Quand les comportements impulsifs deviennent pathologiques
Les troubles du contrôle des impulsions sont des troubles du comportement caractérisés par un besoin spontané et irrépressible de commettre une action même si elle peut représenter un danger pour soi-même ou pour les autres. Le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders - 4th Edition, American Psychiatric Association) décrit plusieurs troubles du contrôle des impulsions. Ce sont la kleptomanie,   la pyromanie,   le troubleexplosif intermittent,   le jeu pathologique   et la trichotillomanie.   L'incidence de ces troubles varie. On estime qu'environ 4 % de la population souffre de trichotillomanie et 3 % de jeu pathologique, tandis que les cas de kleptomanie, de pyromanie et de trouble explosif intermittent sont plutôt rares. À l'exception de la kleptomanie et de la trichotillomanie, les troubles du contrôle des impulsions sont plus communs chez les hommes.

Que peuvent avoir en commun des comportements si différents?

Les troubles du contrôle des impulsions sont des troubles du comportement qui ne peuvent pas être classés sous d'autres rubriques, comme les troubles de l'anxiété. Ils sont caractérisés par des actes répétés, incontrôlables, sans motivation rationnelle claire. Dans les troubles du contrôle des impulsions, le passage à l'acte est typiquement précédé par une période de tension et d'excitation. Après avoir agi, la personne ressent immédiatement un sentiment de soulagement et de gratification. Parfois, mais pas toujours, elle peut avoir des remords de ce qu'elle a fait. Pour que le comportement soit diagnostiqué comme un trouble du contrôle des impulsions, il faut aussi que le comportement ne puisse être expliqué par une autre maladie dont il pourrait être un symptôme, comme la maladie d'Alzheimer ou la schizophrénie, et n'est pas non plus la conséquence d'une intoxication à l'alcool ou à d'autres substances. À la différence des compulsions, les impulsions se produisent sans qu'aucune lutte anxieuse ne les précède. La kleptomanie, la pyromanie, le trouble explosif intermittent, le jeu pathologique et la trichotillomanie obéissent tous à ces critères. C'est pourquoi ils sont classés dans cette catégorie

Les causes

On connaît encore mal les causes des troubles du contrôle des impulsions mais il pourrait y en avoir plusieurs. Les recherches ont démontré un lien avec certains neurotransmetteurs comme la sérotonine, la norépinéphrine et la dopamine, déjà connus pour leur implication dans plusieurs processus physiques et psychologiques. Ce type de comportement pourrait aussi être acquis dans certaines situations et maintenu parce qu'il procure un réel soulagement chez les personnes qui en souffrent. On sait cependant que le stress est souvent impliqué comme élément déclencheur et qu'une personne qui a subi un traumatisme crânien a plus de risque de développer ce type de condition.

Les conséquences à long terme

Les personnes qui souffrent d'un trouble du contrôle des impulsions ont souvent des comportements sociaux inadéquats et des problèmes dans plusieurs sphères de leur vie. Le jeu pathologique, la kleptomanie, le trouble explosif intermittent et la pyromanie peuvent mener certaines personnes devant les tribunaux. Les conséquences familiales, professionnelles et sociales sont la plupart du temps dévastatrices.

Le traitement

La psychothérapie et la médication se sont toutes deux montrées utiles dans le traitement des troubles du contrôle des impulsions. Chaque condition fait cependant l'objet de recherches supplémentaires. Les thérapies comportementales et cognitives ont fait la preuve de leur efficacité, notamment dans les troubles du contrôle des impulsions. Elles comprennent la désensibilisation systématique, plusieurs types d'exposition, le conditionnement opérant, l'apprentissage par imitation, l'affirmation de soi, la résolution de problèmes et considèrent non seulement le comportement mais aussi l'idée que se fait la personne d'elle-même et de son environnement. Les médicaments employés sont généralement de la classe des inhibiteurs de recapture de sérotonine (IRSS). Les groupes d'entraide peuvent aussi être utiles pour certaines conditions comme le jeu pathologique ou la trichotillomanie.

La kleptomanie : cette incontrôlable envie de voler

Même si la kleptomanie est connue depuis le dix-neuvième siècle, on en sait encore peu sur cet état. Classée parmi les troubles du contrôle des impulsions par l'American Psychiatric Association dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders-4th Edition, la kleptomanie est un trouble rare qui touche surtout les femmes. On estime que moins de 5 % des voleurs souffrent de kleptomanie, un trouble qui entraîne souvent des problèmes familiaux, sociaux, professionnels et légaux.

Signes

Les critères de diagnostic de la kleptomanie sont décrits comme suit : Une des caractéristiques de la kleptomanie réside dans le fait que les objets volés sont généralement de faible valeur et que la personne est tout à fait en mesure de les payer. La plupart du temps, ces objets sont donnés ou même jetés, mais certains individus les accumulent ou tentent de les rendre subrepticement. Les vols ne sont pas prémédités et même si les kleptomanes évitent généralement de commettre leur forfait sous les yeux de tous, ils se préoccupent peu, au moment du vol, des risques qu'ils ont de se faire arrêter. De plus, les kleptomanes agissent toujours seuls, sans la complicité d'autres personnes. La kleptomanie peut se manifester de différentes façons : brefs épisodes de vols suivis de longues périodes de rémissions, épisodes de vols qui perdurent quelque temps alternant avec de longues périodes de rémission, vols chroniques avec quelques fluctuations. Elle peut se manifester pendant des années, malgré de multiples arrestations. Même s'il est incapable de résister à ses impulsions, le kleptomane est conscient de ne pas agir correctement. Il est souvent aux prises avec les remords et la crainte d'être arrêté, ce qui peut entraîner un état dépressif. Les troubles de l'alimentation et l'abus de substances sont des conditions que l'on observe souvent chez les personnes qui souffrent de kleptomanie

Traitement

Même si on ne connaît pas exactement les causes de la kleptomanie, on a fait des liens indirects avec la sérotonine, un neurotransmetteur responsable de plusieurs processus psychologiques. Le stress pourrait aussi être un élément déclencheur. Des études récentes ont démontré l'efficacité des médicaments de la classe des inhibiteurs de recapture de sérotonine pour traiter la kleptomanie. Une variété de psychothérapies ont aussi été utilisées pour traiter cet état, mais aucune n'a montré de façon évidente sa supériorité par rapport à une autre.

La pyromanie: un geste difficile à comprendre

La pyromanie est caractérisée par un besoin irrépressible de mettre le feu. Considérée comme un trouble du contrôle des impulsions, la pyromanie est rare et encore peu documentée. Elle se manifeste généralement pendant l'adolescence ou au début de l'âge adulte et elle est plus commune chez les hommes. Même si le pyromane peut se retrouver devant les tribunaux, il présente des différences notables avec l'incendiaire criminel. Pour que la pyromanie soit diagnostiquée, elle doit répondre aux critères du DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders- 4th Edition, American Psychiatric Association) et ne pas être expliquée par une autre maladie.

Signes

Le DSM-IV décrit ainsi les symptômes de la pyromanie : Les pyromanes sont fascinés par tout ce qui touche le feu. Leur intérêt se manifeste souvent par des lectures, des discussions ou des collections d'objets. Ils ont tendance à planifier leur acte et ils peuvent donner eux-mêmes l'alarme, venir en aide aux victimes ou aux secouristes ou tout simplement contempler ce qu'ils ont fait. Généralement, ils ne sont pas affectés par les dommages, les blessures et même les décès que leur acte a pu entraîner. La motivation du pyromane est le seul plaisir que provoque l'incendie. Il n'agit pas pour de l'argent, pour exprimer une idée politique, pour cacher les signes d'un crime ou pour se venger. On ne considère pas non plus quelqu'un comme pyromane s'il souffre de troubles bipolaires, s'il a une personnalité antisociale ou s'il a agi parce qu'il était victime d'hallucinations ou sous l'influence de substances.

Traitement

La pyromanie peut avoir des conséquences dramatiques autant pour la personne qui en souffre que pour les autres. C'est pourquoi une personne qui présente des symptômes de pyromanie doit être dirigée vers un médecin le plus tôt possible. Le traitement de la pyromanie peut combiner la médication et les thérapies comportementales et cognitives.

Simple colère ou trouble explosif intermittent?

Le trouble explosif intermittent est un trouble du comportement qui se traduit par une explosion de colère et de rage pouvant mener à la destruction de biens, à des voies de fait graves et parfois même à l'homicide. Classé parmi les troubles du contrôle des impulsions par le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders- 4th Edition de l'American Psychiatric Association), il présente les mêmes caractéristiques que les autres troubles de cette catégorie : besoin irrépressible de s'en prendre à des objets ou à des personnes, tension croissante précédant immédiatement l'acte, sentiment de plaisir, de gratification et de soulagement pendant et après la commission de l'acte. On en sait encore peu sur ce trouble, mais on estime que près de 80 % des personnes qui en souffrent sont des hommes et que la majorité des crises se situent entre la fin de l'adolescence et le début de la trentaine.

Signes

En plus des caractéristiques décrites plus haut, le DSM-IV décrit ainsi le trouble explosif intermittent : Certains individus peuvent éprouver des regrets et des remords après leur acte, mais ils en prennent rarement la responsabilité. Ils ont plutôt tendance à tenir leur victime responsable de leur manque de contrôle ou à évoquer des circonstances extérieures ou même des tierces personnes qui auraient provoqué leur colère. Cette perception leur permet de soulager le sentiment de culpabilité qu'ils peuvent ressentir. Elle a malheureusement aussi pour effet de conforter l'individu dans son comportement et de le justifier de ne rien faire pour y apporter des changements. Le trouble explosif intermittent entraîne souvent des problèmes légaux et les individus qui en souffrent sont souvent accusés d'assaut et de violence conjugale. Les conséquences familiales, professionnelles et sociales sont souvent dévastatrices.

Facteurs de violence

Le trouble explosif intermittent est un état rare. Plusieurs maladies ou troubles psychologiques présentent les mêmes symptômes de violence. Certains troubles de la personnalité (personnalité antisociale ou borderline), la maladie bipolaire, les psychoses, les troubles de la conduite, le syndrome du déficit de l'attention, le traumatisme crânien, la maladie d'Alzheimer et l'abus de substances ou de médicaments peuvent aussi entraîner des comportements violents. Il faut donc éliminer toutes ces possibilités avant de conclure au trouble explosif intermittent.

Traitement

Le traitement du trouble explosif intermittent combine souvent médication et psychothérapie. Comme dans le cas des autres troubles du contrôle des impulsions, on a fait un lien entre cette condition et la sérotonine, un neurotransmetteur qui intervient dans plusieurs processus psychologiques. Les médicaments utilisés sont donc habituellement de la classe des inhibiteurs de recapture de sérotonine. Dans la plupart des cas, on obtient de meilleurs résultats en associant la psychothérapie à la prise de médicaments.

Marie-Christine Tremblay

À quoi reconnaît-on un joueur pathologique?

Si le jeu représente une activité de détente sans conséquence pour la plupart d'entre nous, pour d'autres, le jeu devient une maladie ou une dépendance qui se traduit par une impulsion incontrôlable à miser de l'argent. Au Québec, on estime que 3 % des adultes et 2,6 % des adolescents ont un problème de jeu pathologique, des chiffres semblables à ceux observés dans les autres provinces canadiennes et aux États-Unis. On note également que les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes à se débattre avec ce problème.

Les signes du jeu pathologique

Dans le Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders - 4th Edition, l'American Psychiatric Association classe le jeu pathologique parmi les troubles du contrôle des impulsions et le décrit comme une pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu qui n'est pas mieux expliquée par un épisode maniaque et qui donne lieu à au moins cinq des manifestations suivantes : Les personnes qui souffrent de jeu pathologique présentent souvent des distorsions de la pensée. Elles ont une impression de contrôle illusoire face au jeu qui les fait surestimer leurs chances de gagner et de croire à toutes sortes de superstitions. Cette illusion de contrôle est plus grande lorsque le joueur peut participer activement au jeu, en lançant des dés, par exemple, ou en actionnant les boutons de machines à sous.

L'évolution du jeu pathologique

Les études sur le jeu pathologique démontrent que les adultes qui ont des problèmes avec le jeu ont généralement commencé à jouer pendant leur adolescence, entre l'âge de 10 et l9 ans. L'évolution vers le jeu excessif se fait habituellement en trois phases qui peuvent durer de quelques mois à plusieurs années selon les individus. La première est une phase de gain. Le joueur remporte des sommes d'argent parfois importantes, qui lui permettent d'être généreux avec son entourage et d'obtenir une certaine reconnaissance sociale. Ses gains lui donnent l'impression qu'il peut contrôler ou influencer le jeu en sa faveur : il perd de vue la dimension du hasard et augmente la fréquence à laquelle il joue. Après la phase de gain, vient inévitablement la phase de perte. Mais comme le joueur est convaincu qu'il contrôle le jeu, il attribue ses pertes à des conditions extérieures. Pour se refaire, il retourne jouer et si la phase de perte se poursuit, il ira jusqu'à emprunter, à vendre ses biens ou à commettre des actes illégaux pour se procurer de l'argent. Sûr que la chance reviendra et qu'il pourra rembourser ses dettes, il devient obsédé par le jeu. De perte en perte, s'installe alors une phase de désespoir. À ce stade, il n'est pas rare que le joueur ait envisagé plusieurs fois le suicide.

Les conséquences

Les conséquences du jeu pathologique se répercutent autant du côté familial et professionnel que psychologique et social. On estime que pour chaque joueur pathologique, au moins dix personnes en subissent les effets négatifs. La dépendance au jeu mène tôt ou tard à une série de problèmes : dettes chroniques, divorce, chômage, pauvreté, dépression et pensées suicidaires. De plus, les joueurs pathologiques commettent souvent des actes illégaux, comme des falsifications, des fraudes, des vols ou des détournements d'argent qui peuvent les amener devant les tribunaux.

Les traitements

Il existe plusieurs formes d'interventions thérapeutiques pour traiter le jeu pathologique. Tous les aspects de la problématique sont considérés dans le traitement, tant le comportement lui-même que ses conséquences financières, sociales, psychologiques ou familiales. Au Québec, le Centre québécois d'excellence pour la prévention et le traitement du jeu (CQEPTJ) a formé des intervenants de toutes les régions pour venir en aide aux joueurs excessifs. Pour obtenir plus d'informations sur le jeu pathologique, visitez le site : http://www.psy.ulaval.ca/~jeux/

Marie-Christine Tremblay

Rôle des émotions chez le joueur pathologique

Passer du refus de liberté à la réalisation adulte de passions positives.

«Ce qui était plaisir devient idée fixe, ce qui était évasion devient obligation, ce qui était divertissement devient passion, obsession et source d'angoisse.»
R. Callois

Tous les éléments d'une émotivité exacerbée sont définis dans cette introduction. Passion, obsession et source d'angoisse peuvent résumer l'obsession du joueur, sa dépendance, et ceci en plusieurs phases. La première est la phase euphorique; le processus est toujours le même: la mise par hasard, dans un vidéo-poker, d'un dollar. Avec la sortie d'un gain substantiel, une dépendance se créera instantanément chez certains individus. Le portrait type est une personne de la quarantaine qui n’avait pas l'intention de jouer, mais qui, dans un moment de désœuvrement, connaît l'émotion d'un gain facile et du même coup, l'euphorie. Les soucis accumulés, les frustrations disparaissent. Il est certain que le sage fermera la porte à une prochaine tentation. Mais hélas, pour celui qui remettait sa vie en question, qui avait soif de nouvelles passions, la tentation est là. Le chemin de la fuite s’ouvre. Cette première phase euphorique, si elle se poursuit, entraîne une surestimation de ses possibilités: le monde est à lui, il lui appartient. Plus de problème, le jeu est la maîtresse ou l'amant suprême. Il répond à l'attente d'un monde impossible, libéré de toutes contraintes. Symbiose tragique entre l'homme et la machine.

Fébrilité, destin unique et béatitude

Détaché du commun, de l'ordinaire, une fébrilité le gagne entre les périodes de jeu. Cette surestimation tue le sens de la réalité, le salaire devient trop bas, les problèmes familiaux sont dérangeants. Les besoins financiers pour alimenter ce veau d'or font oublier les obligations les plus élémentaires. La porte est ouverte pour descendre dans le gouffre de l'enfer en s’imaginant parfois atteindre le nirvana. Abdication de la personnalité; soumis au destin, le joueur s’imagine paradoxalement, dans cette phase, avoir un destin unique qui le privilégiera en lui apportant la chance. Une certaine béatitude gagne le joueur; tout gain, si minime soit-il, lui fait oublier ses pertes. C’est la recherche de l'instant sublime, au moment où il a l'impression de triompher de la machine, qui fait disparaître toutes les désillusions. l'émotivité est à son comble, un dynamisme nouveau prend naissance, le joueur ne peut vivre sans cette drogue qui est le jeu. Un certain narcissisme se développe. Le joueur plane de plus en plus au-dessus des contingences matérielles. l'argent, au moment du gain, devient le symbole d'une libération, d'une puissance. Quand il y a perte, on arrive à la deuxième phase que l'on qualifiera d'accélération du jeu.

François de Vernal, psychanalyste et psychothérapeute
L'auteur est aussi président de l'Association d'intervention et de prévention du jeu pathologique (AIPJP),
tél. : (877) 693-1197

© Gazette officielle des thérapeutes,
édition juillet/août 1999, tél.: (514) 939-2534

Le drame se dessine. Le joueur vit dans un délire onirique. Convaincu de la possibilité de se « refaire » entre les pertes, il perd totalement le sens de la réalité. Ce que l'on voit à ce moment, c'est que le joueur pathologique a besoin de sensations de plus en plus fortes et explore des sentiments contradictoires : espoir et désespoir se suivent à une cadence infernale. Tout discours de sagesse est inaccessible. C'est comme s'il se dédoublait : il entend, il écoute, comprend sa ruine, se fustige moralement, mais c'est une partie de lui-même qui reçoit le discours, l'autre partie ne le reconnaissant point. Le joueur est coupable, il accepte les reproches mais n'en tient pas compte. De toutes les façons, sa ruine financière est le moyen de payer sa faute. Le jeu est un refus de liberté, il met son destin à la merci du hasard. Seul devant sa machine, il redevient un enfant, régresse, marginalisé du monde des adultes. Il faut bien comprendre qu'actuellement au Québec, la plupart des joueurs compulsifs se retrouvent devant des vidéo-poker depuis que cette pratique a été légalisée. Nous parlons donc toujours d'êtres solitaires, émotivement désemparés, fuyant la réalité et mentant aux autres pour satisfaire ce besoin d'évasion. Nous en arrivons ainsi à la troisième phase, que l'on peut qualifier de désespoir et de souffrance.

La vision de la déchéance ne permet plus de vivre avec dignité le quotidien. Rejeté du milieu familial, ou s'en expulsant lui-même, il ne reste plus qu'à fuir pour ne pas faire souffrir ceux que l'on aime. Le jeu est toujours là mais avec un goût de mort. À ce moment-là, s'il ne cherche pas de l'aide, le joueur cherche à travers le jeu sa propre destruction, une forme de suicide. Il ne reste plus qu'un enfant désarmé devant le précipice dans lequel il a envie de se jeter.

Gérer ses émotions

La guérison de ce mal d'être profond demande que le joueur soit pris en main, mis en tutelle. Elle exige également de remonter aux sources réelles de cette pulsion maladive au moyen d'une thérapie qui lui apprendra à se pardonner avant de demander le pardon des autres. La roue du destin tourne encore une fois, le joueur n'est plus dans le coup. L'intensité de sa détresse, de sa souffrance l'obligera, s'il veut survivre, à passer d'un état où, au lieu d'être dominé par ses émotions, il devra les gérer. Il en viendra à comprendre qu'en tant qu'adulte, la part de rêve qui est en nous n'est pas dans l'évasion mais dans la réalisation de passions positives.

Critères diagnostiques du DSM-IV pour le jeu pathologique
  1. Préoccupation par le jeu (ex. : préoccupation par la remémoration d'expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines ou par les moyens de se procurer de l'argent pour jouer).
  2. Besoin de jouer avec des sommes d'argent croissantes pour atteindre l'état d'excitation désiré.
  3. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.
  4. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d'arrêt de la pratique du jeu.
  5. Joue pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (ex. : des sentiments d'impuissance, de culpabilité, d'anxiété, de dépression).
  6. Après avoir perdu de l'argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour « se refaire »).
  7. Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d'autres pour dissimuler l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
  8. Commet des actes illégaux tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d'argent pour financer la pratique du jeu.
  9. Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d'étude ou de carrière à cause du jeu.
  10. Compte sur les autres pour obtenir de l'argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.
Septembre 1998

(Extrait du Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-IV), p. 181 et 618)

Source : http://www.servicevie.com/02Sante/Sante_hommes/Hommes270999/ hommes270999b.html

La trichotillomanie : un besoin irrépressible de s'arracher les cheveux

La trichotillomanie est caractérisée par un besoin irrépressible de s'arracher les cheveux au point que l'absence de cheveux devient manifeste. Le trouble commence habituellement à se manifester pendant la puberté, entre l'âge de 5 et 13 ans. Chez les enfants de cet âge, la trichotillomanie touche autant les garçons que les filles, mais chez les adultes, elle est beaucoup plus commune chez les femmes. Le Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders- 4th Edition de l'American Psychiatric Association classe la trichotillomanie parmi les troubles du contrôle des impulsions. Le trouble se manifeste souvent seul, mais certains problèmes lui sont parfois associés, comme la dépression, les troubles obssessifs-compulsifs, le syndrome du déficit de l'attention, les troubles de l'alimentation et l'abus de drogue.

Signes

Les critères diagnostiques du DSM-IV qui définissent la trichotillomanie sont les suivants : L'arrachage des cheveux se fait parfois distraitement, en regardant la télévision par exemple, ou avec une grande concentration. Les cheveux peuvent être arrachés de façon dispersée ou sur une partie précise du cuir chevelu. Le nombre de cheveux arrachés peut varier de peu à beaucoup. Et le trichotillomane peut également arracher ses sourcils, ses cils ou ses autres poils (bras, jambes, pubis). La peur de devenir complètement chauve augmente souvent le sentiment d'anxiété chez ces personnes. Le début du trouble coïncide parfois avec un événement stressant dans la vie de l'enfant ou de l'adulte, par exemple un deuil, un conflit familial ou un changement d'école. Chez certaines personnes, il se manifeste de façon intermittente; chez d'autres, il est continu et peut s'étendre sur de longues périodes.

Conséquences

La trichotillomanie cause une détresse psychologique significative et altère le fonctionnement social et professionnel des personnes qui en souffrent. Plusieurs d'entre elles évitent les situations où on pourrait remarquer leur habitude, comme aller à la piscine. Certaines même refusent d'aller au travail ou à l'école et de participer à des réunions familiales ou sociales. D'autres usent de subterfuges comme porter une casquette, un foulard, des lunettes ou utilisent des produits de maquillage pour masquer leur état. La plupart des trichotillomanes n'osent pas se confier à leur entourage ni à leur médecin par peur d'être rejetés ou de passer pour « fou ». Le sentiment de honte qui les habite est souvent si grand qu'ils préfèrent garder le secret. L'isolement qui s'ensuit fait que la plupart des trichotillomanes ne savent pas que leur problème porte un nom et qu'ils ne sont pas seuls dans cette situation.

Traitement

Comme on connaît encore mal les causes de la trichotillomanie, les seuls traitements dont on a testé l'efficacité lors d'études contrôlées sont les médicaments et les thérapies comportementales. Jusqu'à maintenant, on estime que la trichotillomanie est plutôt difficile à traiter par les seuls médicaments. Bien que les chercheurs pensent que la sérotonine pourrait être impliquée dans ce type de troubles, la chose n'est pas aussi claire que pour les troubles obsessifs-compulsifs. Certains médicaments utilisés pour les TOC,

comme les inhibiteurs de recapture de sérotonine (IRSS), peuvent se montrer efficaces, mais les réactions varient d'une personne à l'autre et il faut parfois en essayer plusieurs avant d'en trouver un qui convient. L'approche combinant médicaments et thérapie cognitivo-comportementale semble donner de meilleurs résultats. L'appartenance à un groupe d'entraide ou la participation à des forums de discussion peut aussi aider la personne à sortir de son isolement.

Marie-Christine Tremblay
Source : http://www.servicevie.com




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