Plus de 40 % des joueurs compulsifs qui demandent de l'aide ont une dette de jeu de 10 000 $ et plus. La majorité des malades du jeu sont des hommes âgés entre 35 et 54 ans qui ont fait des études secondaires et occupent un emploi mal payé.
Et comme un malheur ne vient jamais seul, la plupart des joueurs pathologiques ont déjà consulté pour d'autres problèmes comme la dépression, l'alcoolisme ou l'abus de drogue.
« Ils sont majoritaires à avoir plus qu'un problème, mais il ne faut pas non plus donner l'impression qu'ils sont tous à la fois dépressifs et alcooliques », dit Serge Chevalier, sociologue à l'Institut national de santé publique du Québec.
Bilan
L'Institut vient de dresser un bilan du Programme expérimental sur le jeu pathologique, implanté il y a deux ans à la grandeur du Québec pour venir en aide aux gamblers compulsifs.
Le programme, qui coûte 17 millions par an, a aidé plus de 4000 joueurs pathologiques depuis sa création, a indiqué hier Dominique Breton, du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Le projet semble sur la bonne voie, mais il faut faire des efforts pour rejoindre les jeunes de 18 à 24 ans, qui représentent le quart des malades du jeu mais moins de 6 % des clients du programme d'aide, explique Serge Chevalier.
Le programme devra aussi aider davantage les proches des joueurs pathologiques, qui souffrent autant que les proches des alcooliques ou des toxicomanes, selon le sociologue. On commence à peine à réaliser l'ampleur des dégâts causés par les jeux de hasard, dit-il.
Plus de 52 % des clients du programme d'aide disent ainsi avoir pensé au suicide au cours des 12 derniers mois. Chez les plus gros joueurs qui subissent des traitements en cure fermée, le taux de pensées suicidaires grimpe à 70 %.
Dans la population adulte en général, 3,9 % des gens disent avoir pensé au suicide, précise l'Institut de santé publique.
« Les gens nous arrivent en dépression profonde, dit Ronald Lambert, du centre Dollard-Cormier, de Montréal. Certains vivent une catastrophe financière, ont perdu leur emploi ou viennent de divorcer parce que leur femme n'en pouvait plus. »