Personnes âgées : suicide sous silence

Même si le phénomène reste encore (trop) méconnu chez les personnes âgées, les conduites suicidaires se développent et les chiffres de l'Inserm annoncent 3 542 suicides en 2001 chez les soixante ans et plus. Deux facteurs majeurs expliquent leur geste : l’isolement et la dépression.

"On s’occupe beaucoup du sempiternel suicide des adolescents, s’indigne presque Pierre Satet, le président de Suicide-écoute, un service anonyme qui permet de se confier par téléphone. Pourtant, plus on avance en âge, plus le risque augmente. Et plus le taux de suicide est élevé (1)."

Chez les personnes âgées, les conduites suicidaires aboutissent presque toujours au décès. Plus question ici d’envoyer "un signal de détresse", mais bien "d’en finir". En effet, chez les hommes âgés, une tentative sur deux réussit. Tandis que toutes classes d’âges confondues, le nombre de tentatives de suicide (TS) est jusqu’à trente fois plus élevé que le nombre de décès. Deux raisons à ce constat : la fragilité physique des personnes âgées d’une part, mais surtout l’intensité de leur décision.

"Je me souviendrai toujours de cette femme âgée qui voulait mourir parce qu’elle venait de perdre son petit chat, explique un bénévole de Suicide-écoute. Elle vivait toute seule avec lui depuis des années. Et venait de perdre son seul compagnon. Elle ne pouvait plus s’arrêter de pleurer."

La canicule de l'été 2003 nous l’a tristement rappelé, les personnes du troisième âge vieillissent souvent seules, souvent dans l’indifférence générale. Leur solitude est réelle, leur souffrance, cette souffrance qui enlève toute envie de vivre, est réelle aussi.

Aussi, depuis quelques années, le nombre de TS augmente dans les institutions spécialisées. Surtout chez les hommes. D'une façon plus générale, les hommes sont plus sujets au suicide que les femmes. Et en particulier les veufs de plus de soixante-cinq ans chez qui on note des taux de mortalité par suicide maximum, de cinq à dix fois plus élevés que chez les femmes veuves.

Les patients âgés évoquent plus facilement qu’avant la possibilité de mettre fin à leurs jours. Même pour une petite contrariété ou un coup de cafard.

"La solitude n’est absolument pas supportée par les hommes âgés, notamment dans le cas du décès de leur conjointe, explique le docteur Gilbert Ferrey, géronto-psychiatre en banlieue parisienne. Et puis, les hommes ont tendance à s’exprimer moins facilement que les femmes. Ils choisissent de mourir en silence. Chez les femmes âgées en revanche, les chiffres restent stables."

En 2001, les chiffres de l'Inserm - CépiDc (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès) comptent près de deux fois et demi plus de suicides d'hommes (2 508) que de femmes (1 034) parmi les soixante ans et plus. L'âge le plus critique se situe entre quatre-vingt-cinq et quatre-vingt-neuf ans. Les taux de décès doublent après vingt-cinq ans et restent stables jusqu'à soixante-quatre ans, puis progressent à nouveau après quatre-vingt-cinq ans. Ils sont six fois plus élevés après cet âge qu'entre quinze et vingt-quatre ans (et dix fois plus pour les hommes).

Rarement abordé dans notre société, le suicide des personnes âgées est souvent qualifié de "légitime" ou encore de "rationnel". Moins spectaculaire que chez les jeunes, il est perçu comme un choix "sensé" : celui d’avancer un peu l’heure de sa mort. Pourtant, les personnes âgées aussi souffrent. Leur mal-être ne perd pas en intensité à mesure qu’elles avancent en âge.

La vieillesse n’a pas la cote

Unanimes, les spécialistes désignent ainsi la dépression comme premier facteur explicatif du suicide chez les sujets âgés. Avant même l’isolement ou les douleurs physiques dues à la maladie. "Cette dépression n’est d’ailleurs pas toujours facile à détecter, explique Michel Walter, professeur en psychiatrie au CHU de Brest. Chez les personnes âgées, elle est souvent masquée par du délire ou des plaintes somatiques. Ou bien souvent prise pour une simple vieillesse."

À l’heure où le jeunisme fait des émules, la vieillesse, elle, n’a pas la cote. Michel Hanus, président de la Fédération européenne de "Vivre son deuil" en convient. "En un siècle, son image a beaucoup évolué, passant de celle de l’ancien, respecté et savant, à celle du vieillard malade et ennuyeux. Aujourd’hui, c’est surtout parce qu’on refuse de parler de la mort que l’on occulte le suicide des personnes âgées."

Sous diagnostiquée, assimilée à de la mélancolie, la dépression des personnes âgées est insuffisamment traitée. "Les médecins sont rétifs à prescrire des antidépresseurs à leurs clients âgés, de peur que les médicaments ne détériorent leurs capacités cognitives. Ce ne sont que des idées reçues, absolument pas vérifiées", estime Yves Prigent, membre de l’UNPS, l’union nationale pour la prévention du suicide.

Pleins d’espoir, spécialistes et bénévoles avouent sentir aujourd’hui une sensibilisation en la matière. "Médecins et infirmières demandent à être informés sur la détresse des personnes âgées", admet Yves Prigent, lui-même de plus en plus sollicité pour animer des formations sur ce thème. Reste un vrai problème, celui des moyens. Un psychiatre confirme : "Tant que le gouvernement ne s’engagera pas fermement, les choses resteront telles quelles. Sans vrai budget, rien ne sera fait pour soulager les personnes âgées."

Source`: http://www.seniorplanet.fr/sp.fr.php?id=8611&action=article&id_cat=343&page=1




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