Équilibre en têteLes jeunes
Le droit des enfants. Qu’en est-il de nos promesses?
Par Andrée Ruffo, Juge pour enfants
Équilibre en tête. Vol.16 no 2. Volontiers je laisserai à d’autres le soin de définir ce qu’est la santé et, plus particulièrement, la santé mentale. Je me permettrai néanmoins de partager mes observations, réflexions, mon indignation sur le sort d’enfants côtoyés au fil des trente dernières années; enfants pour lesquels j’éprouve un infini respect et une admiration sans bornes. Ces enfants rencontrés au tribunal et pour lesquels il faut intervenir, soit en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse ou en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants, sont toujours des enfants souffrants. Qu’ils aient été affamés, rejetés, violentés physiquement ou psychologiquement, exploités sexuellement, gardés par des parents abusifs aux comportements irresponsables, ces enfants expriment, à leur façon, leur désarroi, leur colère, leur impuissance jusqu’à la désespérance. Longtemps, trop longtemps, une société obéissante et silencieuse a voulu nier l’existence de ces enfants, les condamnant au silence, occultant, niant, banalisant leur langage, incapable de reconnaître, de comprendre ce langage par lequel tant d’enfants tentaient (maladroitement sans doute) d’exprimer leur souffrance, leurs rêves, leur impuissance. Cette expression aux mille usages, aux multiples formes prenait des allures de suicide, de toxicomanie, de violence, de délinquance, de fugue. Ces «troubles de comportement» devaient cesser. Longtemps ce fut le but poursuivi. Peine perdue. La vie était au rendez-vous plus forte! La colère aussi d’ailleurs! Confrontés, il nous a fallu le réaliser. Les «sciences de l’âme» nous ont aidé à le faire. Maintenant nous savons plus et mieux. L’enfant exprime sa souffrance! Quelle souffrance au juste? Cela aussi nous le savons plus et mieux. Tests, expertises et observations nous confortent. Nous sommes rassurés lorsque nous posons des étiquettes sur leurs débordements : troubles de l’humeur, de la conduite, hyperactivité, et quoi encore! Forts de nos certitudes, nous rassurons l’enfant et sa famille! Nous nous rassurons! Tout ira mieux! Ces recherches sans fin de psychologues, de psychiatres, pour soulager. Et que dire des parents? Humiliés et épuisés! Nous n’avons pas tenu nos promesses Il était si facile de signer cette déclaration relative aux droits de l’enfant, ces chartes, ces lois garantissant aux enfants le respect de leurs droits : droit inhérent à la vie, au développement, à l’identité, à la protection, à la liberté d’opinion, d’expression, de religion... Que dire de notre abnégation d’entraide entre les pays, pour le respect de ces droits? Mensonge? Duperie? Trahison? Que sont devenues nos promesses? Si, comme humains , nous aspirons tous au bonheur dans l’accomplissement de notre destinée, comment, en toute intégrité, ne pas reconnaître à chacun ce même droit d’aller au bout de lui-même, quel que soit sa race, sa culture, sa religion, son sexe? Certains parlent alors de comparaison. Moi je nomme Justice, cette quête d’un monde où chacun trouvera les moyens pour s’accomplir! D’où l’urgence d’un sursaut éthique lié à la conception qu’on se fait de l’humain, où il m’apparaît urgent que les détenteurs de pouvoirs politiques, économiques, religieux, soumettent leur pratique à l’émergence éthique fondamentale, le respect des droits de la personne. Utopie : Non!
Urgence : Oui! Pourquoi, démunis et sans espoir, tant d’enfants cherchent-ils la mort? Pourquoi se réfugient-ils de plus en plus nombreux dans les maladies mentales? Pourquoi sont-ils si nombreux à se «geler»? Ayant perdu tout repère, trop d’enfants nous quittent. Enrobés dans nos certitudes et notre indifférence, nous ne pouvons plus dire : «Nous ne savons pas» ou encore «Ils ne nous avaient rien dit». Alors que leur langage est si éloquent... Nous savons et depuis si longtemps! Comment se fait-il alors que nous ne puissions mettre fin à ce carnage? Il devient indécent d’ânonner en récitant les statistiques! Nous les connaissons par coeur! Serait-ce dû à notre propre désespérance? À notre propre démission devant la vie? À notre incapacité d’exiger le respect pour nous-mêmes et, par conséquent, pour nos enfants? Serait-ce que nous ne croyons plus au bonheur? À la justice? À l’amour? Convaincus que le bonheur doit avoir couleur de pouvoir, d’argent, de gloire? Et que dire de la dignité! Du respect! Du partage! Que dire alors de la Justice? Tant qu’il y aura des enfants... source : www.acsmmontreal.qc.ca/publications/equilibre/droitsenfants.html
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