Sur quelles stratégies de prévention du suicide
chez les jeunes doit-on miser?

À la demande du ministre de la Santé et des Services sociaux et des directions régionales de santé publique, une équipe de l'Institut national de santé publique du Québec s'est récemment penchée sur les stratégies de prévention du suicide chez les jeunes. Dans un document intitulé Avis scientifique sur la prévention du suicide chez les jeunes, l'Institut présente ses principales recommandations, qui seront aussi communiquées aujourd'hui à l'occasion du congrès international Pratiques novatrices pour la prévention du suicide qui se tient à Montréal, à l'Hôtel Hyatt Regency.

Le problème du suicide, déjà extrêmement grave au Québec, continue de prendre de l'ampleur, en particulier chez les jeunes. Déjà, dans le groupe des 15-19 ans, le tiers des décès est attribuable au suicide et le taux ne cesse d'augmenter depuis dix ans, tant chez les filles que chez les garçons. Comment agir en amont pour prévenir ces situations de détresse extrême?

« Ce ne sont pas les idées ni les expériences qui manquent, déclare le Dr Réal Morin, directeur scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec, mais les preuves irréfutables de moyens efficaces en prévention du suicide font cruellement défaut. Par une recension de la littérature scientifique, nous avons tenté de saisir la portée d'un certain nombre de stratégies de prévention, de manière à fournir un éclairage supplémentaire aux décisions que prennent les intervenants clés auprès des jeunes. Peu de données probantes sont disponibles à ce sujet, mais il y a tout de même assez de matière pour confirmer l'intérêt de certaines interventions, préciser les sentiers qu'il ne faut emprunter qu'avec beaucoup de prudence et désigner ceux qu'il vaut mieux éviter. »

Les lignes d'écoute téléphonique et les mesures visant à réduire l'accessibilité aux moyens utilisés pour attenter à ses jours, tels que les armes à feu et les médicaments, demeurent toujours pertinentes pour lutter contre le suicide. Une autre avenue est la sensibilisation des médias quant au traitement des cas de suicide, pour contrer l'effet d'imitation qui peut se produire, particulièrement chez les jeunes.

Les écrits scientifiques confirment la pertinence de former les médecins en prévention du suicide. Ils ont un rôle important à jouer dans la reconnaissance et la prise en charge de leurs jeunes patients qui présentent des symptômes laissant craindre un passage à l'acte suicidaire. Une proportion importante de jeunes qui se suicident ont consulté un médecin généraliste au cours du mois précédant leur geste, sans révéler nécessairement leur état de détresse.

Certains programmes à l'intention des familles et des jeunes enfants n'ont pas pour but de prévenir le suicide et pourtant méritent d'être soulignés pour leur pertinence dans le développement de la santé physique, mentale et sociale des jeunes. Plusieurs études ont en effet démontré l'efficacité des programmes de soutien aux familles vulnérables et de promotion des habiletés d'adaptation des enfants d'âge préscolaire.

D'autres interventions en prévention du suicide chez les jeunes sont intéressantes, mais exigent de s'engager avec beaucoup de prudence. C'est le cas des initiatives de type « sentinelles » ou « pairs aidants ». Il s'agit de programmes s'appuyant sur l'engagement d'intervenants dans les milieux de vie des jeunes, le plus souvent en milieu scolaire, lesquels bénéficient d'une formation pour reconnaître les signes de détresse pouvant conduire au suicide et agir de façon adéquate. Dans le cas des initiatives « pairs aidants », ce sont des jeunes du milieu qui jouent ce rôle.

« Il faut comprendre que recevoir des confidences, accueillir la détresse et apporter de l'aide, c'est une lourde responsabilité, particulièrement pour un jeune, dit Marie Julien, Ph. D., auteure principale de l'avis et conseillère scientifique à l'Institut national de santé publique et à la Direction de santé publique de la Montérégie. Ces stratégies doivent être rigoureusement planifiées et encadrées par des spécialistes formés en relation d'aide. De plus, des précautions doivent être prises pour assurer la confidentialité et pour ne pas stigmatiser les jeunes identifiés comme étant à risque. Enfin, des services d'accueil des jeunes en détresse doivent exister. »

L'Institut déconseille fortement de tenir des activités de sensibilisation sur la réalité du suicide auprès de groupes de jeunes, que ce soit sous la forme de documents vidéo, de pièces de théâtre, de témoignages ou de travaux scolaires sur le sujet. Des recherches ont mis en lumière que des jeunes plus vulnérables parmi le public visé, ceux qui ont déjà fait une tentative de suicide et certains garçons, sortaient de ces séances avec un niveau élevé de détresse psychologique, sans qu'ils puissent être reconnus et épaulés. Plusieurs experts ont exprimé la crainte que ces programmes entraînent une banalisation du suicide comme solution à un problème et même un effet d'imitation. Cela n'exclut pas la possibilité d'aborder le sujet en groupe si un jeune le demande ou s'il est d'actualité. Aussi, il demeure nécessaire et souhaitable de parler de suicide au niveau individuel avec un jeune en détresse, de même qu'avec les parents, les intervenants et les professionnels.

L'Avis scientifique sur la prévention du suicide chez les jeunes est disponible gratuitement en format PDF dans le site Web de l'Institut national de santé publique à l'adresse : www.inspq.qc.ca.

Fondé en 1998, l'Institut national de santé publique du Québec est né d'une volonté d'améliorer la coordination, le développement et la mise à profit de l'expertise de santé publique au Québec. Sa mission s'articule autour de cinq dimensions : l'information, la formation, la recherche, les services-conseils et la coopération internationale.

Sources : http://www.inspq.qc.ca/CentrePresse/ communiques.asp?E=cp&NoCommunique=44&Submit=1

Dr Réal Morin, directeur scientifique Développement des individus et des communautés Institut national de santé publique du Québec

Marie Julien, PH. D.
Institut national de santé publique du Québec
Direction de santé publique de la Montérégie

Renseignements :

Julie Trudel
Unité des communications
Institut national de santé publique du Québec
(514) 597-0606, poste 4407

Salle de presse du Congrès international sur les pratiques novatrices pour la prévention du suicide :
(514) 841-2084




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