Enjeux 2004-03-09l'inceste maternelReporter Alain Gravel
Source : http://www.radio-canada.ca/actualite/enjeux/reportages/2004/040309/mere-agresseur.shtmlLorsqu'on parle d'agression sexuelle ce sont presque toujours les hommes qui sont les coupables. Mais pourtant il arrive parfois que des femmes commettent ce type de crime. Il existe très peu d'études et de documentations sur la question. Les chiffres officielles disent qu'il s'agit d'un phénomène marginale. Les spécialistes vont jusqu'à prétendre qu'une agression sexuelle sur cinq serait commises par des femmes. Pour la première fois à la télévision, vous allez entendre le témoignages de leur victime. Mes collègues en ont rencontrés huit. Quatre au Canada et quatre en Europe. Tous et toutes se rejoignent dans la souffrance qui évoque leur souvenirs d'enfances. C'est un sujet tellement tabou que la plupart ont exigés qu'on protège leur anonymat, certaines demandant même que l'on change carrément leur voix.
Sara-Josée
Je me rappelle, c'est la nuit. Il y avait une porte qui donnait directement de la chambre à ma grand mère à ma chambre. Je couchais dans la même chambre que ma mère. C'est la nuit et, il y a des choses froides, des choses durs. Ma mère pouvait être dans le cadre de porte et dire a mon père quoi faire,. Comment manger ma sœur, où mettre sa langue. Et on peut parler aussi des pénétrations quand mes sœurs étais bébé, super bébé !. Quand c'était ma mère qui agressait par elle-même c'était un peu plus… doux qu'avec mon père. Je n'était pas battue, pas frappée car je crois qu'il n'en avait pas besoin. Cela avait commencé tellement jeune, ça faisait tellement parti de ce qui se passait à la maison qu'il n'avait pas besoin de me battre. Quand c'est ta mère qui te fait ça… Germain :
C'était presqu'à toutes les soirs… presque qu'à toutes les soir! C'était soit dans ma chambre ou soit dans sa chambre à elle, ça pouvait être dans l'après midi quand il n'y avait personne dans la maison, soit en soirée quand tout le monde était couché. Il y a vingt ans, la violence familiale était encore un sujet caché. Les médias commençaient a peine en parler. Au Canada il aura fallu une commission d'enquête nationale pour que la société constate l'ampleur du phénomène. L'homme, le père surtout était toujours considéré comme le responsable de la violence qui subissait dans les familles. Parler d'inceste impliquait nécessairement le père avec l'une de ses filles.Elenar
Quand on est " abusé " par une femme, sa mère, c'est très différent, particulièrement par votre mère. On s'attend à tout d'une mère. Elle est censée te nourrir, te protéger. Quand tout ça est tordu, c'est toi qui deviens tordu.Depuis l'origine des temps, la mère apparaît comme le premier et le dernier refuge des enfants pour obtenir compassion et chaleur. Et c'est avec beaucoup de circonspection que nous levons un coin du voile sur les agressions sexuelles commises par des femmes, le plus souvent la mère. Un tabou que nous transgressons pour jeter un peu de lumière sur un comportement aussi difficile à comprendre qu'à nommer. Mères incestueuses, femmes pédophiles, les mots écorche. Et personne ne veut les entendre.
Michelle Elliott (psychologue)
" Quand ça se passe dans la famille les agressions peuvent commencer aussitôt qu'a deux ou trois mois, quand le bébé est tout petit. Les gens agresse par exemple avec leurs doigts à l'intérieur du bébé et ce n'est pas pour mettre de la crème. On a même des mères qui ont sucés les pénis de leur petit garçon ".La spécialiste des agressions sur les enfants, Michelle Elliott, est peut-être celle à qui on a confié les secrets les plus douloureux.
Michelle Elliott (psychologue)
" Quand la personne qui vous a donné la vie vous agresse sexuellement, comment le savoir, c'est le seul exemple de mère que vous connaissez et vous pensez que toutes les mères font la même chose ".Nous l'avons rencontrer à Londres où elle dirige Kidscape, un organisme vouée à la défense des enfants. Auteure d'une vingtaine d'ouvrage sur les hommes qui abusent les enfants, elle suscite tout un émoi quand elle publie il y a 10 ans un livre sur les agressions sexuelles commises par des femmes, surtout des mères. Son livre est à peine lancé dans les médias, elle est inondée d'appels au secours de femmes et d'hommes victimes d'inceste maternel.
Elenar
Pour la première fois, c'était écrit noir sur blanc. Je l'ai mis là, sur le mur de ma chambre… Enfin c'était noir sur blanc !Lucy
Avant de rencontrer Michelle, je ne savais pas qu'il y en avait d'autres qui avaient subit la même chose que moi. Il n'y avait pas de livres la dessus, rien !Jeune, Lucy couche avec sa mère. Le seul lit de la chambre est collé au mur : impossible de s'échapper.
Lucy
"Elle se collait derrière moi et voulait que je lui dise que je l'aime. Puis, elle prenait différents objets qu'elle introduisait dans mon vagin ou mon anus. Parfois, elle utilisait ses doigts. J'étais forcée de la stimuler oralement.
Lucy Jenner devenue elle-même thérapeute a encore de la difficulté à parler de sa mère comme d'une agresseur, un mot qui n'existe pas au féminin.
Quelle genre de femme était votre mère ?
Judy
Un mélange étrange. Pour ma mère le " paraître " était très important, ce que pense le voisin. Dans mon enfance, il fallait toujours que je sois propre, bien habillée. Ma mère à une période quand on sortait, je devait toujours porter du blanc. De toutes les preuves comme le sang dans mes sous-vêtements elle les faisait disparaître. Elle faisait très attention.Lucy, un nom fictif, a été agressé jusqu'à l'âge de treize ans. Un jour quelle refuse de se soumettre, sa mère tente de l'étouffer avec un oreiller.
Judy
Ma mère m'a dit que je ne devais parler a personne de tout ça sinon elle me punirait encore avec l'oreiller. J'ai baissé les bras, j'ai même pas pleurer. Mon désir de résister était parti, ça m'avait complètement soumise.Michelle Elliott (psychologue)
" Ces enfants sont élevés la dedans. Ça n'arrive pas soudainement à huit ans, votre mère commence à vous agresser sexuellement. C'est un processus continue et c'est ce qui est tellement désolent. Les enfants pensent que c'est normal. Ils ne connaissent rien d'autres ".Elenar (femme)
C'était ça mon problème. Je n'avais personne à qui parler. Je n'aurais pas eu les mots. Je ne connaissais rien au sexe. J'ignorais ce qu'était un orgasme. Je ne comprenais pas. Comment une jeune enfant peux expliquer ce qui se passe ?Elenor nous a rencontrer dans une chapelle en Grande-Bretagne où elle travaille comme bénévole. Aujourd'hui dans la soixantaine, elle essaie comme les huit victimes d'abus sexuelles que nous avons interviewer, de se réconcilier avec son lourd passé.
Elenar
Quand elle sortait du bain, c'était l'enfer ! Elle s'assoyait et disait ; " il y a un petit trou ici, c'est le petit nid où tu as grandi, viens le toucher… " Je ne peux pas vous dire ce que ça me faisait ! (on la voit prendre un grand respire douloureux juste a y penser, une main à sa bouche, les yeux baissés). Toutes ces années et ce que ça me fait encore ! je ne crois pas que les gens comprennent. J'avais le choix ; si j'obéissais, elle avait un orgasme et elle criait. Je ne comprenais pas mais elle était gentille avec moi. Si je refusais, je devenais toute molle. C'est comme ça que je faisait. Elle m'attrapait et me traînait dans ma chambre et fermait la porte.Vers l'âge de sept ans, les agressions ont cessés. Et Elenar a l'impression que sa mère c'est alors tourné vers sa jeune sœur de 2 ans, l'âge autour duquel l'inceste maternel commence souvent.
Monique Tardif (psychologue)
" Je vous dirais qu'il s'agit de femmes et souvent de mères qui vont abusées de jeunes enfants qui ont moins de six ans d'âge. De façon autonome, elles sont l'unique agresseur et a ce moment la elles vont agresser l'enfant avec un type d'agression qui souvent est moins intrusif, donc un peu moins génitalisé, en tout les cas, pas de pénétration par exemple ou des choses comme ça ".Monique Tardif est la psychologue au Québec la plus familière avec les dossiers d'agressions sexuelles commises par les femmes. Elle peut aujourd'hui tracer un profil de ces mères incestueuses. Des femmes majoritairement abusées elles-mêmes par leur père et qui voit souvent leurs filles comme une rivale
Monique Tardif (psychologue)
" Certaines de ces femmes là sont très très insécures dans leur capacité de maintenir leur relation conjugale. Il y a des femmes qui vont par exemple avoir peur que leur mari abuse et s'intéresse d'avantage à l'enfant ".Officiellement, les dossiers criminels démontres qu'environ 5 % d'agressions sexuelles sont commises par les femmes. Ce n'est pas parce que cette violence n'est pas signalée quelle n'existe pas. Selon les psychologues qui traite les victimes le pourcentage serait plutôt de l'ordre de 22 %.
Quel plaisir va prendre une mère a abuser de son enfant ?
Monique Tardif (psychologue)
" En fait les femmes ont d'avantage de difficulté de reconnaître la dimension du plaisir lors des abus sexuelles quelles vont faire avec un enfant. Certaines d'entres elle vont cependant avouer que, par exemple elles vont prendre la main de l'enfant pour se caresser elles-mêmes au niveau des organes génitaux ou s'introduire les doigts les entrant dans le vagin ou quelque chose comme ça, mais je vous dirais que c'est la grande exception. La majorité d'entres elles vont d'avantage dénoter un certain plaisir sur les dimension du contrôle quelles vont avoir par rapport à l'enfant".Le traumatisme d'avoir été trahit profondément par la personne qui nous a donné. la vie, laisse des cicatrices souvent permanentes et pire, des plaies encore ouvertes.
Elenar
Même aujourd'hui quand je me couche je me dis " je suis en sécurité ! " " je peux me coucher quand je veux, faire le ménage quand je veux et personne ne va me faire du mal ! " .Sara-Josée
Officiellement je suis allé en thérapie parce que j'avais vécu des abus sexuelles de mon père et dans mon mariage, je me ramassais avec un mari abusif. Alors je voulais sortir de la et je me suis ramassée en thérapie.C'est à la suite d'une longue thérapie que la plupart des victimes d'agression sexuelle ont peu a peu retrouvés les souvenirs de leurs passés. La plupart de temps un cumul d'échecs personnelles les amènent devant un thérapeute.
Michelle Elliott (psychologue)
Je crois que les victimes d'agressions leurs seule façon d'en sortir c'est de tout mettre dans une petite boite pour ne plus a avoir à y penser. Puis un jour quelque chose arrive dans leur vie. C'est comme une bombe a retardement, ça éclate !.Sara-Josée
Je ne savais pas que j'avais été agressé. Jusqu'à ce que je consulte autour de 1990, dans le milieu de la quarantaine.Aviez-vous des souvenirs de votre enfance ?
Sara-Josée
Oui mais avec mon père, pas avec ma mère et ma grand-mère. Cela avait complètement été bloqué.L'une s'appelle Sarah une Américaine qui vit en exil en Grande-Bretagne, l'autre, c'est Sara-Josée une québécoise. Toutes deux, ont une formation universitaire et viennent de famille aisée, des familles modèles en public, les piliers de la communauté. À la maison ces familles sont disfonctionnelles, et dépravées.
Sarah
Mon grand-père m'agressait n'importe quand, n'importe où. Je me suis souvenue qu'un jour, il m'a soulevé en enfoncé sur son pénis en érection. Mon père avait compris que s'il y avait pas de pénétration, il ne serait jamais accusé d'inceste ou d'agression sexuelle. Je peux vous décrire mon père, les yeux de mon père, comment il se frottait sur moi quand j'avais entre 8 et 14 ans. Très ambivalente face a mon père, parce qu'il respectait mon esprit, mon talent pour écrire, pour chanter, il me traitait comme si j'étais importante, comme le reste de la famille le faisait. Quand il m'agressait. Il pleurait, et moi aussi. Mes parent se touchaient régulièrement devant nous autres, c'était; par exemple mon père prenait la vulve de ma mère devant moi et la caressait. Puis il me faisait la même chose, comme si c'était normal. Ma mère elle me faisait des attouchements génitaux pendant que mon père la pénétrait.Les victimes d'inceste multiples, vont plus facilement parler des agressions commises par leur père, le constat de la mère incestueuse est trop difficile à faire. Dans le cas de Sara-Josée c'est sa grand-mère qui l'a agressée. Survivre a cette idée est presque impensable.
Sara-Josée
Ma grand-mère paternel me semble encore plus vicieuse que ma mère. Elle me faisait super peur. Avec un stylo elle dessinait des seins sur mon corps, des poils sur ma vulve. J'était pas bien dans ma peau. Je savais que c'était pas correcte mais y avait pas de mots d'enfants pour dire que c'était pas correcte.Dites-moi Sarah, vous avez été agressée par votre grand-père, votre père, votre mère, qu'est-ce qui a été le plus douloureux ?
Sarah
Ma mère, je me suis sentie dépouillée de tout ! Même sans les autres abus, je crois que je serais demeurée très déséquilibré, avec le sentiment de ne pas faire partie de la race humaine, a cause de ma mère.Le bain, est le théâtre privilégié d'agression pour une majorité de victimes que nous avons rencontrer.
Sarah
Ma mère me lavait toujours avec beaucoup de vigueur, dans des endroits qui n'auraient jamais du être touchés, avec autant de violence. Je ne comprenait pas pourquoi elle me trouvait si sale. Et puis je me suis souvenue, elle s'assoyait sur le bord du bain, en se balançant. Je crois quelle se stimulait en me traitant d'enfant sale.Michelle Elliott (psychologue)
Quand la mère lave l'enfant, c'est comme si elle voulait faire disparaître toutes les preuves de ce quelle a fait. C'est comme si elle disait, " cet enfant est un objet sale et c'est de sa faute. Si je peux nettoyer comme il faut, peut-être que les abus vont cesser. Peut être que je vais arrêter. Souvent, la violence physique se mêle à l'abus sexuelle.Sarah
Je ne me souviens plus quelle âge j'avais, mais ce jour là j'ai refusé de prendre mon bain. Puis j'ai vu ses yeux, je me suis enfuie dans le couloir. Je courais de toute mes forces. Ma mère m'a rattraper en haut des escaliers. Elle m'a pris par les chevilles et elle ma tournée, tournée, c'était épouvantable.Cette violence presque inimaginable, se vivait la plupart du temps au quotidien et pour les enfants, faisait partie de la normalité des choses.
Sarah
Je ne réalisait pas jusqu'à quel point je ne connaissait rien de la vie normale. Ma famille semblaient fonctionner sur des bases différentes, différentes des autres. Et comment dire, je pense, que très jeune j'ai perdu tout espoir que quelqu'un, une personne, fasse cesser tout ça.Mais ce qui étonne le plus, c'est la quête de cet amour maternelle dont ces femmes ont été privés et quelles semblent rechercher à tout prix.
Lucy
J'ai des séquelles gynécologiques des problèmes avec mes intestins, ma vessie. Malgré toute la douleur, la détresse, les idées suicidaires, j'ai quand même ce coté cet immense loyauté envers ma mère vous savez ? mon amour pour ma mère.Ces propos de Lucy nous ont renversés. Bien quelle soit en thérapie depuis plus de 15 ans, elle visite régulièrement sa mère qui est en institution depuis des années. Et elle s'assure quelle ne manque de rien.
Lucy
Jusqu'à sa mort je sais que j'aurai l'instinct de la protéger. Mais en même temps, je n'oublie pas. Et jamais, elle n'a jamais, rencontrer mes enfants. Elle ne connaîtra jamais ça être grand-mère. Ça ne fera pas partie de sa vie. C'est la façon à moi de composer avec la situationVous voyez toujours votre mère ?
Lucy
OuiSarah a de la difficulté a l'admettre et quand nous l'avons rencontrer à Londres, elle s'apprêtait comme a chaque année, à partir aux États-Unis, visiter son père et sa mère malades.
Lucy
Je voulais désespérément l'aimer. Vous savez quand vous êtes une enfant vous aimez votre mère c'est normal non ? les enfants aiment leur mère.Michelle Elliott (psychologue)
Elles sont terrifiées à l'idée de confronter leur mère. Parce que la mère va nier. Elle va dire " ça ne c'est jamais passé, tout est dans ta tête. Elles savent que la mère va tout nier ou va les blâmer.Vous n'avez jamais confronter votre mère, lui poser des questions ?
Lucy
Non. J'ai commencer a lui parler de mon père et elle m'a dit quelle ne me croyait pas, que j'inventais des histoires. Que j'avais écouté la télé, et qu'a l'école ils m'avaient montrer ces affaires là, que si c'était vrai j'en aurais parler bien avant.Michelle Elliott (psychologue)
Ce quelles souhaitent le plus c'est que leur mère se sentent tellement mal et les aimes assez pour leur dire " je suis désolée, je n'aurais jamais du faire cela, c'était mal, tu n'étais pas a blâmer ". Mais ça n'arrive jamais.Elenar
On m'a téléphoné le jour ou elle était mourante. J'étais seule avec elle dans sa chambre. Elle était dans le coma, une sorte de coma. Mais je lui ai quand même dit, " tu veux que je te prenne dans mes bras " . ses yeux ce sont ouvert. J'ai mis mes bras autour d'elle et je l'ai serrée très fort. Puis je le recouchée. Elle est morte une demie-heure après mon départ. J'ai l'impression d'avoir fait ce que je pouvais. Je suis contente de l'avoir fait.Caroline
Pleurer c'est quelque chose que je peux pas faire encore. Je peux parler de mon passé mais j'ai pas encore d'émotion attaché a ça. Je me dis " voilà ce qui se passe la bas dans la secte, mais je ne peux pas aller plus loin, sinon je vais aboutir en psychiatrie.Caroline vit emmurée dans son silence, depuis qu'elle c'est enfuis d'une secte actuellement sous enquête où elle a passé toute sa vie.
Caroline
C'est basé sur les agressions des enfants et le sacrifice des animaux. Hommes et femmes y participe. Les chefs d'abord, puis ils disent aux autres hommes et aux femmes quoi faire aux enfants et comment le faire.Depuis qu'elle essaie de reconstruire sa vie, Caroline réalise à quel point elle n'a aucune idée de la normalité des choses. Elle a vécue jusqu'à tout récemment soumise aux rituels presque satanique imposée par la secte.
Caroline
On était tellement isolées qu'on ne connaissait pas autres choses. Toute la famille et beaucoup de gens de la communauté participaient. Mais sur une base quotidienne ça se limitait avec mon père et ma mère.Elle est forcée de participer aux agressions dont sont aussi victimes ses frères et sœurs. Dès son jeune âge elle commence à réaliser l'horreur de la situation.
Caroline
Par exemple on préparait la bouffe et quelqu'un disait, " c'est l'anniversaire de ta sœur, on va lui préparer un gâteau de fête ". Mais on te tartine de glaçage du gâteau partout le corps et maman est là qu'elle est en train de te manger et tu te demande ce qui se passe.Parce qu'à ce moment là vous ne saviez pas que c'était mal…
Caroline
Non je ne savais pas que c'était mal mais je savais que ça leur faisait mal. Une fois par mois il y avait des cérémonies où il y avait plusieurs personnes qui se réunissaient, les hommes et les femmes qui agressaient les enfants. Pendant les solstices c'était pire. Un enfant pouvait être attaché par les poignets et les pieds, les jambes ouvertes. Les femmes pouvaient agresser les filles en les pénétrants avec des armes a feu, des branches ou d'autres objets. Elle pouvaient dessiner sur les corps, les sucer. Manger une fille menstruée était considéré comme manger un met délicat.Ses parents comme la plupart des autres membres de la secte, font parti des dignitaires des villages environnent et ont un comportement irréprochable.
Caroline Tu te dis, " pourquoi tu demanderais pas de l'aide a ta grand-maman ? Grand-maman est impliqué… Pourquoi tu ne demanderais pas a ta marraine ? Ta marraine t'agresse sexuellement une fois par mois… Vers qui tu te tourne… ? y a personne !
À l'école ?
Caroline
À l'école je parlais pas, pas un mot. L'école pensaient que j'avais des problèmes d'apprentissage et c'était laissé comme ça !Il est difficile pour une personne saine de supporter toutes ces histoires de parents, de mères déviantes avec des vies avec des vies aussi tordues. Les victimes, elles, arrivaient à passer au travers en faisant ce que Caroline appelle des sorties de corps.
Caroline
Pendant que j'étais agressée sexuellement, j'étais plus là. Je pouvais voir ce qui se passait, je pouvais même parfois entendre ce qui se passait mais je ne ressentais rien physiquement.Sarah
Pour survivre, il faut s'accrocher à quelque chose vous savez, peut importe ce que c'est, si tu as quelques chose dans les mains tu peux survivre. Ça peut être un morceau de tissus, un jouet, l'important c'est de s'accrocher.Sara-Josée
On s'évade… oui ! on s'en va ailleurs, on s,en va dans sa tête. Je prenais ma poupée et je la serrais fort, fort. Je m'en allais dans ma tête, je sortais de mon corps.Paul, aura bientôt 50 ans. Abandonné par sa mère naturelle quand il avait 3 ans il est adopté par un couple de Burningham en Angleterre. Les souvenirs de sa mère adoptive est pour Paul un cauchemar.
Paul
Elle m'a dit, " tu penses que personne ne t'aime ? eh bien personne ne m'aime moi non plus ". alors elle a dit, " on va s'aimer tout les deux non ? " Puis c'est installé un cycle d'intimité perverse dans lequel elle m'utilisait pour satisfaire ses besoins.Monique Tardif (psychologue) On se retrouve avec une femme qui souvent qui a pu vivre des difficultés conjugales, en ayant énormément de difficultés a vivre par exemple; le fait d'être monoparentale ou d'avoir été séparé ou de sentir que sa relation est compromise d'une quelconque façon, va abuser a ce moment la de l'enfant.
Paul
Elle déguisait son besoin de toucher mes parties génital en insistant pour me laver. Elle prenais toujours une flanelle très rugueuse et tirait sur la peau de mon pénis et frottait vous savez ? Elle prenait son plaisir avec moi. Un jour je me suis réveillé et elle avais ses mains sur mon équipement. Je le revis encore aujourd'hui, je me réveille et je sens une main qui glisse vers le bas de mon ventre, je m'en souviens vous savez ! J'ai vécu avec se souvenir presque toute ma vie.Ces souvenirs d'abus et ce sentiment d'abandon, Paul ne peut partager avec aucune personne. Son secret le mène dans une descente aux enfers. Dépression, hallucination, placement en institution. Il est totalement obsédé par le désire de comprendre ce qui lui est arrivé.
Paul
La solitude m'a envahit comme une vague de fond, c'était terrible, totalement envahissant un besoin qui était comme un feu qui me consumait. Je devais comprendre a tout prix !Trouver de l'aide, une thérapie adéquate semble avoir été une véritable épreuve pour Paul, Caroline et les autres. Ne pas être cru constitue pour eux une autre forme d'abus.
Caroline
J'ai commencé à parler, ils m'ont dit de me la fermer. J'avais pas le droit de parler des abus sexuelles de ma mère ! J'avais pas le droit de parler de la secte.Pourquoi on vous disait ça ?
Caroline
Je crois qu'ils avaient peur de ce que j'avais à dire. Les gens ont peur d'entendre ce qui se passe vraiment.Monique Tardif (psychologue)
Il y a une dimension émotive importante, chez les professionnels comme chez les jeunes de la population générale. C'est-à-dire qu'on peut avoir énormément de difficulté a s'imaginer qu'il y a des mères qui peuvent avoir ce type de problème là et avoir des liens aussi conflictuels aussi abusifs vis-à-vis leur propre enfant.D'ailleurs lors de notre recherche, plusieurs organisme et professionnels spécialisé dans la violence familiale semblaient étonnés que nous nous attardions à la violence commises par les femmes, un phénomène qu'ils qualifiaient de trop rare et marginal
Monique Tardif (psychologue)
Depuis 1986 que je travail dans cette clinique, j'ai vu 17 femmes depuis, et je suis dans une clinique spécialisée. Alors j'imagine que le professionnel qui va recevoir cette première femme, agresseur sexuelle, qui en a pas traité, qui en a peut-être pas beaucoup entendu parler, qui ne connaît pas beaucoup la délinquance sexuelle non plus peut être assez déconcerté et avoir beaucoup de difficulté à faire face à la situation.Ça représente quoi une mère pour vous ?
Caroline
J'ai aucune idée, aucune idée ! sauf que ce je vois maintenant dans la société. Protéger ses enfants, prendre soins de ses enfants, leur apprendre comment être des humains, moi j'ai pas connu ça du toutComme on l'a vu avec Paul, il n'y a pas que les filles qui soient victimes d'inceste maternelle. Environ 35 % des victimes seraient des petits garçons. Les préjugés sociaux, liés au mythes de l'initiation sexuelle sont encore très fort.
Germain
Il y a la crainte que les gens croient, " regarde t'é un homme là, tu dois trouvé ça le fun dans le temps ", sauf que… c'est pas ça pan toute !Michelle Elliott (psychologue)
Quand un garçon est abusé par une femme, on dit " chanceux tu as été initié au sexe ". Les hommes vont dire " j'airais aimé que ça m'arrive ". Mais vous parlez a ces garçon quand ils sont plus vieux mais vous réalisez à quel point ça les a affectés.Germain
J'ai quand même relativement appris à garder ça pour moi, j'avais comme… honte de ça. J'avais peur de ce que les gens pouvaient penser, que c'était de ma faute.Violence physique, verbale, agression sexuelle, Germain va grandir dans une famille d'accueil disfonctionnelle. C'est la nièce de la mère d'accueil, âgée de 17 ans, qui va s'approprié le corps du petit Germain alors âgé de 6 ans.
Germain
Ça été surtout des attouchements bénins au début, style, la masturbation. À cet âge là on commence a découvrir notre corps pas mal, et puis on s'amuse un peu. Au début c'est plaisant un peu, c'est le fun mais par la suite c'est devenue plus agressif, c'est venu à des fellations. Quand on est tout petit, ben ça tirait fort pas mal, c'était douloureux.Ça se faisait pas tout en douceur…
Germain
Non. Elle s'assisait sur moi, elle se faisait " aller " jusqu'à ce quelle arrive a l'orgasme. Je ne savais pas ce que c'était mais c'était quand même assez traumatisant. J'ai subis des séquelles face à ça, je me rend compte aujourd'hui que ça m'a nuit du coté sexuelle avec mes partenaires.Il semble que de plus en plus d'adolescentes agresseraient de jeunes enfants. Il s'agirait là d'une tendance favorisée par l'accès facile à la pornographie sur Internet. Monique Tardif à mené une étude d'un échantillon d'une quinzaine d'adolescentes.
Monique Tardif
La moitié comporte des abus intra-familiaux alors ça peut être frère/soeur, mais ça peut être les enfants du conjoint lorsqu'il y a un nouvelle famille qui c'est créé, une famille reconstituée et les autres ça va être dans les contextes de gardiennage ou encore les petits voisins, des enfants de l'entourage.Michel Mon père, c'était un militaire. Ils nous a jamais frapper, ni les enfants, ni mère. On avait beaucoup de respect pour lui. Quand il entrait à la maison on l'écoutait
Michel est le benjamin d'une famille de 5 enfants. Père militaire, mère soumise, une famille où l'on s'exprimait peu.
Michel
Mon père ne m'a jamais dit qu'il m'aimait, ni à moi, ni aux autres. Toute ma vie il m'a donné la main une seule fois.La mère comme le reste des enfants, ferment les yeux quand le père s'enferme avec Jocelyne, la soeur aînée de 14 ans.
Michel
On était dans nos chambres, je m'en souviens. Mon père buvait beaucoup et souvent le soir il descendait en bas. Je sais c'était pour aller voir Jocelyne.Dans cette famille où le silence est loi, Jocelyne, une adolescente abusée par son père tourne sa détresse vers son petit frère. Elle devient lentement l'agresseur de Michel.
Michel Quand elle gardait, elle me demandait " veux tu que je lise un livre ? " Elle m'amenait dans la chambre, elle était en brassière et en petite culotte et me demandait de la toucher et me touchait pour me montrer comment elle voulait que je la touche. Je me sentais pas bien. Je me sentais mal à l'aise dans cette situation là.
Est-ce que c'étais violent ?
Michel
Pas violent, ni verbalement ni physiquement, jamais !. je l'aimais beaucoup ma soeur, c'est la situation que je n'aimait pas.À 40 ans, Michel a toujours refoulé son passé et il c'est aperçu que lui aussi était le maillon d'une chaîne d'abus. Son père avait agressé sa soeur qui l'avait abusé et maintenant c'était son tour.
Michel
Plus tard Jocelyne à eu une fille, Diane, sur qui j'ai fait des attouchements. Quand j'ai fait ça Diane était adolescente elle avait 15-16 ans. Dans ce temps là c'était incroyable je ne trouvait pas que c'était grave.C'était anodin pour vous…
Michel
OuiGermain aussi était une véritable bombe à retardement, il fuit dans la drogue pour oublier son passé de victime d'agression, jusqu'au jour ou il s'en prend à la fille de sa conjointe. Elle a 9 ans
Germain
Les agressions que j'ai fait subir à cette jeune fille là ont durés à peu près 2 semaines.Les enfants agressés ne deviennent pas tous des agresseurs, loin de la. Mais on sait que 80 % des mères abuseurs ont été elles-même agressées.
Monique Tardif (psychologue)
Généralement, c'est souvent des hommes qui les ont abusés ou encore des frères, mais elles se sont sentie aussi non protégé par la mère et peuvent éprouvées une certaine difficulté à accepter que leur mère aie pu ne pas voir, ne pas prendre conscience des abus, particulièrement quand les abus ce sont échelonnés sur un nombre important d'annéesLucy
On doit faire attention. Quand on regarde le profile des femmes agresseurs, l'ignorance nous fait souvent dire que toutes les femmes abusées vont devenir abuseurs. C'est une aberration.La peur de devenir agresseur a son tour est souvent une crainte réel chez les victimes, et c'est peut être la pire des séquelles. Penser sois-même qu'on pourrait agresser son enfant.
Elenar
Je changeais les couches de mon petit-fils mais je n'approchais pas de ma petite-fille quand il fallait changer les couches, j'ignorais pourquoi mais je ne voulais pas approcher de ma petite fille et changer ses couches.Quand on a été abusée de sa mère et sa grand-mère, est-ce qu'on deviens sois-même mère d'une fille, est-ce qu'on a peur ?
Sara-Josée
On s'entoure, je suis contente de ne pas avoir mis au monde un enfant à 20 ans.Pourquoi ?
Sara-Josée
Parce que la peur aurait été trop grande.Michelle Elliott (psychologue)
Elles sembles qu'elles ne peuvent pas toucher leur propre enfant ou tout autres enfants. Si elle le touche, elle vont se transformer en leur mère et vont abuser elles aussi. Alors l'agression leur a non seulement volé leur enfance, leur identités mais leur capacité d'interagir. Je vois ça régulièrement.Pourquoi avez-vous accepter de nous parler ?
Sara-Josée
C'est le temps que ça sorte. Chaque fois que j'ai essayé d'en parler j'ai eu des représailles. Parce que c'est la mère ! La mère c'est le lien le plus existentiel, le plus fondamentale et moi j'ai du apprendre a vivre sans ce liens là.
SAVIEZ-VOUS QUE:
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- La femme agresseure est âgée en moyenne de 30-35 ans. Le plus souvent, elle agresse sexuellement l'aîné(e) des enfants, en général une fille pré-adolescente.
- La grande majorité de ces femmes agit sur des victimes de moins de 15 ans, dans la sphère domestique et sur leurs propres enfants.
- Les spécialistes ont établi trois profils distincts de femme agresseur: l'initiatrice, la prédisposée, la dominée.
- L'initiatrice contrôle l'abus. C'est par exemple la femme de 30 ans qui couche avec un jeune de 12 ans et qui va argumenter en utilisant sa «liberté de mœurs ». Une aventure sexuelle normale à ses yeux. Mais sous ces allures de séductrice se cachent «une violence et une colère souterraines».
- La prédisposée, elle, remet en scène un abus antérieur. Son «désir de punir», de «se venger», est fort. C'est un des abus «les plus violents». La sexualité et la colère sont intimement liées.
- La dominée s'avère le cas le plus complexe sans doute. Le plus fréquent aussi. La femme agit sous l'influence, la menace ou la manipulation d'un tiers. Très dépendante de son partenaire, elle rêve d'être prise en charge «comme une petite fille ». Une femme «profondément immature» qui va tout naturellement se choisir un partenaire abusif et va tout faire pour le garder. L'enfant est là pour parer une insatisfaction sexuelle dans le couple.
(source: 1er Congrès international francophone sur l'agression sexuelle qui se tenait à Québec en 2001)
RÉFÉRENCES:
Si vous avez besoin de l'aide d'un psychologue, vous pouvez communiquer avec l'Ordre des psychologues du Québec au(514)738-1223 ou 1 800 561-1223 pour obtenir des références selon vos besoins.
Fondation Marie-Vincent
492, boul. Décarie
Ville Saint-Laurent (Québec)H4L 3K9
tél : (514) 362-6226 ou 1 888 561-2433
(Fondation qui a pour mission de prévenir les situations d'abus et de négligence chez les enfants de moins de douze ans. Elle vient aussi en aide aux victimes de ces abus en favorisant leur intégration sociale).
Pour obtenir de l'aide, on peut aussi contacter la psychologue Diane Quévillon
Mouvement contre le viol et l’inceste Téléphone: (514) 278-9383
Centre des femmes: 514-842-1066
Le regroupement des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel
Téléphone: (514) 529-5252
Centre Ressource Intervention pour hommes abusés sexuellement dans leur enfance (CRIPHASE)
Téléphone: (514) 529-5567
Groupe Amorce (pour hommes abusés et abuseurs )
Téléphone: (514) 355-8064
Ressources contre la violence (différents sites canadiens)
KIDSCAPE
52 Buckingham Palace Road,
Londres SW1W 9TR, Angleterre
Téléphone: (071) 730-3300
OUVRAGES:
La violence impensable
F. Gruyer, M. Fadier-Nisse, P. Sabourin
Édition Nathan
1991
Un Merveilleux Malheur
Boris Cyrulnik Éditions Odile Jacob, 1999
Elliott Michele, Female sexual abuse of children, the Guildford Press, NY, 1994
Rosencrans Bobbie, The last secret : daughters sexually abused by mothers, Safer Society Press, Brandon Vermont, 1997
Hislop Julia, Female Sex Offenders, Issues Press, Ravensdale WA, 2001.
Tardif, Monique, Des abus sexuels perpétrés par des femmes et des adolescentes; l'ultime tabou, Revue québécoise de psychologie. 22 (3) page 111 à 135, 2001.
PLACE PUBLIQUE:
Pour voir la tribune de Place publique sur le sujet en compagnie de Madeleine Roy et Louise Dubuc, psychologue pour la Fondation Marie-Vincent.
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