Où sont les bonnes manières ?

«Merci», «S'il-vous-plaît», «Pardon» et autres mots clés servant à la politesse de base ne sont plus courants dans le langage des jeunes. À qui la faute?

Par Ann Marie McQueen

Quand j'étais petite, j'aimais bien m'asseoir à la table familiale avec un pied sur la chaise, mon genou dépassant au-dessus de la table.

«Qui t'as invité?» demandait alors ma mère d'un ton anodin.

En fin de compte, j'ai cessé d'amener souper mon genou.

Les gens ont tendance à dire que les enfants n'ont pas de manières. En vérité, ils n'en ont jamais eu. Juste des parents pour gentiment les leur apprendre. Si ça se trouve, c'est justement cet apprentissage gentil qui a pris la clé des champs.

Dans son plus récent livre Generation Me, à propose de gens nés dans les années 70, 80 et 90, la psychologue Jean M. Twenge avance comme argument que les bonnes manières et la politesse sont en déclin parce que les gens se soucient de moins en moins de ce que les autres pensent.

Suivre les règles

«Parce que nous ne croyons plus qu'il y ait une bonne façon de faire les choses, écrit Twenge, la plupart d'entre nous n'ont pas appris les règles de l'étiquette.»

Elle souligne également que les parents ont plus de difficultés à faire passer leur message en raison des modèles prônant le manque de respect qu'offre la culture populaire.

Mais la Torontoise Louise Fox, propriétaire de Etiquette Ladies, aime mieux voir le bon côté des choses. Selon elle, bien que les enfants d'aujourd'hui aient des «McManières», ils sont en avance dans d'autres sphères. Graduée du Protocol School of Washington, elle a commencé sa carrière en enseignant l'étiquette aux gens d'affaires. Depuis deux ans, elle fait de même auprès des enfants. Maintenant, depuis trois semaines, elle offre des sessions de groupe aux enfants, dans le confort de leur foyer, au coût de 30 à 40 $ par enfant.

La demi-douzaine de parents qui ont tenu de telles sessions jusqu'à maintenant ne sont pas le moins du monde embarrassés d'admettre que leurs enfants peuvent avoir oublié le sens de «s'il-vous-plaît» et «merci».

«Quand je dis à des gens qui ont des enfants ce que je fais, explique Fox, ils disent: Mes enfants ont besoin de ça.»

Les parents manquent de temps

«Tout le monde sait à quel point les parents sont occupés, dit Fox. Les parents mettent l'accent sur certaines choses et soudain, ils réalisent qu'ils en ont oublié des bouts.»

Elle ajoute que ses services sont en demande pour plusieurs autres raisons.

Certains parents ont été élevés dans des familles «libérées» des années 60 et 70 et ne savent pas comment enseigner les bonnes manières aux enfants. Et un nombre grandissant de parents issus de pays et de cultures différents désirent voir leurs enfants apprendre les manières nord-américaines.

Non seulement met-elle l'accent sur les bonnes manières à table, comme de ne pas y déposer les coudes et garder la bouche fermée, mais elle révise les conseils de base, comme la façon de se présenter et de répondre au téléphone familial.

Et Fox précise qu'elle dispose d'un avantage marqué comparativement aux parents qui tentent d'inculquer les bonnes manières à leurs enfants: c'est la première fois qu'ils l'entendront, alors qu'ils sont exaspérés d'entendre leurs parents leur répéter la même chose.

«Il faut avoir une approche positive, les enfants y répondent bien, dit-elle. Parce que ce que les enfants n'aiment pas des bonnes manières, c'est de se faire répéter constamment par leur mère: Ne fais pas ça! Il faut corriger leurs manières, leur montrer d'avance ce qu'ils font.»

Source : http://www.canoe.com/artdevivre/societe/article1/2007/03/29/3862584-sun.html




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