Est-ce que la dépendance sociale peut représenter un facteur de vulnérabilité à la dépression ?

Plusieurs recherches visent actuellement à déterminer s'il existe des facteurs de personnalité pouvant prédisposer certaines personnes à la dépression. Par facteurs de personnalité, on entend des traits ou caractéristiques stables dans le temps, qui sont à distinguer des caractéristiques plus ponctuelles typiques de la dépression: dévalorisation, pessimisme, etc.. Ces facteurs psychologiques seraient en interaction avec des facteurs biologiques et sociologiques et les événements de la vie pour conduire à la dépression.

Une voie de recherche, depuis quelques années, porte sur les traits de sociotropie (dépendance sociale) versus d'autonomie tels que définis par une échelle mise au point par Beck (1983). La sociotropie pourrait se définir comme tout ce qui attire une personne vers les autres et qui la rend dépendante de ses relations avec les autres pour être satisfaite. La personne sociotrope attache une grande valeur aux gratifications provenant de l'intimité, du partage, de l'empathie, de la compréhension, de l'affection, de la protection, de l'approbation et de l'aide. La personne autonome attache plutôt une grande valeur à l'indépendance, la mobilité, la liberté, le choix, la réalisation de ses objectifs personnels et le développement de soi. Ces traits s'avèrent stables à travers les années. Chacun présente normalement des attitudes et comportements caractéristiques des deux catégories. Certaines personnes, cependant, ont très fortement développé la sociotropie ou l'autonomie en sous-développant l'autre catégorie de comportements et d'attitudes. Par exemples, nous voyons souvent en consultation des personnes qui sont beaucoup plus sociotropes qu'autonomes: des gens qui disent ne pouvoir passer agréablement quelques heures de solitude, trouvant alors le temps vide et ennuyeux et faisant tout pour éviter ces quelques moments de solitude; des gens qui sont centrés sur autrui, n'ayant pas développé d'activités et d'intérêts propres (autre que la réalisation de leurs tâches), pour qui la vie consiste presqu'exclusivement à être en compagnie de la famille et des amis; ou encore des gens qui n'apprécient des activités que si elles sont partagées.

Au départ, l'hypothèse de recherche voulait que la sociotropie et l'autonomie, lorsque généralisées au détriment de l'autre facette, soient des facteurs de vulnérabilité à la dépression face à des événements de vie qui touchent la sensibilité respective associée à ces traits. Par exemple, la personne sociotrope pourrait être vulnérable face à des événements comme la perte d'un soutien social et la personne autonome face à un échec professionnel. Cependant les recherches ne démontrent clairement un lien avec la dépression que dans le cas de la sociotropie (généralisée au détriment de l'autonomie, rappelons-le). Par exemple, dans un groupe de personnes déprimées, le niveau de sociotropie serait en corrélation (variant dans le même sens statistiquement) avec la sévérité de la dépression. Ces recherches sont à poursuivre cependant, certains résultats indiquant que des traits de perfectionnisme chez les gens avec des traits prononcés d'autonomie pourraient être un facteur de dépression.

Références:

Blackburn I. M., Cognitive Vunerability to Depression in Paul M. Salkovskis (ed.), Frontiers of Cognitive Therapy, Guilford, 1996.

Cottraux J. et Blackburn I. M., Thérapies cognitives des troubles de la personnalité, Masson, 1995.

Source : http://www.psychomedia.qc.ca/qfr38.htm




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