Prêter de l'argent à ses enfants... PRUDENCE!Prêter de l'argent à ses enfants... PRUDENCE!
Le rêve de la maison
Les paroles - et l'argent - s'envolent mais les écrits restent
Endosser le prêt de son enfant sans se mettre son banquier à dos Prêter de l'argent à ses enfants... PRUDENCE! Avancer de l'argent à sa fille ou à son fils, un simple coup de pouce? Sans doute, mais prenez garde! Cela peut se transformer en un coup de pied... dans la fourmilière familiale!
Par Marc Tison Est-ce une bonne chose de prêter de l'argent à sa progéniture? Dans certaines circonstances, certainement. Mais souvent, c'est ouvrir la porte aux conflits familiaux. Un exemple vécu: après qu'un père a été déclaré inapte, un de ses fils a été nommé curateur. Dans les documents paternels, ce dernier a découvert la preuve d'un prêt fait à un autre fils. Or, le sélectif papa avait refusé, peu de temps auparavant, un prêt semblable à sa fille. Il en a résulté une immense brassée de linge sale à laver en famille. «Ça coûte moins cher de dinde à Noël», observe en souriant la notaire Denise Archambault. La situation aurait pu être plus malsaine encore... L'enfant débiteur aurait pu être nommé curateur: rien ne l'aurait alors empêché de faire disparaître le billet incriminant et d'éliminer ainsi sa dette à l'insu des autres membres de la famille et aux dépens de leurs parts d'héritage. «Il est difficile de mêler relations d'affaires et relations familiales, dit plus sérieusement Me Archambault. En cas de problème, la priorité sera-t-elle le lien d'affaires ou le lien familial?» Le rêve de la maison Dans d'autres cas, les enfants ont emprunté à leurs parents pour faire des placements boursiers. Habituellement, quand les placements chutent, les relations familiales chutent aussi. Mais c'est l'achat d'une maison qui constitue sans doute le cas le plus courant. Voici une situation typique. Pour les inciter à acheter une première maison avant que les prix montent trop, certains parents insistent pour prêter à leur enfant et à son conjoint l'argent nécessaire à la mise de fonds. Mais si le jeune couple n'a pu jusqu'à présent épargner ce montant, aura-t-il les revenus nécessaires pour faire face aux imprévus (toit qui fuit, réparation du système de chauffage, etc.)? Parfois, les parents expliquent qu'ils prêtent l'argent à leur fils ou à leur fille pour éviter que le prêt apparaisse dans son dossier de crédit. Ils donnent ainsi à leur enfant la latitude de s'endetter au-delà des limites qui autrement auraient été établies par l'institution financière. L'enfant se lancera-t-il dans des dépenses qui le conduiront au bord de la catastrophe? Devra-t-il revenir cogner à la porte de ses parents? «Prêter à ses enfants, ce n'est pas forcément un service à leur rendre!» s'exclame Me Archambault. La planificatrice financière Danielle Dozois, du Groupe Mathieu Turgeon, soulève une autre éventualité. Que se passerait-il en cas de divorce? Petit exemple pour bien saisir la nature du problème: un jeune couple achète une maison de 150 000 $ assortie d'une hypothèque de 130 000 $, grâce à un prêt de 20 000 $ du père de madame. Après le divorce, la maison est vendue 180 000 $. Une fois l'hypothèque remboursée et les frais soustraits, il reste 50 000 $, soit 25 000 $ pour chacun. Mais monsieur reconnaîtra-t-il sa part de la dette de 20 000 $ contractée auprès du père de son ex-conjointe? Ou bien laissera-t-il celle-ci l'assumer seule? Pas simple. Danielle Dozois ne rejette pas d'emblée l'idée de prêter à ses enfants. Quand les parents n'ont pas besoin de cet argent, ils peuvent très bien décider, si les circonstances le permettent, de donner un coup de main à leur enfant. Mais comme le fait valoir Me Archambault, «ce ne sont pas les millionnaires qui prêtent de l'argent à leurs enfants. Ce sont très souvent des gens qui n'ont qu'un petit pécule, et quatre enfants...» Et ce sont eux qui se sentiront mal à l'aise de réclamer leur dû auprès de leur progéniture. Les torts ne sont cependant pas toujours du côté des enfants. Il arrive que des parents soient imprécis sur la période de remboursement - «Vous nous le rendrez quand vous pourrez...» -, puis exigent le remboursement du prêt sans préavis, mettant les jeunes «nouveaux propriétaires» dans l'eau chaude. Parce qu'ils ont accordé un prêt à leur enfant, d'autres parents trop bien intentionnés se sentiront l'obligation morale de lui prodiguer un flot constant de conseils aussi avisés que mal reçus. Et même après le remboursement du prêt, le noble geste peut être ramené à la mémoire au moment le moins propice... «Je te rappelle que si je n'avais pas été là, tu n'aurais pas eu ta grosse maison!» Le prêt pour soutenir les études d'un enfant est l'une des rares circonstances qui trouvent grâce aux yeux de Me Archambault. Elle privilégie même cette formule à celle qui veut que les parents assument l'ensemble des droits de scolarité de leurs enfants. «L'étudiant qui paie ses études a de meilleures chances de les terminer et de le faire plus rapidement, indique-t-elle. Son diplôme aura plus de valeur à ses yeux.» Une fois ce précieux diplôme obtenu, rien n'empêchera le parent de faire don du prêt, s'il le juge bon. Les paroles - et l'argent - s'envolent mais les écrits restent C'est du flou et de l'imprécision que naissent la plupart des malentendus. «Dans 90 % des cas que je rencontre, il n'y a pas de document écrit!» signale Danielle Dozois. Habituellement, les emprunts vont de 5 000 $ à 25 000 $. «Le parent me dit que son enfant est censé le rembourser, mais son air laisse souvent entendre qu'il n'y compte pas trop», raconte-t-elle. Si vous prêtez de l'argent à votre enfant, il est nettement préférable de remplir et de signer un document - «C'est fini, le temps des poignées de main!» lance Me Archambault. Sinon, on court le risque que le créancier meure avant le remboursement, et que la dette disparaisse dans les limbes, au détriment des autres héritiers. Nul besoin de faire authentifier le document par un notaire pour qu'il soit valide. Mais il doit être précis. Vos intentions doivent être claires. Le document doit porter les noms des créanciers et des débiteurs, la date, la somme due, les intérêts payables, l'échéance du prêt et les modalités de remboursement. Soyez spécifique: ainsi, la fin des études est une échéance vague, qui peut se reporter fort loin dans le temps. Toutefois, la problématique du secret à l'égard des autres membres de la famille demeure. Les parents sont libres de disposer de leur argent à leur guise en toute discrétion - dans la mesure où il y a une certaine équité à l'égard de tous les enfants. Dans certaines familles avisées que Danielle Dozois a rencontrées, le prêt était authentifié par un document écrit et les autres enfants étaient au courant qu'un prêt avait été consenti - sans toutefois en connaître le montant. Dans d'autres familles, le testament indiquait l'existence d'un prêt et spécifiait qu'il serait déduit de l'héritage s'il n'était pas remboursé. Faut-il exiger des intérêts? Tout dépend des intentions des parents mais, en règle générale, c'est préférable. Le prêt prend ainsi une nature plus officielle, et plus contraignante. Souvent, on établira le taux d'intérêt entre celui d'un placement sûr et celui d'un prêt correspondant dans une institution financière. Tout le monde en sort gagnant: l'enfant économise sur les intérêts, et le parent obtient un meilleur rendement. Bien entendu, comme chacun le fait dans cette situation, vous déclarerez scrupuleusement ces intérêts au fisc. Il va sans dire. Endosser le prêt de son enfant sans se mettre son banquier à dos Devriez-vous endosser le prêt de votre rejeton? Tout dépend du prêt... et de votre rejeton. Pourquoi a-t-il besoin d'un endosseur? A-t-il un mauvais dossier de crédit? Si vous endossez son prêt, vous vous en portez garant. Quand un problème survient, c'est à votre porte que le créancier viendra sonner - avec insistance. Un parent a donc tout intérêt à jauger le sérieux et la maturité de son rejeton avant d'acquiescer à une demande d'endossement. «Mais il est difficile d'être objectif face à ses enfants», soulève Danielle Dozois, planificatrice financière au Groupe Mathieu Turgeon. Il faut également prendre conscience qu'aux yeux des institutions financières, l'emprunt que nous endossons s'ajoute à nos propres dettes. Nous amène-t-il trop près des limites de notre propre capacité de crédit? Voici un exemple de circonstance favorable, cité par Me Archambault. Votre fils et sa conjointe ont accumulé une mise de fonds de 10 %, suffisante pour l'achat d'une première maison, mais qui les oblige néanmoins à recourir à un assureur de prêt hypothécaire comme la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Si vous garantissez la différence qui les sépare de la frontière de 25 % du prix d'achat - avec un certificat de placement garanti, par exemple -, vous pourriez leur éviter de débourser la coûteuse prime d'assurance de 3 %. Le risque est minime, car la somme qu'ils ont épargnée prouve qu'ils savent gérer sainement leurs finances personnelles. Le contrat hypothécaire doit indiquer que votre garantie sera libérée dès que le capital remboursé par les emprunteurs leur aura permis d'atteindre la barre des 25 % du prix d'achat. Pendant ce temps, votre certificat vous permet de gagner des intérêts - et la gratitude de vos enfants, bien sûr
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