« Je m’inquiète tout le temps »

Un rien vous tourmente, vous ne connaissez ni la quiétude ni le repos. Le diagnostic s’impose : vous êtes hyperanxieux. D’où vient cette angoisse existentielle ?

Craindre pour soi ou ses proches en cas de danger est sain, mais penser systématiquement au pire, voilà qui l’est moins. Tout est question d’intensité. A petite dose, l’inquiétude stimule la vigilance, l’intelligence et les capacités d’adaptation, souligne le psychiatre Eric Albert. A trop forte dose, l’anxiété devient « une peur sans objet et sans issue » qui fait souffrir. Pourquoi l’impression de danger prend-elle le dessus sur celle de sécurité ? D’où viennent ces crises d’angoisse sans cause précise, cette tendance à l’attente du malheur ?

Pour les psychiatres, on est plus ou moins inquiet de nature, c’est un trait de caractère. Mais cela n’explique pas tout. L’anxiété est toujours liée au contexte. Tout changement est un facteur de stress pour les anxieux qui se sentent incapables de s’adapter. Cette résistance au changement s’amplifie d’un décalage entre leurs aspirations et leur vécu quotidien. C’est un cercle vicieux : l’absence de prise de risques liée à l’anxiété crée une insatisfaction chronique qui augmente anxiété et déprime.

Pour les thérapeutes comportementalistes, l’hyperanxiété est due à l’impossibilité de gérer les incertitudes, de jongler avec les probabilités. Les inquiets chroniques ont en commun certaines caractéristiques psychologiques, comme la psychorigidité, le perfectionnisme, l’hypervigilance afin de maîtriser son environnement et la certitude d’être incapables d’affronter les dangers imminents. « Hanté par des messages intérieurs comme “Il faut”, “Je dois”, l’anxieux ne fait pas les choses par envie », explique Virginie Leclerc, psychologue à l’Institut français de l’anxiété et du stress (IFAS).

La psychanalyse, elle, relie les symptômes à l’histoire du patient. Pour Freud, l’anxiété fondamentale, « tendance à une vue pessimiste des choses », est liée à des conflits infantiles inconscients, au refoulement de certains affects. La libido, pulsion sexuelle « qui est détournée de sa destination et qui n’a pas trouvé d’emploi », provoque une frustration et se transforme en tension anxieuse. L’anxieux ignore tout de la nature des conflits générateurs de son anxiété, « l’angoisse est seulement soudée aux représentations qui l’accompagnent, sa vraie source n’apparaît pas ».

Psychologues et philosophes s’accordent sur un point : le danger inconnu qui menace inconsciemment l’anxieux, c’est la certitude de sa finitude. Toutes ses peurs diffuses cachent une angoisse de la mort. Selon Martin Heidegger, c’est par l’anxiété que « la réalité humaine se sent en présence du néant ».

Source : http://www.psychologies.com/cfml/articleweb/c_articleweb_themapsy.cfm?id=855




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