, elles ne veulent pas jouer avec le feu. Malheureusement, plus une femme sourit, plus on la perçoit comme une victime. Qui a dit que les femmes et les hommes parlaient le même langage? Alice a bien failli se casser les dents sur ce genre de méprise: "Quand je me suis lancée en affaires, je voulais tellement donner l'image d'une personne confiante et en parfait contrôle que je n'arrêtais pas de sourire à tout le monde. Croyez-le ou non, le soir, j'en avais mal aux mâchoires! Mais je me suis rendu compte rapidement que mon air perpétuellement béat et mes battements de cils de fillette émerveillée avaient l'effet inverse de celui escompté! Le résultat a été catastrophique: je passais pour une adorable petite "chose", et tout le mônde m'avait surnommée "Alice au pays des merveilles". Bravo pour la crédibilité! Heureusement, depuis, j'ai appris à développer des arguments autrement plus convaincants..." Contre mauvaise posture, bonne attitude Certains gestes et attitudes sont carrément destructeurs. Posture déconseillée en toute circonstance: tête baissée, regard par en dessous, main devant le visage, index pointé vers la tempe, majeur sur les lèvres et pouce soutenant le menton, corps tourné sur le côté, bras et jambes croisés. C'est l'expression parfaite de l'hostilité (tête et menton baissés, regard par en dessous), de la méfiance (bras et jambes croisés, tronc tourné vers l'extérieur) et de la fermeture (les trois doigts barrent la mâchoire et la bouche). Notre vis-à-vis comprendra : " Je n'aime pas du tout ce que vous me racontez là, je ne suis pas d'accord, cela ne sert à rien de discuter ". Si on est en train de négocier une promotion avec un employeur, nous voilà bien mal parties! Inversement, si c'est un client qui nous oppose une telle attitude, disons adieu à la vente... On peut toujours rectifier le tir en gardant la tête droite (confiance) et en tournant le corps vers son interlocuteur (dialogue). Il faut absolument ôter les mains du visage et éviter de se toucher, de chasser des poussières imaginaires, de lisser sa jupe, de jouer avec ses cheveux, etc. Ces rituels traduisent anxiété, retrait, voire régression, donc refus du dialogue. "Plus nous sommes stressées, plus notre débit s'emballe et notre registre s'aiguise. De là à interpréter ces pépiements d'oiseau comme un signe d'insécurité et de faiblesse, il n'y a qu'un pas que plusieurs d'entre nous franchissent inconsciemment." Alors, que faire de ces mains encombrantes? Il ne s'agit pas de se transformer en momie. Si le nez ou la tête nous piquent, on a bien le droit de se gratter! Croiser les jambes, surtout pour une femme, est aussi une question d'éducation, et n'exprime pas nécessairement de la méfiance: dans certains cas, c'est même une arme de séduction. Rien n'interdit non plus de ponctuer la conversation avec des gestes de chef d'orchestre, à condition d'y aller moderato. Car avoir toujours les "baguettes en l'air" trahit un problème de communication et... d'éducation. Selon Allan Pease, plus notre vocabulaire est riche et plus notre maîtrise de la langue parlée est forte, moins nous sommes tentés de compenser par les gestes, les paroles qui nous manquent. Trop parler avec les mains est également signe d'impuissance et de manque de contrôle. "C'est probablemert ce qui explique pourquoi plus une personne gagne en notoriété et en pouvoir, moins elle fait de gestes inadéquats", note le spécialiste. Par conséquent, si on aspire à devenir une vraie leader, on doit mesurer nos gestes et nos effets. Alors, que faire de ces mains encombrantes? Il ne s'agit pas de se transformer en momie. Si le nez ou la tête nous piquent, on a bien le droit de se gratter! Croiser les jambes, surtout pour une femme, est aussi une question d'éducation, et n'exprime pas nécessairement de la méfiance: dans certains cas, c'est même une arme de séduction. Rien n'interdit non plus de ponctuer la conversation avec des gestes de chef d'orchestre, à condition d'y aller moderato. Car avoir toujours les "baguettes en l'air" trahit un problème de communication et... d'éducation. Selon Allan Pease, plus notre vocabulaire est riche et plus notre maîtrise de la langue parlée est forte, moins nous sommes tentés de compenser par les gestes, les paroles qui nous manquent. Trop parler avec les mains est également signe d'impuissance et de manque de contrôle. "C'est probablemert ce qui explique pourquoi plus une personne gagne en notoriété et en pouvoir, moins elle fait de gestes inadéquats", note le spécialiste. Par conséquent, si on aspire à devenir une vraie leader, on doit mesurer nos gestes et nos effets. Chasser le naturel, il revient au galop Mais comment appliquer ces bons conseils tout en restant naturelle? En harmonisant, autant que possible, langage verbal et langage du corps. Les personnes qui font la plus mauvaise impression sont toujours celles dont la posture dément les paroles. Si notre corps se bloque dans une attitude de fermeture et de défiance, inutile de débiter à notre collègue: " Géniale, ton idée! " Le message ne passera pas. Jouons plutôt la carte de la franchise : attention! franchise ne signifie pas brutalité. Regardons notre interlocuteur en face et disons-lui calmement, les mains en avant, paumes en l'air (signe de paix et d'ouverture): "Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Mais on peut en discuter". On pose ainsi les bases d'un sain dialogue. Il importe que, quoi qu'on dise, aucun de nos gestes ne puisse être interprété comme un démenti de nos propos ou comme une agression. Personne n'aime se faire pointer du doigt (menace) ou voir quelqu'un marteler son bureau de l'index (invasion de son territoire), même si c'est pour entendre: "Ton projet est extraordinaire!" En règle générale, mieux vaut éviter les gestes nerveux, brusques, inutiles ou répétitifs. Plus nos mouvements sont lents et réfléchis, plus nous projetons un sentiment de calme, d'assurance et de puissance. Notre crédibilité repose également sur l'inflexion de la voix et le débit de la parole. C'est encore la voix grave du mâle qui fait autorité. Par conséquent, les voix féminines, généralement plus aiguës, ont parfois du mal à s'imposer. Les premières politiciennes au début du siècle ne se sont-elles pas fait souvent reprocher de troubler la quiétude des parlements avec leur voix haut perchées? Ce qui n'arrange rien, plus nous sommes stressées, plus notre débit s'emballe et notre registre s'aiguise. De là à interpréter ces pépiements d'oiseau comme un signe d'insécurité et de faiblesse, il n'y a qu'un pas que plusieurs d'entre nous franchissent inconsciemment. Avant de prendre la parole au bureau, dans une réunion ou en public, il ne faut donc pas hésiter à prendre discrètement une profonde inspiration pour se détendre: le ton baisse, le débit ralentit... et on nous écoute. Garanti! Source : http://www.canoe.qc.ca/ArtdevivreCarriere/aou1_gestes_a.html
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