Agressions sexuelles: que faire quand cela arrive?

«La Loi sur la protection de la jeunesse a confié au directeur de la protection de la jeunesse de chaque centre jeunesse du Québec la responsabilité de recevoir les signalements d'enfants en situation de danger. Son rôle lui impose également de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des enfants dont la sécurité ou le développement personnel est compromis. Un directeur de la protection de la jeunesse est ainsi disponible dans chacune des régions du Québec et il est entouré d'une équipe de professionnels qui l'aide à bien évaluer chaque situation et à prendre les décisions appropriées dans le respect des droits des enfants et ceux de leurs parents. À la direction de la protection de la jeunesse, on vient ainsi en aide aux enfants qui vivent des situations graves et on soutient leurs parents à traverser ces moments difficiles et éviter qu'ils ne se reproduisent.»

Première étape : le signalement

Selon l'art. 39 de la Loi sur la Protection de la jeunesse, tout professionnel ou individu qui prend connaissance de l'éventualité d'un agression physique ou sexuelle sur un enfant, est obligé d'en faire mention auprès de la direction de la Protection de la jeunesse de sa région. Il n’a pas la responsabilité de juger de la validité du témoignage mais bien de le signaler.

Il est essentiel de noter que tous les propos émis par le signalant seront pris en compte à titre totalement confidentiel. Dans plus de 95 % des cas, les premiers signalements sont donc effectués par téléphone. Le risque? Pour que sa déclaration soit prise en considération, un signalant peut avoir tendance à exagérer la situation qu'il décrit. Mais, dans ce genre de réalité, mieux vaut prévenir que guérir.

Deuxième étape : l'évaluation

À partir du moment où la DPJ reçoit un signalement d' physique ou sexuelle sur un enfant, elle va : - Évaluer qu'il y a bien eu agression physique ou sexuelle; - Attribuer une cote de vitesse d'intervention (immédiate, délai d'une journée ou délai de trois jours quand la victime n’est plus en contact direct avec l'agresseur, par exemple quand la situation d'agression a lieu plusieurs années avant le signalement); - Déterminer quels sont les moyens à mettre en œuvre pour protéger l'enfant.

Dès lors, la DPJ, qui agit uniquement à titre de consultant, va coordonner les diverses interventions qui permettront de rencontrer ses objectifs. Dans un premier temps, il va falloir mesurer la réalité de l'agression en rencontrant toutes les personnes concernées : - La personne ayant signalé l'agression (parent, médecin, intervenant social, etc.); - l'enfant victime; - Les parents de la victime (sauf cas exceptionnels, la DPJ est dans l'obligation d'informer les deux parents d'un témoignage d'agression physique ou sexuelle de leur enfant); - Les informateurs extérieurs éventuels (école, policier, etc.) afin qu'ils corroborent les premiers témoignages.

Afin de limiter la multiplication excessive de rencontres avec l'enfant victime, la DPJ s’organise pour que tous les professionnels qui ont à intervenir auprès de l'enfant soit présents en même temps. Habituellement, il s’agit d'un travailleur social spécialisé, plus rarement d'un médecin (omnipraticien ou psychologue), parfois d'un policier (seulement s’il a été le signalant).

Après ces rencontres et à la lecture des différentes expertises qui auront été commandées (médicale, psychologique, etc.), la DPJ valide la présence ou non d'agression physique ou sexuelle.

Dernière étape : l'intervention Il est très clair, comme le précise l'article 2.2 de la Loi sur la Protection de la jeunesse, que «la responsabilité d'assumer le soin, l'entretien et l'éducation d'un enfant et d'en assurer la surveillance incombe en premier lieu à ses parents.» Donc, si après évaluation, la direction de la DPJ constate que les parents prennent parfaitement en charge leur enfant (dans le cas d'un agresseur extérieur) et choisissent les mesures adéquates pour lui venir en aide (séparation de l'agresseur, soutien sur l'impact de l'agression, etc.), la demande d'intervention n’est pas retenue.

Aujourd'hui, près de 50 % des signalements d'agression physique ou sexuelle aboutissent à une demande de protection. Malheureusement, alors que les services d'évaluation sont efficaces, des progrès restent à faire en ce qui concerne le traitement. Manque de personnel ou personnel peu formé nuisent à un aboutissement rapide des demandes.

Alors quoi faire?

Que vous ayez des doutes ou non, si un enfant vous signale qu'il a été victime d'un agresseur, ou s’il présente des signes de dépression ou d'agressivité subits, si son comportement change sans raison apparente, la première chose à faire serait d'aller en consultation au CLSC. Ayant la responsabilité de vous orienter vers les ressources adéquates, le CLSC est souvent l'endroit idéal pour établir un premier état de la situation.

Si vous demeurez à Montréal, l'Hôpital Sainte-Justine demeure aussi un bon centre d'intervention d'urgence. Enfin, vous pouvez vous adresser à l'Ordre des travailleurs sociaux ou à l'Ordre des psychologues afin qu'ils vous orientent vers des conseillers privés.

Quelle que soit la solution pour laquelle vous optez, sachez que très peu d'enfants mentent quand ils finissent par révéler une situation d'agression physique ou sexuelle. Dès lors, votre réaction devient essentielle. Vous devez assurer à votre enfant que vous le croyez mais vous devez aussi mettre vos propres angoisses de côté afin de lui procurer le meilleur soutien possible. À ces situations dramatiques il n’existe pas de solutions miracles, il ne faut donc pas hésiter à demander de l'aide.

Ressources: Centre jeunesse de Montréal

Association des centres jeunesse du Québec

Source:http://www.servicevie.com/02Sante/Sante_enfants/Enfants02042001/ enfants02042001.html
Pascale Pontoreau
PetitMonde
25 mai 2000

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