Ma conjointe a été victime d'abus sexuel

Cet article s'adresse aux conjoints actuels des femmes qui ont été victimes d'abus sexuel, ces hommes souvent oubliés et qui souffrent également de la situation. Malheureusement l'abus sexuel touche beaucoup de femmes. Selon de récentes statistiques, entre 15 % et 25 % de femmes auraient été victimes d'abus sexuel dans l'enfance. De plus, cela ne tient pas compte des femmes qui sont victimes de viol. Les statistiques semblent s'alourdir car les femmes dévoilent de plus en plus les abus subis dans l'enfance.

Vivre avec le passé, ce n'est pas un choix !

Afin d'aider les hommes à mieux comprendre la situation vécue par leur compagne, nous aborderons d'abord les conséquences possibles d'un abus sexuel. Ces conséquences peuvent varier en nombre et en intensité d'une femme à l'autre. De nombreuses victimes rapportent avoir des flashbacks de l'agression pouvant amener une certaine anxiété. Ces flashbacks peuvent être accentués à certaines dates ou dans certains contextes rappelant l'agression. C'est très difficile pour les femmes de se départir de ces souvenirs envahissants. L'abus sexuel provoque aussi souvent des sentiments de culpabilité et de honte chez la femme. Elle peut se reprocher de ne pas avoir mis fin à l'abus sexuel. Malheureusement, ces femmes oublient souvent qu'à l'époque, elles étaient des enfants qui avaient estime et confiance envers l'adulte qui s'est révélé un abuseur. En effet, nous savons que dans la majorité des cas, l'agresseur est connu de sa victime. Il leur était donc difficile de croire que cet adulte puisse leur faire du mal. La peur de ne pas être crue ou de subir des représailles amène des femmes à ne pas parler de l'abus pendant très longtemps. Même lorsqu'elles sont adultes, certaines femmes ont encore peur de l'abus sexuel.

Toutes les conséquences mentionnées et bien d'autres peuvent affecter les relations amoureuses et la vie sexuelle de ces femmes. Par exemple, lors des contacts sexuels avec le conjoint, des femmes mentionnent revivre des épisodes d'agression (flashbacks). Elles peuvent alors se sentir tristes ou anxieuses. Pour d'autres, l'orgasme sera vécu avec culpabilité car il rappellera aussi l'agression. On comprend alors que certaines femmes ayant été victimes d'abus sexuel préfèrent éviter les rapports sexuels parce qu'ils provoquent trop d'émotions négatives comme la tristesse, l'anxiété et la culpabilité. La relation conjugale peut être affectée. Souvent le conjoint ne comprendra pas ce que la femme vit, surtout si elle ne se confie pas à lui. Certaines femmes développent aussi de la méfiance envers les hommes, l'abuseur étant habituellement un homme, ce qui peut également nuire à leur vie amoureuse.

Pour le conjoint aussi, ce n'est pas facile !

Le conjoint d'une femme ayant été victime d'abus sexuel peut vivre plusieurs difficultés dans sa relation de couple sans trop savoir à quoi les attribuer. En effet, plusieurs femmes attendent un certain temps avant de raconter leur histoire d'abus à leur conjoint. Une fois au courant, l'homme peut en vouloir à l'agresseur, surtout s'il le connaît, d'avoir fait vivre de telles choses à sa conjointe. Il peut aussi ne pas comprendre comment l'abus a pu se produire ou même ne pas croire ce qui s'est passé. Plusieurs hommes vivent donc de la colère, de la tristesse, de la culpabilité et même chez certains, des sentiments de vengeance.

Face à leur conjointe, certains hommes se montrent sensibles tout en se sentant trahis de ne pas avoir été mis au courant plus tôt. Ces hommes se sentent partagés. Ils souhaitent être réceptifs à la situation vécue par leur conjointe, lui venir en aide, tout en répondant à leur besoin d'être près de leur conjointe physiquement et affectivement. Certains, pour ne pas perdre leur conjointe, vont même aller jusqu'à mettre de côté leurs propres besoins d'amour, de tendresse et d'intimité. Cela peut créer bien des frustrations, soit parce que la conjointe évite la sexualité ou qu'elle est dictée davantage par ses besoins à elle. L'homme ne se sent pas respecté dans ses désirs.

Il est aussi difficile de faire preuve de spontanéité avec la conjointe car certains comportements ou attitudes rappelant l'abus peuvent l'effrayer, sans que l'homme le sache. Parfois, il arrive que la partenaire semble apprécier la relation sexuelle, puis subitement, elle se met à pleurer ou à crier. L'homme peut alors se sentir blessé, frustré et responsable de garder sa conjointe calme et détendue. Ça donne une impression de “marcher sur des œufs”!

Comment pouvez-vous aider votre conjointe?

Tout d'abord, il est primordial de la croire, afin de ne pas augmenter sa détresse, et de lui offrir votre soutien émotionnel. Faites attention de ne pas être trop envahissant, respectez son intimité tout en tenant compte de vos propres besoins. Ensuite, il est important de faire le lien entre l'abus sexuel vécu dans le passé et le problème actuel. Il ne faut pas ignorer vos propres émotions même si vous devez respecter la colère et la peur que la sexualité provoque chez votre conjointe. Cela peut vous amener à aller consulter ensemble, ce qui peut resserrer les liens de votre couple. Votre participation à la thérapie est suggérée et n'hésitez pas à aborder directement les notions d'intimité et de sexualité avec votre conjointe et le thérapeute.

Pour terminer, j'aimerais vous suggérer certaines ressources. Le livre Partners in recovery de Beverly Engell s'adresse directement à vous, messieurs, afin de vous aider à cheminer dans cette situation difficile. Il existe également un groupe pour hommes conjoints de femmes ayant été victimes d'abus sexuels offert par le Centre de prévention et d'intervention pour victimes d'agression sexuelle (CPIVAS) à Laval. Enfin, il pourrait être aidant de suivre une thérapie de couple avec un sexologue ou un psychologue. À cet égard, je vous suggère fortement de vous renseigner à l'Association des sexologues du Québec au (514) 270-9289 et à l'Ordre des psychologues du Québec au (514) 738-1881 afin de trouver une aide appropriée.

Geneviève Parent
Sexologue clinicienne et psychothérapeute
Membre de l'Association des sexologues

Association des sexologues du Québec
Téléphone : (514) 270-9289
Courriel : asq@qc.aira.com

Source : http://www.servicevie.com/02Sante/Sex/sex22042002/sex22042002.html




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