Quand les comportements impulsifs deviennent pathologiques
Les troubles du contrôle des impulsions sont des troubles du comportement
caractérisés par un besoin spontané et irrépressible de commettre une
action même si elle peut représenter un danger pour soi-même ou pour les
autres. Le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders -
4th Edition, American Psychiatric Association) décrit plusieurs troubles du
contrôle des impulsions. Ce sont la
kleptomanie,
la pyromanie,
le troubleexplosif intermittent,
le jeu pathologique
et la trichotillomanie. L'incidence de ces
troubles varie. On estime qu'environ 4 % de la population souffre de
trichotillomanie et 3 % de jeu pathologique, tandis que les cas de kleptomanie,
de pyromanie et de trouble explosif intermittent sont plutôt rares. À
l'exception de la kleptomanie et de la trichotillomanie, les troubles du
contrôle des impulsions sont plus communs chez les hommes.
Que peuvent avoir en commun
des comportements si différents?
Les troubles du contrôle des impulsions sont des troubles du comportement qui
ne peuvent pas être classés sous d'autres rubriques, comme les troubles de
l'anxiété. Ils sont caractérisés par des actes répétés, incontrôlables, sans
motivation rationnelle claire. Dans les troubles du contrôle des impulsions,
le passage à l'acte est typiquement précédé par une période de tension et
d'excitation. Après avoir agi, la personne ressent immédiatement un sentiment
de soulagement et de gratification. Parfois, mais pas toujours, elle peut avoir
des remords de ce qu'elle a fait. Pour que le comportement soit diagnostiqué
comme un trouble du contrôle des impulsions, il faut aussi que le comportement
ne puisse être expliqué par une autre maladie dont il pourrait être un
symptôme, comme la maladie d'Alzheimer ou la schizophrénie, et n'est pas non
plus la conséquence d'une intoxication à l'alcool ou à d'autres substances. À
la différence des compulsions, les impulsions se produisent sans qu'aucune
lutte anxieuse ne les précède. La kleptomanie, la pyromanie, le trouble
explosif intermittent, le jeu pathologique et la trichotillomanie obéissent
tous à ces critères. C'est pourquoi ils sont classés dans cette catégorie
Les causes
On connaît encore mal les causes des troubles du contrôle des impulsions mais
il pourrait y en avoir plusieurs. Les recherches ont démontré un lien avec
certains neurotransmetteurs comme la sérotonine, la norépinéphrine et la
dopamine, déjà connus pour leur implication dans plusieurs processus physiques
et psychologiques. Ce type de comportement pourrait aussi être acquis dans
certaines situations et maintenu parce qu'il procure un réel soulagement chez
les personnes qui en souffrent. On sait cependant que le stress est souvent
impliqué comme élément déclencheur et qu'une personne qui a subi un traumatisme
crânien a plus de risque de développer ce type de condition.
Les conséquences à long terme
Les personnes qui souffrent d'un trouble du contrôle des impulsions ont souvent
des comportements sociaux inadéquats et des problèmes dans plusieurs sphères de
leur vie. Le jeu pathologique, la kleptomanie, le trouble explosif intermittent
et la pyromanie peuvent mener certaines personnes devant les tribunaux. Les
conséquences familiales, professionnelles et sociales sont la plupart du temps
dévastatrices.
Le traitement
La psychothérapie et la médication se sont toutes deux montrées utiles dans le
traitement des troubles du contrôle des impulsions. Chaque condition fait
cependant l'objet de recherches supplémentaires. Les thérapies comportementales
et cognitives ont fait la preuve de leur efficacité, notamment dans les troubles
du contrôle des impulsions. Elles comprennent la désensibilisation systématique,
plusieurs types d'exposition, le conditionnement opérant, l'apprentissage par
imitation, l'affirmation de soi, la résolution de problèmes et considèrent non
seulement le comportement mais aussi l'idée que se fait la personne d'elle-même
et de son environnement. Les médicaments employés sont généralement de la
classe des inhibiteurs de recapture de sérotonine (IRSS). Les groupes
d'entraide peuvent aussi être utiles pour certaines conditions comme le jeu
pathologique ou la trichotillomanie.
Même si la kleptomanie est connue depuis le dix-neuvième siècle, on en sait
encore peu sur cet état. Classée parmi les troubles du contrôle des impulsions
par l'American Psychiatric Association dans le Diagnostic and Statistical
Manual of Mental Disorders-4th Edition, la kleptomanie est un trouble rare qui
touche surtout les femmes. On estime que moins de 5 % des voleurs souffrent de
kleptomanie, un trouble qui entraîne souvent des problèmes familiaux, sociaux,
professionnels et légaux.
Signes
Les critères de diagnostic de la kleptomanie sont décrits comme suit :
- besoin irrépressible de voler des objets dont on n'a pas besoin,
sans égard pour leur valeur monétaire ;
- tension croissante qui précède immédiatement le vol;
- plaisir et sentiment de gratification au moment où on commet le vol;
- le vol n'est pas commis par vengeance ou sous l'effet de la colère;
- le vol n'est pas autrement expliqué par un autre état ou maladie,
comme la maladie bipolaire ou par un trouble de la personnalité.
Une des caractéristiques de la kleptomanie réside dans le fait que les objets
volés sont généralement de faible valeur et que la personne est tout à fait en
mesure de les payer. La plupart du temps, ces objets sont donnés ou même jetés,
mais certains individus les accumulent ou tentent de les rendre subrepticement.
Les vols ne sont pas prémédités et même si les kleptomanes évitent généralement
de commettre leur forfait sous les yeux de tous, ils se préoccupent peu, au
moment du vol, des risques qu'ils ont de se faire arrêter. De plus, les
kleptomanes agissent toujours seuls, sans la complicité d'autres personnes.
La kleptomanie peut se manifester de différentes façons : brefs épisodes de
vols suivis de longues périodes de rémissions, épisodes de vols qui perdurent
quelque temps alternant avec de longues périodes de rémission, vols chroniques
avec quelques fluctuations. Elle peut se manifester pendant des années, malgré
de multiples arrestations. Même s'il est incapable de résister à ses
impulsions, le kleptomane est conscient de ne pas agir correctement. Il est
souvent aux prises avec les remords et la crainte d'être arrêté, ce qui peut
entraîner un état dépressif. Les troubles de l'alimentation et l'abus de
substances sont des conditions que l'on observe souvent chez les personnes
qui souffrent de kleptomanie
Traitement
Même si on ne connaît pas exactement les causes de la kleptomanie, on a fait
des liens indirects avec la sérotonine, un neurotransmetteur responsable de
plusieurs processus psychologiques. Le stress pourrait aussi être un élément
déclencheur. Des études récentes ont démontré l'efficacité des médicaments de
la classe des inhibiteurs de recapture de sérotonine pour traiter la
kleptomanie. Une variété de psychothérapies ont aussi été utilisées pour
traiter cet état, mais aucune n'a montré de façon évidente sa supériorité par
rapport à une autre.
La pyromanie est caractérisée par un besoin irrépressible de mettre le feu.
Considérée comme un trouble du contrôle des impulsions, la pyromanie est rare
et encore peu documentée. Elle se manifeste généralement pendant l'adolescence
ou au début de l'âge adulte et elle est plus commune chez les hommes. Même si
le pyromane peut se retrouver devant les tribunaux, il présente des différences
notables avec l'incendiaire criminel. Pour que la pyromanie soit diagnostiquée,
elle doit répondre aux critères du DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of
Mental Disorders- 4th Edition, American Psychiatric Association) et ne pas être
expliquée par une autre maladie.
Signes
Le DSM-IV décrit ainsi les symptômes de la pyromanie :
- plus d'un épisode d'incendie volontaire et prémédité;
- tension et excitation précédant l'incendie;
- plaisir et gratification lorsque l'incendie est allumée.
Les pyromanes sont fascinés par tout ce qui touche le feu. Leur intérêt se
manifeste souvent par des lectures, des discussions ou des collections
d'objets. Ils ont tendance à planifier leur acte et ils peuvent donner
eux-mêmes l'alarme, venir en aide aux victimes ou aux secouristes ou tout
simplement contempler ce qu'ils ont fait. Généralement, ils ne sont pas
affectés par les dommages, les blessures et même les décès que leur acte a
pu entraîner. La motivation du pyromane est le seul plaisir que provoque
l'incendie. Il n'agit pas pour de l'argent, pour exprimer une idée politique,
pour cacher les signes d'un crime ou pour se venger. On ne considère pas non
plus quelqu'un comme pyromane s'il souffre de troubles bipolaires, s'il a une
personnalité antisociale ou s'il a agi parce qu'il était victime
d'hallucinations ou sous l'influence de substances.
Traitement
La pyromanie peut avoir des conséquences dramatiques autant pour la personne
qui en souffre que pour les autres. C'est pourquoi une personne qui présente
des symptômes de pyromanie doit être dirigée vers un médecin le plus tôt
possible. Le traitement de la pyromanie peut combiner la médication et les
thérapies comportementales et cognitives.
Le trouble explosif intermittent est un trouble du comportement qui se traduit
par une explosion de colère et de rage pouvant mener à la destruction de biens,
à des voies de fait graves et parfois même à l'homicide. Classé parmi les
troubles du contrôle des impulsions par le DSM-IV (Diagnostic and Statistical
Manual of Mental Disorders- 4th Edition de l'American Psychiatric Association),
il présente les mêmes caractéristiques que les autres troubles de cette
catégorie : besoin irrépressible de s'en prendre à des objets ou à des
personnes, tension croissante précédant immédiatement l'acte, sentiment de
plaisir, de gratification et de soulagement pendant et après la commission de
l'acte. On en sait encore peu sur ce trouble, mais on estime que près de 80 %
des personnes qui en souffrent sont des hommes et que la majorité des crises
se situent entre la fin de l'adolescence et le début de la trentaine.
Signes
En plus des caractéristiques décrites plus haut, le DSM-IV décrit ainsi le
trouble explosif intermittent :
- épisodes fréquents et souvent imprévisibles de rage et de colère
menant à la destruction d'objets ou à des voies de fait;
- l'ampleur de l'agression est toujours hors de proportion avec ce
qui a déclenché la colère (pas de dispute ou de frustration
particulière);
- les crises disparaissent aussi brusquement qu'elles apparaissent;
- entre les épisodes, il n'y a aucune menace ou aucun signe de
violence;
- les symptômes ne sont pas autrement expliqués par une maladie
mentale, un trouble de la personnalité, une condition médicale ou un
abus de substances ou de médicaments.
Certains individus peuvent éprouver des regrets et des remords après leur acte,
mais ils en prennent rarement la responsabilité. Ils ont plutôt tendance à tenir
leur victime responsable de leur manque de contrôle ou à évoquer des
circonstances extérieures ou même des tierces personnes qui auraient provoqué
leur colère. Cette perception leur permet de soulager le sentiment de culpabilité
qu'ils peuvent ressentir. Elle a malheureusement aussi pour effet de conforter
l'individu dans son comportement et de le justifier de ne rien faire pour y
apporter des changements. Le trouble explosif intermittent entraîne souvent des
problèmes légaux et les individus qui en souffrent sont souvent accusés d'assaut
et de violence conjugale. Les conséquences familiales, professionnelles et
sociales sont souvent dévastatrices.
Facteurs de violence
Le trouble explosif intermittent est un état rare. Plusieurs maladies ou
troubles psychologiques présentent les mêmes symptômes de violence. Certains
troubles de la personnalité (personnalité antisociale ou borderline), la
maladie bipolaire, les psychoses, les troubles de la conduite, le syndrome
du déficit de l'attention, le traumatisme crânien, la maladie d'Alzheimer et
l'abus de substances ou de médicaments peuvent aussi entraîner des
comportements violents. Il faut donc éliminer toutes ces possibilités avant
de conclure au trouble explosif intermittent.
Traitement
Le traitement du trouble explosif intermittent combine souvent médication et
psychothérapie. Comme dans le cas des autres troubles du contrôle des
impulsions, on a fait un lien entre cette condition et la sérotonine, un
neurotransmetteur qui intervient dans plusieurs processus psychologiques. Les
médicaments utilisés sont donc habituellement de la classe des inhibiteurs
de recapture de sérotonine. Dans la plupart des cas, on obtient de meilleurs
résultats en associant la psychothérapie à la prise de médicaments.
Marie-Christine Tremblay
À quoi
reconnaît-on un joueur pathologique?
Si le jeu représente une activité de détente sans conséquence pour la plupart d'entre nous, pour d'autres, le jeu devient une maladie ou une dépendance qui se traduit par une impulsion incontrôlable à miser de l'argent. Au Québec, on estime que 3 % des adultes et 2,6 % des adolescents ont un problème de jeu pathologique, des chiffres semblables à ceux observés dans les autres provinces canadiennes et aux États-Unis. On note également que les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes à se débattre avec ce problème.
Les signes du jeu pathologique
Dans le Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders - 4th Edition, l'American Psychiatric Association classe le jeu pathologique parmi les troubles du contrôle des impulsions et le décrit comme une pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu qui n'est pas mieux expliquée par un épisode maniaque et qui donne lieu à au moins cinq des manifestations suivantes :
- préoccupation par le jeu;
- besoin de jouer avec des sommes croissantes d'argent pour atteindre l'état d'excitation désiré;
- efforts répétés mais inutiles pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu;
- agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d'arrêt de la pratique du jeu;
- besoin de jouer pour échapper aux difficultés ou pour soulager des sentiments d'impuissance, d'anxiété, de culpabilité ou de dépression;
- retour au jeu après avoir perdu de l'argent pour recouvrer ses pertes;
- négation de la problématique et dissimulation de l'ampleur des habitudes de jeu en mentant à la famille ou à l'entourage;
- perpétration d'actes illégaux pour financer la pratique du jeu;
- risque de perte ou perte d'une relation affective importante, d'un emploi ou de possibilités d'études ou de carrière à cause du jeu;
- recours aux autres pour obtenir de l'argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.
Les personnes qui souffrent de jeu pathologique présentent souvent des
distorsions de la pensée. Elles ont une impression de contrôle illusoire face
au jeu qui les fait surestimer leurs chances de gagner et de croire à toutes
sortes de superstitions. Cette illusion de contrôle est plus grande lorsque le
joueur peut participer activement au jeu, en lançant des dés, par exemple, ou
en actionnant les boutons de machines à sous.
L'évolution du jeu
pathologique
Les études sur le jeu pathologique démontrent que les adultes qui ont des
problèmes avec le jeu ont généralement commencé à jouer pendant leur
adolescence, entre l'âge de 10 et l9 ans. L'évolution vers le jeu excessif se
fait habituellement en trois phases qui peuvent durer de quelques mois à
plusieurs années selon les individus. La première est une phase de gain. Le
joueur remporte des sommes d'argent parfois importantes, qui lui permettent
d'être généreux avec son entourage et d'obtenir une certaine reconnaissance
sociale. Ses gains lui donnent l'impression qu'il peut contrôler ou influencer
le jeu en sa faveur : il perd de vue la dimension du hasard et augmente la
fréquence à laquelle il joue. Après la phase de gain, vient inévitablement la
phase de perte. Mais comme le joueur est convaincu qu'il contrôle le jeu, il
attribue ses pertes à des conditions extérieures. Pour se refaire, il retourne
jouer et si la phase de perte se poursuit, il ira jusqu'à emprunter, à vendre
ses biens ou à commettre des actes illégaux pour se procurer de l'argent. Sûr
que la chance reviendra et qu'il pourra rembourser ses dettes, il devient
obsédé par le jeu. De perte en perte, s'installe alors une phase de désespoir.
À ce stade, il n'est pas rare que le joueur ait envisagé plusieurs fois le
suicide.
Les conséquences
Les conséquences du jeu pathologique se répercutent autant du côté familial et
professionnel que psychologique et social. On estime que pour chaque joueur
pathologique, au moins dix personnes en subissent les effets négatifs. La
dépendance au jeu mène tôt ou tard à une série de problèmes : dettes
chroniques, divorce, chômage, pauvreté, dépression et pensées suicidaires.
De plus, les joueurs pathologiques commettent souvent des actes illégaux,
comme des falsifications, des fraudes, des vols ou des détournements d'argent
qui peuvent les amener devant les tribunaux.
Les traitements
Il existe plusieurs formes d'interventions thérapeutiques pour traiter le jeu
pathologique. Tous les aspects de la problématique sont considérés dans le
traitement, tant le comportement lui-même que ses conséquences financières,
sociales, psychologiques ou familiales. Au Québec, le Centre québécois
d'excellence pour la prévention et le traitement du jeu (CQEPTJ) a formé des
intervenants de toutes les régions pour venir en aide aux joueurs excessifs.
Pour obtenir plus d'informations sur le jeu pathologique, visitez le site :
http://www.psy.ulaval.ca/~jeux/
Marie-Christine Tremblay
Rôle des émotions chez
le joueur pathologique
Passer du refus de liberté à la réalisation adulte de passions positives.
«Ce qui était plaisir devient idée fixe, ce qui était évasion devient
obligation, ce qui était divertissement devient passion, obsession et source
d'angoisse.»
R. Callois
Tous les éléments d'une émotivité exacerbée sont définis dans cette
introduction. Passion, obsession et source d'angoisse peuvent résumer
l'obsession du joueur, sa dépendance, et ceci en plusieurs phases. La première
est la phase euphorique; le processus est toujours le même: la mise par hasard,
dans un vidéo-poker, d'un dollar. Avec la sortie d'un gain substantiel, une
dépendance se créera instantanément chez certains individus. Le portrait type
est une personne de la quarantaine qui n’avait pas l'intention de jouer, mais
qui, dans un moment de désœuvrement, connaît l'émotion d'un gain facile et du
même coup, l'euphorie. Les soucis accumulés, les frustrations disparaissent. Il
est certain que le sage fermera la porte à une prochaine tentation. Mais hélas,
pour celui qui remettait sa vie en question, qui avait soif de nouvelles
passions, la tentation est là. Le chemin de la fuite s’ouvre. Cette première
phase euphorique, si elle se poursuit, entraîne une surestimation de ses
possibilités: le monde est à lui, il lui appartient. Plus de problème, le jeu
est la maîtresse ou l'amant suprême. Il répond à l'attente d'un monde
impossible, libéré de toutes contraintes. Symbiose tragique entre l'homme et
la machine.
Fébrilité, destin unique et
béatitude
Détaché du commun, de l'ordinaire, une fébrilité le gagne entre les périodes
de jeu. Cette surestimation tue le sens de la réalité, le salaire devient trop
bas, les problèmes familiaux sont dérangeants. Les besoins financiers pour
alimenter ce veau d'or font oublier les obligations les plus élémentaires. La
porte est ouverte pour descendre dans le gouffre de l'enfer en s’imaginant
parfois atteindre le nirvana. Abdication de la personnalité; soumis au destin,
le joueur s’imagine paradoxalement, dans cette phase, avoir un destin unique
qui le privilégiera en lui apportant la chance. Une certaine béatitude gagne
le joueur; tout gain, si minime soit-il, lui fait oublier ses pertes. C’est
la recherche de l'instant sublime, au moment où il a l'impression de triompher
de la machine, qui fait disparaître toutes les désillusions. l'émotivité est à
son comble, un dynamisme nouveau prend naissance, le joueur ne peut vivre sans
cette drogue qui est le jeu. Un certain narcissisme se développe. Le joueur
plane de plus en plus au-dessus des contingences matérielles. l'argent, au
moment du gain, devient le symbole d'une libération, d'une puissance. Quand il
y a perte, on arrive à la deuxième phase que l'on qualifiera d'accélération du
jeu.
François de Vernal, psychanalyste et psychothérapeute
L'auteur est aussi président de l'Association d'intervention et de prévention du
jeu pathologique (AIPJP),
tél. : (877) 693-1197
© Gazette officielle des thérapeutes,
édition juillet/août 1999, tél.: (514) 939-2534
Le drame se dessine. Le joueur vit dans un délire onirique. Convaincu de la
possibilité de se « refaire » entre les pertes, il perd totalement le sens de
la réalité. Ce que l'on voit à ce moment, c'est que le joueur pathologique a
besoin de sensations de plus en plus fortes et explore des sentiments
contradictoires : espoir et désespoir se suivent à une cadence infernale.
Tout discours de sagesse est inaccessible. C'est comme s'il se dédoublait :
il entend, il écoute, comprend sa ruine, se fustige moralement, mais c'est
une partie de lui-même qui reçoit le discours, l'autre partie ne le
reconnaissant point. Le joueur est coupable, il accepte les reproches mais
n'en tient pas compte. De toutes les façons, sa ruine financière est le moyen
de payer sa faute. Le jeu est un refus de liberté, il met son destin à la merci
du hasard. Seul devant sa machine, il redevient un enfant, régresse, marginalisé
du monde des adultes. Il faut bien comprendre qu'actuellement au Québec, la
plupart des joueurs compulsifs se retrouvent devant des vidéo-poker depuis que
cette pratique a été légalisée. Nous parlons donc toujours d'êtres solitaires,
émotivement désemparés, fuyant la réalité et mentant aux autres pour satisfaire
ce besoin d'évasion. Nous en arrivons ainsi à la troisième phase, que l'on peut
qualifier de désespoir et de souffrance.
La vision de la déchéance ne permet plus de vivre avec dignité le quotidien.
Rejeté du milieu familial, ou s'en expulsant lui-même, il ne reste plus qu'à
fuir pour ne pas faire souffrir ceux que l'on aime. Le jeu est toujours là
mais avec un goût de mort. À ce moment-là, s'il ne cherche pas de l'aide, le joueur cherche à travers le jeu sa propre destruction, une forme de suicide. Il ne reste plus qu'un enfant désarmé devant le précipice dans lequel il a envie de se jeter.
Gérer ses émotions
La guérison de ce mal d'être profond demande que le joueur soit pris en main,
mis en tutelle. Elle exige également de remonter aux sources réelles de cette
pulsion maladive au moyen d'une thérapie qui lui apprendra à se pardonner avant
de demander le pardon des autres. La roue du destin tourne encore une fois, le
joueur n'est plus dans le coup. L'intensité de sa détresse, de sa souffrance
l'obligera, s'il veut survivre, à passer d'un état où, au lieu d'être dominé
par ses émotions, il devra les gérer. Il en viendra à comprendre qu'en tant
qu'adulte, la part de rêve qui est en nous n'est pas dans l'évasion mais dans
la réalisation de passions positives.
Critères diagnostiques du DSM-IV pour le jeu pathologique
- Préoccupation par le jeu (ex. : préoccupation par la remémoration
d'expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives
prochaines ou par les moyens de se procurer de l'argent pour jouer).
- Besoin de jouer avec des sommes d'argent croissantes pour atteindre
l'état d'excitation désiré.
- Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter
la pratique du jeu.
- Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou
d'arrêt de la pratique du jeu.
- Joue pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur
dysphorique (ex. : des sentiments d'impuissance, de culpabilité,
d'anxiété, de dépression).
- Après avoir perdu de l'argent au jeu, retourne souvent jouer un
autre jour pour recouvrer ses pertes (pour « se refaire »).
- Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d'autres pour dissimuler
l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
- Commet des actes illégaux tels que falsifications, fraudes, vols
ou détournement d'argent pour financer la pratique du jeu.
- Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi
ou des possibilités d'étude ou de carrière à cause du jeu.
- Compte sur les autres pour obtenir de l'argent et se sortir de
situations financières désespérées dues au jeu.
Septembre 1998
(Extrait du Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-IV), p.
181 et 618)
Source : http://www.servicevie.com/02Sante/Sante_hommes/Hommes270999/
hommes270999b.html
La trichotillomanie : un besoin irrépressible de s'arracher les
cheveux
La trichotillomanie est caractérisée par un besoin irrépressible de s'arracher
les cheveux au point que l'absence de cheveux devient manifeste. Le trouble
commence habituellement à se manifester pendant la puberté, entre l'âge de 5
et 13 ans. Chez les enfants de cet âge, la trichotillomanie touche autant les
garçons que les filles, mais chez les adultes, elle est beaucoup plus commune
chez les femmes. Le Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders-
4th Edition de l'American Psychiatric Association classe la trichotillomanie
parmi les troubles du contrôle des impulsions. Le trouble se manifeste souvent
seul, mais certains problèmes lui sont parfois associés, comme la dépression,
les troubles obssessifs-compulsifs, le syndrome du déficit de l'attention, les
troubles de l'alimentation et l'abus de drogue.
Signes
Les critères diagnostiques du DSM-IV qui définissent la trichotillomanie sont
les suivants :
- arrachage répété de ses propres cheveux causant une alopécie
(absence de cheveux);
- sentiment croissant de tension juste avant l'arrachage des cheveux;
- plaisir, gratification et soulagement lors de l'arrachage de
cheveux ;
- la condition n'est pas le symptôme d'un autre trouble mental et la
perte de cheveux n'est pas due à une affection médicale.
L'arrachage des cheveux se fait parfois distraitement, en regardant la
télévision par exemple, ou avec une grande concentration. Les cheveux peuvent
être arrachés de façon dispersée ou sur une partie précise du cuir chevelu. Le
nombre de cheveux arrachés peut varier de peu à beaucoup. Et le trichotillomane
peut également arracher ses sourcils, ses cils ou ses autres poils (bras,
jambes, pubis). La peur de devenir complètement chauve augmente souvent le
sentiment d'anxiété chez ces personnes. Le début du trouble coïncide parfois
avec un événement stressant dans la vie de l'enfant ou de l'adulte, par
exemple un deuil, un conflit familial ou un changement d'école. Chez certaines
personnes, il se manifeste de façon intermittente; chez d'autres, il est
continu et peut s'étendre sur de longues périodes.
Conséquences
La trichotillomanie cause une détresse psychologique significative et altère
le fonctionnement social et professionnel des personnes qui en souffrent.
Plusieurs d'entre elles évitent les situations où on pourrait remarquer leur
habitude, comme aller à la piscine. Certaines même refusent d'aller au travail
ou à l'école et de participer à des réunions familiales ou sociales. D'autres
usent de subterfuges comme porter une casquette, un foulard, des lunettes ou
utilisent des produits de maquillage pour masquer leur état. La plupart des
trichotillomanes n'osent pas se confier à leur entourage ni à leur médecin par
peur d'être rejetés ou de passer pour « fou ». Le sentiment de honte qui les
habite est souvent si grand qu'ils préfèrent garder le secret. L'isolement qui
s'ensuit fait que la plupart des trichotillomanes ne savent pas que leur
problème porte un nom et qu'ils ne sont pas seuls dans cette situation.
Traitement
Comme on connaît encore mal les causes de la trichotillomanie, les seuls
traitements dont on a testé l'efficacité lors d'études contrôlées sont les
médicaments et les thérapies comportementales. Jusqu'à maintenant, on estime
que la trichotillomanie est plutôt difficile à traiter par les seuls
médicaments. Bien que les chercheurs pensent que la sérotonine pourrait être
impliquée dans ce type de troubles, la chose n'est pas aussi claire que pour
les troubles obsessifs-compulsifs. Certains médicaments utilisés pour les TOC,
comme les inhibiteurs de recapture de sérotonine (IRSS), peuvent se montrer
efficaces, mais les réactions varient d'une personne à l'autre et il faut
parfois en essayer plusieurs avant d'en trouver un qui convient. L'approche
combinant médicaments et thérapie cognitivo-comportementale semble donner de
meilleurs résultats. L'appartenance à un groupe d'entraide ou la participation
à des forums de discussion peut aussi aider la personne à sortir de son
isolement.
Marie-Christine Tremblay
Source : http://www.servicevie.com
Je n'accepte plus les courriels qui finissent par un
(.com) sauf ceux qui sont déjà abonnés, trop de pourriels.
Mon logiciel les détruira automatiquement.
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