Propagande haineuse sur Internet

Définir la haine
Propagande haineuse et liberté d'expression
Propagande haineuse et législation
Analyse des sites haineux
Le recrutement des jeunes par les groupes haineux
Protéger les enfants et les adolescents contre la haine sur Internet
Réagir face à la haine sur Internet

Internet a été salué, à juste titre, comme un lieu de communications novateur, un marché interactif d’idées et d’informations où toute personne possédant l’équipement et les connaissances nécessaires peut ouvrir boutique.

Ce moyen d’échange incomparable a cependant un désavantage. Parmi ses multiples sources d’informations valables, Internet présente aussi une foule de contenus offensants, incluant de la propagande haineuse visant à soulever l’opinion publique contre certains groupes.

Cette section explore la façon dont les groupes haineux utilisent Internet pour promouvoir leurs idées. Elle propose un examen de la démarcation entre liberté d’expression et discours haineux, un aperçu des lois canadiennes et des directives volontaires de l’industrie, et différents moyens de protéger les enfants et les adolescents. On y trouvera, enfin, plusieurs articles essentiels, enquêtes et rapports récents sur la question.

Définir la haine

Selon la plupart des spécialistes, les groupes haineux ont en commun de se représenter certains groupes de personnes comme étant « les Autres ».

Ainsi, le site américain Tolerance.org soutient que « tous les groupes haineux ont des croyances ou des pratiques qui attaquent ou calomnient toute une catégorie de personnes, habituellement sur la base de caractéristiques immuables. »

De son côté, Raymond A. Franklin, auteur de The Hate Directory, s’intéresse surtout aux groupes qui soutiennent « la violence, la mise à l’écart, la diffamation, la tromperie ou l’hostilité envers les autres, en se fondant sur leur race, leur religion, leur origine ethnique, leur sexe ou leur orientation sexuelle ».

Karim Karim, chercheur canadien en communications de l’Université de Carleton, souligne, par ailleurs, que « l’Autre » est l’un des nombreux archétypes communs à toute société humaine. Lorsque des gens transfèrent leurs craintes et leur colère sur l’Autre, le groupe visé devient moins qu’humain dans leur esprit. Les groupes haineux ne peuvent « justifier » les actes de violence ou de dégradation envers certains groupes que parce qu’ils nient l’humanité de leurs victimes.

Propagande haineuse et liberté d'expression
La frontière est souvent mince entre liberté d’expression et propos haineux. D’ailleurs, la définition de ce qu’il est acceptable ou non d’exprimer et de diffuser varie d’un pays à un autre. Sur Internet, un commentaire haineux affiché légalement dans un pays peut être considéré illégal dans des pays où les critères sont plus stricts.

La propagande haineuse dans un contexte de liberté d’expression

Plusieurs spécialistes sont d’avis que la meilleure réponse à la propagande haineuse n’est pas la criminalisation, mais plutôt la discussion ouverte. Le philosophe Pierre Lévy souligne que:

[…] sur le Web, les idées sont exprimées par ceux qui les produisent et les pensent et non par des journalistes obligés de simplifier, de caricaturer par manque de temps ou de compétence ou, pire, soumis à un pouvoir politique autoritaire. Le nouveau médium est donc particulièrement favorable à un dépassement de l’espace public classique.

Les débats publics qui ont eu lieu aux débuts d’Internet se sont avérés frustrants pour ceux qui niaient la réalité de l’Holocauste ou tentait d’affirmer l’infériorité de certains groupes ethniques. Le caractère interactif des bavardoirs et autres forums de discussion assurait aux affirmations mensongères des ripostes énergiques. Les propagandistes haineux se sont donc rapidement réfugiés dans des zones moins interactives d’Internet.

Ironiquement, la liberté d’expression qui caractérisait les forums de discussion à la fin des années 1980 et au début des années 1990 a incommodé les fournisseurs de services Internet (FSI).

Compuserve a été l’un des premiers FSI confronté à un débat vigoureux au sujet de la haine lorsqu’un négationniste a affiché des commentaires racistes durant une discussion en ligne. Le forum en question est rapidement devenu l’un des plus visités de Compuserve.

La discussion s’est terminée après la création, par Compuserve, d’une politique d’utilisation acceptable interdisant la publication de commentaires racistes ou offensants. L’adhésion à une telle politique est devenue, depuis, une condition d’utilisation pour la grande majorité des FSI.

Les groupes haineux ont appris à se méfier des pièges de la liberté d’expression. Le Canadien Ken McVay, fondateur du projet Nizkor, a vainement tenté, durant plus de dix ans, d’entraîner le révisionniste Ernst Zundel dans une discussion en ligne. Il y voit deux raisons au refus systématique de Zundel de participer à ce genre d’échange :

McVay conclut que les propagandistes haineux « évitent toute forme d’interaction avec ceux qui ne partagent pas leurs idées. [Et que,] par conséquent, il est impossible de réfuter efficacement leurs mensonges » dans le cadre d’une discussion ouverte.

Les idéologies haineuses dans leurs derniers retranchements : les sites Web et les bavardoirs privés

Le Web est devenu une tribune privilégiée pour les groupes haineux, essentiellement parce qu’il leur permet d’éviter d’interagir avec ceux qui s’opposent à leurs théories. L’Anti-Defamation League mentionne que « les groupes haineux organisés se plaignent du fait que leurs manifestes soient critiqués par des militants pour les droits civils dans les forums de discussion et autres sites interactifs. Alors que, de leur côté, ces groupes haineux peuvent refuser de publier tout message critique sur leurs sites ».

Les sites Web aident ces groupes à identifier d’éventuelles recrues qu’ils attirent dans leur communauté par le biais de bavardoirs ou de courriels privés. Ces communications échappent alors à la vigilance des autorités.

Plusieurs militants suggèrent cependant que la nature publique du Web continue à jouer contre les groupes haineux, car leurs activités peuvent être surveillées et exposées sur la place publique. David Goldman, créateur du défunt site Hatewatch (un des premiers sites d’importance consacré à répertorier les activités des groupes haineux sur Internet), affirme

Dès le début, le désir autoproclamé de ces organisations de créer en ligne une « révolution des Blancs » (White Revolution) a été soigneusement surveillé et documenté par des organismes pour les droits civils, dont Hatewatch. On avait l’habitude de répéter : « Internet est ce qui est arrivé de mieux pour les groupes haineux. » À notre grande joie, il s’est révélé une des pires choses qu’il leur soit arrivée.

Un bilan

Les groupes haineux continuent cependant de raffiner leurs stratégies sur Internet.

Un certain nombre de sites encouragent leurs visiteurs à pirater les sites Web anti-haine, en mettant leur serveur hors service ou en replaçant leur contenu par des messages haineux. En 2002, par exemple, un pirate informatique connu sous le pseudonyme de Doctor Nuker s’est introduit sur le site de l’American Israel Public Affairs Committee pour afficher des commentaires antisémites sur la page d’accueil.

D’autres incidents semblables se sont produits, dont celui où un pirate a automatiquement redirigé les visiteurs d’un site du gouvernement allemand vers des pages de propagande nazie.

Un nombre croissant de pays, dont la France et l’Australie, étendent leur juridiction jusqu’au contenu Internet afin de lutter, entre autres, contre la propagande haineuse.

Par exemple, en 2003, un tribunal français a ordonné à Yahoo.com, basé en Californie, de bloquer sur son réseau des enchères d’objets nazis. Même si cette décision est probablement juridiquement inapplicable aux États-Unis, elle a encouragé Yahoo à revoir ses politiques.

Même si de plus en plus de pays cherchent à appliquer leurs lois dans le cyberespace, tout porte à croire que les groupes haineux continueront à tester les limites de la liberté d’expression.

Propagande haineuse et législation

La liberté d’expression est un des fondements de la démocratie. Par conséquent, des propos racistes et haineux considérés comme offensants par la grande majorité des Canadiens ne sont pas nécessairement illégaux.

Cette section examine les lois fédérales qui interdisent certaines formes de propos haineux.

Code criminel du Canada

Les articles 318 et 319 du Code criminel considèrent comme criminel

envers un « groupe identifiable ».

On y définit comme étant un groupe identifiable toute section de la population distincte par :

Les propos haineux qui visent d’autres groupes de personnes (comme les femmes, les gais et les lesbiennes) ne tombent pas sous le coup des articles 318 et 319.

Ces clauses du Code criminel visent à interdire toute diffusion publique de propagande haineuse et ne s’appliquent pas aux propos tenus en privé.

« Encourager un génocide, fomenter volontairement la haine et inciter publiquement à la haine » ne concernent donc que des déclarations énoncées, transmises ou diffusées sur la place publique.

La propagande haineuse diffusée sur Internet est possiblement illégale en regard des articles 318 et 319, puisque la Toile est un réseau public.

L’article 320.1 du Code criminel, autorise un juge à ordonner la suppression de propagande haineuse sur tout système informatique (ordinateur, serveur) accessible au public, installé au Canada.

La Charte canadienne des droits et libertés

L’article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit aux Canadiens la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression. Toutefois, les droits de cette charte sont soumis à des limites raisonnables et justifiables dans une société démocratique.

En 1990, dans le cadre de l’affaire Keegstra, la Cour suprême du Canada a eu à juger si l’article 319 du Code criminel violait le droit constitutionnel à la liberté d’expression. James Keegstra, un enseignant du secondaire en Alberta, expliquait à ses élèves que l’Holocauste n’avait jamais existé et faisait partie d’une « conspiration juive ». La Cour a déclaré que, même si l’article 319 limite effectivement la liberté d’expression, il constitue une limite raisonnable au sein d’une société démocratique et ne viole donc pas la Constitution canadienne.

La Loi canadienne sur les droits de la personne

L’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne interdit d’utiliser les services d’une entreprise de télécommunications (Internet inclus) pour acheminer des messages susceptibles d’exposer une personne à la haine ou au mépris en fonction de :

En janvier 2002, un tribunal des droits de la personne s’est appuyé sur l’article 13 pour ordonner à Ernst Zundel de cesser de publier des messages racistes sur son site Internet. Le Zundelsite, désormais installé aux États-Unis hors de la juridiction canadienne, continue cependant à diffuser sa propagande haineuse.

La Loi sur la radiodiffusion

Certains articles de la Loi sur la radiodiffusion interdisent aux stations de radio et de télévision, ainsi qu’aux entreprises de télévision payante et d’émissions spécialisées, la diffusion de commentaires discriminatoires susceptibles d’exposer à la haine et au mépris des groupes ou des individus. Internet ne correspond pas à la définition actuelle du terme « radiodiffusion » et n’est donc pas soumis à ces articles.

La Loi sur l’immigration

La Loi sur l’immigration autorise les agents de la douane à saisir aux frontières toute forme de propagande haineuse, et à refuser l’entrée au Canada à des individus connus pour leurs propagande haineuse.

Analyse des sites haineux

Le fanatisme et la haine s’alimentent de l’ignorance, de la peur, de la désinformation et de demi-vérités. Ainsi, les messages haineux perdent beaucoup de leur puissance quand le public est capable de les reconnaître et de les analyser. L’esprit critique est donc une arme essentielle dans la lutte contre la propagande haineuse.

Caractéristiques communes

Selon le journaliste Keith Ferrel, la majorité des sites haineux partagent trois caractéristiques communes.

1. Paranoïa

De nombreux sites haineux appliquent la théorie du complot. Ils attribuent aux groupes ciblés la responsabilité de toutes sortes de problèmes économiques, politiques et sociaux. Leurs affirmations s’appuient sur l’ignorance du public et des « preuves » inventées de toutes pièces.

L’une des plus infamantes théories du complot se trouve dans Le Protocole des sages de Sion. Ce texte écrit en Russie à la fin du XIXe siècle par un agent du tsar fait état de soi-disant « preuves » d’un complot juif de domination mondiale. Même si le caractère totalement inventé du Protocole est établi depuis longtemps, ses thèses resurgissent régulièrement dans les campagnes de propagande haineuse.

2. La main de Dieu

Les sites haineux font souvent référence aux écritures saintes et autres textes religieux pour donner l’impression que leur discours est sanctifié par une puissance supérieure et motivé par des considérations morales.

Par exemple, le site God Hates Fags, qui dépeint gays et lesbiennes sous un jour haineux et méprisant, parsème sa rhétorique homophobe de références aux saintes écritures qui prouveraient que « Dieu rejette les homosexuels ».

3. Armageddon

Les groupes haineux exploitent également la peur et l’incertitude en attribuant la responsabilité des problèmes sociaux et économiques aux groupes qu’ils persécutent. Des sites canadiens comme le National Skinhead Front, CFAR et la Canadian Heritage Alliance parlent ainsi constamment des « dangers » de l’immigration et de la nécessité d’un retour aux « valeurs traditionnelles européennes ».

Stratégies communes

1. Racisme

Sur leurs sites, les suprématistes blancs nient habituellement faire partie d’organisations racistes. Ils mettent plutôt l’accent sur la nécessité de protéger les Blancs de l’assimilation et/ou de la menace directe de groupes non-blancs.

La 14/88 Society fournit un bon exemple de ce type d’argumentation. Le nom du site combine deux références racistes populaires dans les mouvements suprématistes.

*Le chiffre 14 fait allusion aux 14 mots du slogan : « Nous devons protéger la survie de notre race et le futur des enfants blancs. »

*Le chiffre 88 représente « HH », huitième lettre de l’alphabet, qui signifie Heil Hitler.

Les sites ouvertement racistes comme 14/88, sont les plus facile à identifier car ils se conforment de près à l’image publique des groupes skinhead néo-nazis. Mais le chercheur canadien Matthew Lauder souligne que de nombreux autres sites cachent leurs objectifs racistes sous un message d’apparence plus modérée.

Ainsi, sur son site, L’église mondiale du créateur s’affiche comme « une organisation blanche professionnelle, progressive et non violente [favorisant] les droits civils, la libération et la détermination de soi par la race blanche. » Alors que dans son Petit livre blanc, l’organisation désigne clairement les Juifs et les minorités visibles comme ses « ennemis mortels ».

La propagande raciste est aussi pratiquée par des organisations autres que blanches comme Aztlan, un site qui milite pour l’établissement d’un Grand Empire hispanique en Amérique du Nord, et Libre Opinion, un fournisseur de services Internet en langue espagnole qui abrite gratuitement des sites racistes.

2. Pseudo science et intellectualisme

De nombreux groupes haineux utilisent un langage intellectuel et pseudo scientifique. Ils incorporent dans leur idéologie des écrits universitaires pour donner de la crédibilité à leurs thèses.

L’ouvrage de Phillip Rushton sur les différences d’aptitudes physiques et intellectuelles entre les races est un bon exemple de cette stratégie. Tout comme le flot ininterrompu de littérature néo-nazie longtemps publiée par la maison d’édition du Dr William Pierce (maintenant décédé). Le Turner Diaries de Pierce, qui raconte sous forme romancée l’histoire d’une révolution raciste, est réputé avoir inspiré l’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995.

3. Révisionnisme historique

Une autre stratégie courante consiste à nier l’Holocauste. Ces individus haineux qui « révisent » l’histoire affirment que l’Holocauste n’a pas existé ou qu’il a été moins important que les données officielles ne l’indiquent. Le Zundelsite, par exemple, abrite une collection de textes révisionnistes, dont le pamphlet Did Six Million Really Die? [Six million [de juifs] sont-ils réellement morts ?] de Zundel lui-même.

4. Patriotisme

D’autres sites haineux cachent leurs messages sous un langage patriotique. La High Desert Militia of Southern California, par exemple, affiche sur sa page d’accueil des citations de Thomas Jefferson et Ben Franklin, à côté de « La Prière du patriote ».

« Mon dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et des ARMES pour combler la différence ! »

5. Désinformation

Certains groupes tentent par ailleurs de diffuser leurs messages à travers des sites dont on pourrait croire qu’ils ont été créés sans but haineux.

À première vue, le site martinlutherking.org paraît contenir de l’information sur King et le mouvement des droits civils. Il fait, en réalité, la promotion du racisme et de l’antisémitisme. La Canadian Association for Free Expression, contrairement aux apparences, ne lutte pas pour la protection des libertés civiles. Son fondateur, Paul Fromm, admet que le but du site est de promouvoir « un discours conservateur sur des sujets comme l’immigration et les différentes races ».

6. Nationalisme

Des sites comme la League of the South (États-Unis) ou la Canadian Heritage Alliance utilisent la rhétorique de la fierté nationale et du patrimoine pour soutenir un retour à une « civilisation blanche anglo-celtique ».

7. Symboles

Les groupes haineux continuent d’utiliser en guise d’images de marque des symboles bien connus comme la swastika nazie ou la croix embrasée du KKK. Par contre, des symboles « neutres » comme la croix celtique et les runes scandinaves sont de plus en plus souvent récupérés pour servir d’emblème aux thèses suprématistes.

L’Anti-Defamation League affirme que ces symboles de haine sont plus que de simples signes : « Ils sont conçus pour inspirer un sentiment de peur et d’insécurité […] Ils donnent aux membres un sentiment de puissance et d’appartenance, et leur permettent d’identifier rapidement ceux qui partagent la même idéologie. »

Le recrutement des jeunes par les groupes haineux

La survie des groupes suprématistes et haineux dépend de leur capacité à recruter de nouveaux membres. Les stratégies d'enrôlement de ces groupes visent souvent directement les adolescents, car ils voient en eux le seul espoir pour l’avenir de la « race blanche ».

Les efforts de recrutement des groupes haineux se concentrent principalement auprès des élèves du secondaire, bien que les étudiants de niveaux collégial et universitaire ne soient pas négligés. Les groupes haineux ont traditionnellement recours à des brochures distribuées dans les cours d'école ou dans les boîtes aux lettres afin de diffuser leur message. Cette façon d'opérer n'est pas toujours couronnée de succès puisqu'elle permet à des adultes (directeurs d'école, enseignants, parents) d'intervenir.

Internet est devenu un outil privilégié pour les groupes haineux car les adolescents considèrent Internet comme un refuge et un lieu privé qui échappe à la supervision parentale. Le réseau permet donc aux groupes haineux de rejoindre directement les jeunes par le biais de sites et de musique haineuse.

Cibles potentielles

Les jeunes peuvent être réceptifs à la cyberpropagande raciste, parce qu'ils n'ont ni l'expérience ni la connaissance de tous les faits qui leur permettraient de réfuter les mensonges et les mythes qui leur sont présentés.

Les jeunes solitaires et marginalisés à la recherche d’une identité et d’un sentiment d'appartenance, sont des cibles de choix pour les groupes racistes et deviennent leurs instruments de prédilection une fois recrutés.

Selon un préjugé commun, les jeunes qui joignent les rangs de groupes haineux sont pauvres, peu instruits et aliénés. L’histoire d'Elizabeth Moore illustre cependant le pouvoir que la propagande haineuse peut avoir sur une jeune personne instruite. Ancienne étudiante à l'Université Queen's, elle est devenue l'une des porte-parole les plus en vue de Heritage Front, un groupe néonazi canadien. L'article « Confession d'une ancienne néonazie », dans lequel elle raconte son expérience, est un incontournable pour les adolescents.

Stratégies de recrutement

Les techniques utilisées par les groupes haineux pour rejoindre les jeunes sur Internet reproduisent leurs méthodes de recrutement habituelles. Voici quelques unes de leurs stratégies :

Musique. La musique est un moyen tout indiqué pour intéresser et influencer les jeunes. Un adolescent naviguant sur le Web en quête de musique peut se retrouver sur un site qui vend, ou offre de télécharger gratuitement, de la musique haineuse. Ces sites proposent souvent une série de liens vers des brochures, des tracts, des listes de diffusion, des bavardoirs et d’autres sites à caractère haineux.

L’une des musiques racistes les plus populaires est le rock White Power qui diffuse ses messages à travers des chansons incitant au meurtre de Noirs ou prônant une guerre sainte raciale. Il y a plus de 50 000 copies d’album White Power vendues chaque année en Amérique du Nord. Le journaliste Jay Dixit rapporte qu’en 2001, Resistance Records, le plus grand distributeur de musique haineuse en Amérique du Nord, s’attendait à réaliser un bénéfice brut d’un million de dollars américains.

Jeux. Une autre stratégie utilisée pour rejoindre les jeunes est la production et la diffusion de versions racistes de jeux d’ordinateur populaires. Cela signifie qu'un adolescent peut chercher le dernier jeu vidéo à la mode sur Internet et trouver, à la place, une version haineuse de celui-ci.

Par exemple, Resistance Records a produit Ethnic Cleansing, un jeu dont l’objectif est de tuer des « sous-hommes » (Noirs et Latinos) et leurs « maîtres » (les Juifs) qui sont dépeints comme le mal personnifié. Le joueur peut décider de prendre le costume d’un membre du KKK ou les traits d’un skinhead.

Activités pour les enfants. Certains sites haineux offrent des sections spéciales pour enfants contenant des jeux et des activités. La section « Enfant et créativité », du site néonazi l'Église mondiale du Créateur offre, par exemple, des mots croisés ayant un contenu raciste. Le but de cette section : « Aider les jeunes membres de race blanche à mieux comprendre notre combat. »

Personnages de dessins animés. Certain sites utilisent également des personnages de dessins animés semblables ou identiques aux personnages populaires dans les médias pour enfants. Par exemple, des sites haineux ont déjà utilisé des personnages de Sesame Street et Barney le dinosaure.

Sites Web d'allure professionnelle. Selon Grégory Destouches, auteur de Menace sur Internet : des groupes subversifs et terroristes sur le Net, les groupes néo-nazis sont, parmi les cyberpropagandistes, ceux qui ont utilisé le plus rapidement et le plus efficacement toutes les possibilités qu’offre Internet (musique, animations, jeux, etc.). Leurs sites font montre d’une grande maîtrise technique et le graphisme, même de mauvais goût, y est souvent très soigné. Un Internaute peu averti ou méfiant pourra être séduit par ces « qualités esthétiques » et devenir plus réceptif au contenu même du site. Une étude de l’Université Stanford en Californie publiée en 2002 a d’ailleurs démontré que 46 % des gens considèrent qu’un site au design professionnel est crédible.

Protéger les enfants et les adolescents contre la haine sur Internet

Les jeunes ont de plus en plus accès à Internet, que ce soit à la maison, à l'école ou dans les bibliothèques. Dans ce contexte, protéger les enfants et les adolescents contre la propagande haineuse sur Internet représente un défi de taille. On recourt souvent à la technologie pour assurer cette protection...

Les logiciels de filtrage : le grand débat

À moins qu'on évite complètement d'utiliser Internet, les logiciels de filtrage constituent sans doute la solution technique la plus recommandée afin de protéger les enfants du contenu indésirable en ligne. L'utilisateur installe le logiciel de filtrage de son choix sur son ordinateur et y indique le type de contenu auquel il ne veut pas que ses enfants aient accès. Le logiciel bloque les sites dont le contenu correspond aux critères sélectionnés. Ces critères sont le plus souvent des mots-clés ou des phrases. Ces programmes ne sont cependant pas tous faciles à utiliser, et quelques-uns incluent une liste présélectionnée de phrases et de mots bloqués, qui ne peuvent être changés.

Les logiciels de filtrage constituent une option valable pour les familles dont les enfants sont trop peu expérimentés pour arriver à désactiver le logiciel. Mais comme les jeunes maîtrisent de mieux en mieux la technologie, il leur devient sans cesse plus facile de déjouer certains types de logiciels. Il ne faut pas non plus oublier que ces logiciels ne sont pas aussi intelligents que les parents : si vous demandez à votre logiciel de filtrage de bloquer toute référence aux mots « haine » ou « Holocauste », le logiciel éliminera la plupart des sites haineux, mais aussi les sites consacrés à l'antiracisme, à la culture juive, aux musées de la guerre, et même les sites gouvernementaux discutant de législation visant à interdire les crimes haineux.

Il existe des logiciels qui fonctionnent à partir d'une liste prédéterminée de sites plutôt que par mots-clés. C'est le cas, par exemple, du HateFilter, développé par la Anti-Defamation League, un organisme américain actif dans le domaine des droits humains. Ce logiciel bloque l'accès à plusieurs centaines de sites qui ont été identifiés comme étant des sites haineux. On ne retrouve pas encore ce logiciel spécialisé en français, cependant des logiciels de filtrage généraux utilisant à la fois des mots-clés et une liste de sites sont disponibles.

Supervision Parentale

Malgré leur relative efficacité, les logiciels de filtrage ne constituent pas à eux seuls une réponse valable au problème de la protection des jeunes.

La supervision parentale sur Internet est, de loin, le meilleur type de prévention. Un sondage réalisé par le Réseau Éducation-Médias en 2001, Jeunes Canadiens dans un monde branché, a révélé qu'une forte proportion des jeunes qui utilisent Internet à la maison sont peu supervisés dans leur navigation. 70 % des jeunes ont affirmé utiliser Internet seuls, et autant ont dit que leur parents s'informent rarement des sites qu'ils visitent. Même si la technologie peut sembler une solution rapide et facile pour protéger les enfants contre des contenus indésirables sur Internet, la meilleure stratégie à long terme est sans doute de leur donner de l'information et de les aider à développer un esprit critique.

La haine sur Internet n'est pas toujours aisément discernable. Certains sites affichent clairement leurs couleurs par les termes et les images qu'ils utilisent, mais d'autres cachent le contenu haineux derrière un aspect attrayant et amusant. Plusieurs sites haineux offrent des jeux et de la musique.

D'autres ressemblent à s'y méprendre aux sites historiques que les enfants consultent pour faire leurs devoirs. Le site Martin Luther King Jr.: An Historical Examination constitue un excellent exemple de ce type de site. Sous le couvert de données historiques, on y prône le racisme et l'antisémitisme en plus de soutenir une théorie de conspiration communiste. Ce type de site prouve que la meilleure protection contre la haine est la capacité de discerner une information juste et véridique d'une « information » biaisée et haineuse. L'éducation est donc un supplément nécessaire à l'utilisation d'une technologie de protection.

Réagir face à la haine sur Internet

Le sondage Jeunes Canadiens dans un monde branché réalisé par le Réseau Éducation-Médias en 2001 a révélé qu'une grande proportion (36 %) des jeunes qui ont déjà visité un site haineux n'en ont pas tenu compte. On observe une attitude semblable face aux courriels haineux. Plus de trois jeunes sur dix n'ont rien fait, alors qu'une proportion semblable (36 %) en ont parlé à un ami, à un adulte ou à la police. Et il n'y a pas raison de croire que les adultes auraient dénoncé la haine dans une plus grande proportion.

Bien entendu, il est parfois difficile de déterminer si le contenu offensant et dérangeant de certains sites est illégal. Souvent, seul un tribunal peut en juger. Le public a cependant un rôle important à jouer dans la lutte contre la haine sur Internet. Plusieurs options s'offrent à ceux qui découvrent ou reçoivent du contenu haineux.

Contacter le fournisseur de services Internet (FSI)

De plus en plus de fournisseurs de services Internet à travers le monde sont tenus de réagir aux plaintes concernant la présence de contenu haineux sur leurs serveurs.

La plupart ont d'ailleurs une Politique d'utilisation acceptable (PUA) qui définit clairement les règles d'utilisation de leur service de même que les mesures pouvant être prises si ces règles ne sont pas respectées. La PUA interdit habituellement, sous peine de cessation de services, les sites à caractère haineux, racistes, discriminatoires, ainsi que les sites promouvant des activités illégales dans le pays du FSI.

La majorité des FSI du Canada sont membres de l'Association canadienne des fournisseurs Internet (ACFI). Le code de conduite de l'ACFI stipule qu'aucun de ses membres n'hébergera sciemment un contenu illégal. De même, les membres s'engagent à fournir un effort raisonnable pour enquêter et, s'il y a lieu, rectifier la situation en cas de plainte concernant du matériel illégal.

Les FSI n'ayant pas l'autorité légale pour décider si un contenu est illégal, certains sont donc peu enclins à retirer un contenu suspect de leurs serveurs en l'absence de directives officielles d'un organisme chargé de l'application de la loi.

Dénoncer la haine sur Internet à la police

On doit s'adresser à son service de police local pour déposer toute plainte concernant un crime haineux commis sur Internet, quel que soit le lieu de diffusion des messages ou des sites haineux.

Il est essentiel de formuler sa plainte par écrit et d'y inclure une copie du matériel haineux.

Plusieurs pays ont mis sur pied un service d'assistance téléphonique où l'on peut dénoncer le contenu et les activités illégales sur Internet. Le gouvernement du Canada, en collaboration avec plusieurs organisations intéressées, planifie présentement l'implantation de ce type de service.

Déposer une plainte auprès de la Commission canadienne des droits de la personne

En janvier 2002, une décision importante du tribunal des droits de la personne obligeait le révisionniste Ernst Zundel à cesser de diffuser du matériel haineux sur son site Internet. Cette décision implique que la Commission canadienne des droits de la personne est habilitée à recevoir et traiter les plaintes concernant la diffusion de matériel haineux sur Internet ou par communication téléphonique.

Lorsque la Commission juge une plainte recevable, un enquêteur est assigné au dossier. Des recherches sont entreprises afin de déterminer si la plainte doit être portée devant le Tribunal des droits de la personne.

Visiter des sites consacrés à la lutte contre la haine

Plusieurs sites surveillent et documentent les activités et les sites illégaux sur Internet. Les organismes qui ont créé ces sites « anti-haine » tentent de faire pression sur les FSI pour que le contenu illégal présent sur leurs serveurs soit effacé. Les plus connus sont B'nai Brith Canada, qui a mis sur pied un service d'assistance téléphonique, et le Centre Simon Wiesenthal qui a produit le cédérom Digital Hate 2002, lequel identifie des milliers de sites « problématiques » incluant des sites promouvant des attentats suicide ou proposant de la musique haineuse.

Le contenu haineux hébergé au Canada est maintenant soumis à une nouvelle législation, mais ce n'est pas le cas partout dans le monde. Aux Etats-Unis, des groupes comme le Simon Weisenthal Center et la Anti-Defamation League exercent une pression morale auprès des FSI pour que ceux-ci retirent le contenu haineux de leurs serveurs. Tous deux recommandent de leur signaler la présence de contenu haineux sur Internet afin qu'ils puissent tenter de le faire retirer.

À long terme, la meilleure action à entreprendre pour contrer la haine, sur Internet comme dans la « vraie » vie, est sans doute l'éducation et la promotion de la tolérance. Plusieurs ressources sont disponibles sur Internet et en bibliothèque.

Source : http://www.media-awareness.ca/francais/enjeux/haine_sur_internet/index.cfm




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