Définir et nommer la dyslexie

En ce début de siècle, les problèmes d'apprentissage et de comportement sont malheureusement très présents chez nos élèves. En fait, ils toucheraient 20 % des enfants d'âge scolaire. Certes, les problèmes d'apprentissage ont toujours existé mais, depuis que la scolarisation est obligatoire jusqu'à l'âge de seize ans, nous y sommes beaucoup plus souvent confrontés. Et, bien que nous ayons aujourd'hui plus de mots pour désigner ces maux, les ressources pour y remédier, elles, se font de plus en plus rares. Pourtant, ces troubles affectent énormément les enfants qui en sont atteints et, parmi ces troubles, on trouve la dyslexie.

Des recherches ont démontré que 5 à 10 % des enfants seraient dyslexiques, à des degrés divers. Parmi eux, on compte trois garçons pour une fille. Pour expliquer la dominance masculine de la dyslexie, certains chercheurs ont émis l'hypothèse qu'il y aurait tout simplement plus d'interruptions involontaires de grossesses chez les mères portant une fille dyslexique.

Qu'est-ce que la dyslexie?

Définir la dyslexie n'est pas une chose simple parce que plusieurs chercheurs ne s'entendent pas sur le terme même. Certains parlent de comportements dyslexiques, d'autres parlent plutôt du trouble spécifique d'apprentissage en lecture et d'autres encore parlent de dyslexie développementale. Toutefois, tous s'entendent pour dire que cette difficulté à apprendre à lire existe bel et bien et qu'elle serait d'origine neurologique.

Pour ma part, la dyslexie n'est pas qu'un trouble d'apprentissage en lecture. La dyslexie «est une fonction différentielle du cerveau qui se manifeste par des difficultés persistantes de lecture, d'écriture, d'épellation et de compréhension de l'écrit, et ce, en dépit d'une scolarisation régulière, d'une intelligence normale et d'un milieu socioculturel propice au développement de la lecture». (Association canadienne de la dyslexie, 1998.)

La dyslexie est un état qui amène des difficultés scolaires tout simplement parce que l'enseignement de la lecture, comme il est dispensé aujourd'hui dans nos écoles, n'est pas adapté à l'enfant dyslexique. L'enfant dyslexique a besoin d'une méthode particulière pour apprendre à lire; ce sujet fera l'objet d'un futur article. (Le présent article est le 1er d'une série de 10 portant sur la dyslexie.)

L'enfant dyslexique est un enfant intelligent qui provient de tous les milieux et de toutes les classes sociales. J'insiste sur ces deux points parce que l'enfant dyslexique a trop souvent été considéré comme un cancre ou un paresseux alors que, en fait, sa dyslexie est inhérente à sa constitution.

Origine de la dyslexie

Le psychiatre Samuel T. Orton, chef du département de psychiatrie de la State University of Iowa en 1920, fut le premier à tenter d'expliquer l'origine de la dyslexie en étudiant le cas d'un garçon de seize ans, intelligent, mais incapable de lire. Plusieurs années plus tard, Albert Galaburda, professeur de neurologie à la Harvard Medical School, conclut qu'il existe des particularités dans les cerveaux des dyslexiques.

En effet, le dyslexique a les deux hémisphères cérébraux symétriques, ce qui cause, dans un premier temps, une instabilité au niveau spatiotemporel et, dans un deuxième temps, une difficulté avec les apprentissages séquentiels. Tout ce qui relève d'une séquence ( lettres, chiffres, mois, jours, heures, etc. ) est très difficile à maîtriser pour l'enfant dyslexique. Il y a un lien au niveau séquentiel qui ne se fait pas.

Comme la lecture est une séquence de graphèmes, il n'est pas étonnant que l'enfant dyslexique ait de la difficulté à apprendre à lire. De plus, cette symétrie cérébrale cause également une instabilité à deux des aires du cerveau: Broca et Wernick. Ces deux aires cérébrales sont mobilisées pour distinguer les sons qui se ressemblent. Pas étonnant alors que le dyslexique ait de la difficulté avec les syllabes semblables comme le «ba» et le «da». Le cerveau des dyslexiques est incapable de traiter les informations qui se succèdent au rythme de quelques fractions de secondes.

De plus, comme le dyslexique a les deux hémisphères égaux, il va de soi qu'il a l'hémisphère gauche moins étendu. La partie gauche est celle qui traite le verbal de façon séquentielle, ce qui ramène le problème qu'éprouve le dyslexique avec les séquences. Il est important de noter que toute la compréhension du langage est située dans le lobe temporal gauche de même que l'attention.

La dyslexie atteint également les cellules parvocellulaires et magnocellulaires; les premières étant celles qui permettent de voir les choses en trois dimensions et les deuxièmes sont celles qui sont responsables de la sensibilité aux contrastes. L'enfant dyslexique a donc une grande capacité à voir les choses en trois dimensions mais également une grande sensibilité aux contrastes (bruit, lumière).

Comme le dyslexique a une facilité à voir les choses en trois dimensions, il n'est pas étonnant qu'il mélange certaines lettres comme le b et le d. Un crayon, qu'il soit posé sur la table ou à l'envers dans les airs, demeure un crayon. Pour le dyslexique, la lettre b, même à l'envers, demeure un b. Malheureusement pour lui, la lettre b à l'envers devient un d. Il en est de même pour les lettres p et q, n et u, m et w et d'autres encore. Toutefois, malgré la difficulté que cela peut causer sur le plan scolaire, cette force visuelle au niveau dimensionnel cache souvent d'immenses talents artistiques chez l'enfant dyslexique (ce sujet fera aussi l'objet d'un article à paraître).

En terminant, il est important de bien comprendre que l'enfant dyslexique est un enfant intelligent et que la dyslexie est inhérente à sa constitution. La dyslexie n'est ni un trouble d'apprentissage passager ni un trouble émotionnel; la dyslexie est un état. Malheureusement, cet état amène des troubles d'apprentissage en lecture, en écriture, en épellation et en compréhension de l'écrit mais, heureusement, il amène aussi une grande sensibilité et une façon particulière de voir et d'envisager la vie. Pas surprenant alors que les enfants dyslexiques fassent preuve de maturité et qu'ils soient si attachants!

Annie De Noury, M. Éd.
Spécialiste et consultante en dyslexie et directrice de l'Académie de la lecture

Source : http://www.servicevie.com/02Sante/Sante_enfants/Enfants10012000/enfants10012000.html




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