Égoïste... comme un vrai gars!

Et si on pensait enfin à nous, rien qu'à nous, comme à peu près tous les gars? Désordre, retards, bourrelets... Tout ce qui nous chicote, nous les filles, semble tellement secondaire pour eux. On arrête aussi de se compliquer la vie?

Par India Desjardins

On leur pogne les fesses?

EUX Ils nous sifflent, nous parlent en utilisant des formules-clichés ridicules, nous suivent dans la rue et croient réellement que ça nous flatte. Comme si, quand un gars nous klaxonnait, on se disait: «Wow! Je vais tout de suite aller voir de quoi il a l'air, ça doit être quelqu'un de vraiment intéressant.»

NOUS AVANT On lit tous les livres du genre: Comment séduire?, Où rencontrer des hommes?, La séduction pour les nulles... mais on ne pose aucun geste concret.

NOUS APRÈS On siffle les gars, on leur demande ce qu'ils mangent pour être beaux de même, on leur pogne les fesses en passant... mais seulement dans notre tête, sinon on ne pourra plus jamais se plaindre la conscience tranquille de ce comportement «totalement macho».

On collectionne la vaisselle sale?

EUX Leur appart est tout en désordre. Ils ont développé une technique spéciale qui leur permet de contourner la saleté sans la voir.

NOUS AVANT On ôte la poussière: c'est pas bon pour la santé. On ramasse les vêtements sales: quelqu'un pourrait arriver. On fait la vaisselle: because les bactéries.

NOUS APRÈS On ne s'arrête pas de regarder une émission qu'on aime juste pour ramasser une traînerie... On attend la pub.

On se pointe avec une heure de retard?

EUX On doit les retrouver devant le resto à 19 h. À 18 h, ils regardent la télé. À 18 h 35, ils ne se souviennent plus trop s'ils avaient un rendez-vous. À 18 h 37, ils regardent dans leur agenda (si par miracle ils en ont un) et, après vérification, commencent à se préparer sans éteindre la télé. À 18 h 40, ils se rassoient, passionnés par un documentaire sur les nouvelles technologies. À 18 h 55, ils se rendent compte qu'ils n'ont pas terminé de s'habiller, mais ils écoutent quand même la fin du reportage. À 19 h 10, ils s'habillent en vitesse. À 19 h 35, ils arrivent au rendez-vous.

NOUS AVANT La veille, on pense à ce qu'on va porter. Le lendemain, on prévoit plusieurs heures pour se préparer, se coiffer, se maquiller, s'habiller (pas avec les vêtements qu'on a choisis la veille, on se sent dans un autre mood aujourd'hui). On voudrait arriver à l'heure, mais on décide d'être fashionably late de cinq minutes... ce qui nous fait quand même arriver en avance et nous noue l'estomac jusqu'à ce que le gars arrive... 35 minutes en retard.

NOUS APRÈS On «spotte» un autre gars qui nous intéresse dans le resto, et on part avec lui à 19 h 15. La vie est trop courte

On se tait?

EUX Ils sortent. Ils rentrent vers deux heures du matin. Au réveil, ils lisent le journal, mangent leurs rôties et partent travailler sans rien vous dire, alors qu'ils ont appris la veille que Pierre, leur meilleur ami, va se marier avec leur ex.

NOUS AVANT On raconte tout. À notre chum, nos amies, nos parents. Et on attend la même chose en retour. Au besoin, on pose évidemment les questions élémentaires «Où?», «Quand?», «Comment?», «Pourquoi?» et «Y avait-il de belles filles?»

NOUS APRÈS On ne raconte rien, à part, bien sûr, si Valérie, au bureau, baise avec le meilleur ami du chum de Vanessa. Il faut bien placoter un peu, ou toute la planète parlerait en code: «Ouain, faque c'est ça, man».

On cherche la bagarre?

EUX Ils savent défendre leur point de vue en alliant force (leurs gros poings) et charisme (leur grosse voix).

NOUS AVANT On se défend en alliant force et charisme... mais on éclate en sanglots quelques minutes après (pas notre faute, c'est le contrecoup).

NOUS APRÈS Si un automobiliste ose nous dépasser, on sort de la voiture pour l'asperger de «spraynet». On distribue des doigts d'honneur à ceux qui nous agacent (après avoir pris soin de se vernir joliment les ongles, évidemment). Et on réclame illico une augmentation de salaire... parce qu'on le vaut bien!

On a vraiment besoin de lui?

EUX On est en pleine action. On leur murmure des «huuuum» sensuels à l'oreille, pour les exciter. Surtout pour les exciter en fait, car nous, on est encore loin du nirvana. Mais oups!, on a sous-estimé l'efficacité de nos «huuuum», et hop!, ils ont leur orgasme. Puis ils se retournent, s'emparent de la manette de la télé et commencent à regarder RDS.

NOUS AVANT On ne dit rien, mais on se pose des questions: «C'est ma faute? Je suis peut-être nulle? Non, je ne suis pas nulle car, lui, il l'a bien eu, son maudit orgasme. Je suis peut-être pas normale? Et si j'étais anorgasmique?»

NOUS APRÈS «Chéri, va m'attendre dans le salon, je vais me finir toute seule.»

On se venge?

EUX On les appelle parce que tout va mal au bureau, et qu'en plus on est en SPM. Ils nous consolent. Ils disent qu'ils s'occuperont du souper et qu'ils loueront un film. Mignon. Le soir même, ils arrivent avec une pizza surgelée et Jackass: The Movie.

NOUS AVANT (surtout en SPM) On regarde Jackass: The Movie avec eux et a) on rage intérieurement; b) on éclate en sanglots chaque fois que les imbéciles à l'écran se font mal.

NOUS APRÈS Le jour où notre chum sera claqué, on lui apportera une salade et Autant en emporte le vent. Mouhahahahaha.

On ne s'épile plus?

Eux: Lorsqu'ils ne se rasent pas, on dit qu'ils ont un look wild. Lorsqu'ils ne mettent pas de déodorant, on dit qu'ils sentent «l'homme». Lorsqu'ils s'habillent mal, on dit qu'ils sont relax. Mais peu leur importe, ils font ce qu'ils veulent, et si quelqu'un les critique, ils prennent ça avec un grain de sel, car c'est le cadet de leurs soucis (métrosexuels exclus).

Nous avant: Épilation du bikini, des jambes, des aisselles, des sourcils, coiffeur, achat de vêtements griffés (dur, dur pour la carte de crédit), maquillage, traitement anticellulite, alouette!

Nous après: On se promène à la piscine les jambes pas rasées. On sort sans mettre de rouge à lèvres. On ressort nos bons vieux habits de jogging Au Cotton..., mais seulement au YWCA, sans «prospect» dans les parages. On a notre fierté quand même!

Réponse d'un vrai gars...

Que pensent les gars de notre perception de leur «espèce»? Nous avons fait lire «Égoïste... comme un vrai gars» à l'un de leurs représentants, l'humoriste Maxim Martin. Voici ce qu'il en a pensé... Attachez vos casquettes avec de la broche!

En lisant l'article, ma première réaction a été de me dire: «On parle encore de ça en 2004!» Rien de nouveau dans le discours. Si on en parle encore, c'est que ça ne se réglera jamais, fa qu'y est temps qu'on l'accepte...: c'est de même parc'que c'est de même. Je n'en peux plus de cette généralisation des hommes. Me semble que c'est évident qu'on a fait ben des efforts pour améliorer notre image et trouver une façon de vous faire plaisir... Il est peut-être temps que vous le remarquiez.

Si vous sortez avec un moron qui préfère la télé à votre compagnie et qui vous fait une petite vite quand il se sent coupable d'avoir oublié votre anniversaire, laissez-moi vous dire que vous êtes connes. On fait notre possible pour éliminer ces Cro-Magnons de notre espèce, mais vous continuez à baiser avec eux, fa qu'y continuent à se reproduire. Si vous restez dans ce genre de relation en pensant que vous allez «le changer», eh bien, vous avez deux choix:

a) Accepter votre sort en vous disant que si vous restez, c'est votre choix et non le sien.
b) Sacrer votre camp (mon conseil)! Y a ben des hommes qui sont prêts à vous offrir mieux.

À vous de vous demander: qu'est-ce qui vous a poussées vers cette relation-là? Pardon? Il était cute? Ah! C'est vrai, c'est juste les hommes qui sont superficiels... Arrêtez de nous casser les pieds avec de vieux discours du genre: «Y me respecte pas», «Y me montre pas qu'il m'aime»... Sacre ton camp ou ferme-la!

Pour les bourrelets, faites-vous-en pas, on a honte des nôtres, nous aussi. Mais vient un point où on accepte la réalité. Dans la trentaine, c'est ben dur de maintenir un six pack, à moins de faire d'la EX pis de danser dans un rave pendant 12 heures. On se laisse donc aller en espérant que vous nous aimerez pour notre personnalité, dont vous parlez tant. Et à ce que je sache, on ne vous demande rien. Rasage, épilation, cirage, électrolyse: vous le faites avant tout pour vous! Y serait temps que vous l'admettiez. Si on vous désirait poilues, vous seriez les premières à vouloir vous raser. Me semble que tout le monde est heureux là-dedans: vous trouvez cute notre laisser-aller bum et ça vous fait plaisir d'être coquette (ainsi qu'à nous). Alors, c'est quoi le problème?

Et puis, pourquoi penser comme un homme? Une chance que vous pensez, réagissez, calculez comme des femmes, c'est ce qui nous aide à être des hommes. Maxim Martin

* P.S.: En passant, je n'ai jamais sifflé ou klaxonné une femme. Par contre, il m'est déjà arrivé qu'on me pogne la poche et qu'on m'offre une fellation avant même de me faire demander «Comment ça va?».

* P.P.S.: Derniers détails. Ma maison n'est pas en désordre. Venez voir n'importe quand. Je ne connais rien aux chars, tuer un animal me fait brailler, pis soyez sûres d'une chose: on la sent, la pression de vous faire venir...

Source : www.canoe.qc.ca/artdevivresociete/aout24_04_egoiste_a-can.html




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