Que reste-t-il de nos amours?Les discussions sur les relations amoureuses ne laissent personne indifférent. Tout le monde a sa petite idée là-dessus et y va de son commentaire, qu’il soit fataliste ou un peu trop enjoué pour être réfléchi… C’est donc pratiquement en un seul souffle que je me suis tapé le petit dernier de Marc Fisher: Le philosophe amoureux. Dans ce brillant ouvrage, le célèbre auteur mêle les citations de grands penseurs, les histoires vécues, les cas d’espèce et les conseils pratiques. Par Julie Rose Vézina Couples et temps modernes Personnellement, je me suis toujours demandé ce qui faisait que certains individus multipliaient les amours malheureux. Eh bien, j’ai trouvé dans ce livre une réponse à la question! «Pour plusieurs, l’amour est un travail, ou en tout cas quelque chose de laborieux, comme le reste de leur vie. Et même, ils croient, ils ont la certitude profonde, si profonde en vérité qu’ils n’en sont même pas conscients, que si ce n’est pas difficile, que si ce n’est pas douloureux même, ce n’est pas… du vrai amour!» Hum… voilà qui est intéressant. L’auteur méritait d’être rencontré! Vous trouverez donc ici ma conversation avec cet amoureux qui se plaît à philosopher sur l’amour. Qu’est-ce au juste que l’amour moderne? C’est l’amour que l’on vit à notre époque, vécu à toutes les sauces par les gens d’aujourd’hui. C’est la vie quotidienne à son apogée! Il faut savoir que les mariages au IIe siècle étaient tout aussi éphémères que maintenant. C’est certain qu’on ne reviendra pas en arrière dans la longue durée des mariages puisque, de nos jours, plus personne n’est contraint de rester malheureux en couple. Avec la dénatalité et le fait que les femmes ont un revenu financier, et ne sont donc plus à la merci des hommes, il est plus facile pour elles de divorcer. Que pensez-vous vraiment de la fidélité? Est-ce un leurre ou une nécessité pour les couples qui s’aiment vraiment? Devrions-nous nous permettre l’un l’autre d’avoir du plaisir ailleurs? Je ne crois pas à ce concept d’arrangement. Ça ne peut pas être durable à mon avis. Les MTS que l’on peut contracter en étant volage laissent planer un danger bien réel sur le couple. Je sais que certains prétendent être amoureux de leur partenaire et n’avoir pourtant aucun problème à le regarder baiser ailleurs. Mais, personnellement, je n’y crois pas vraiment. Surtout que l’on sait qu’en général la femme ne triche pas seulement par désir physique: elle le fait plus souvent par amour. Je pense que ce qui est le plus dangereux pour la pérennité d’une relation, c’est d’entretenir un lien trop fermé avec l’autre. Il est illusoire de penser que le partenaire puisse combler tous nos désirs, sauf en ce qui a trait à de la sexualité, selon moi. Être un couple ouvert peut vouloir dire autre chose que d’avoir la possibilité de baiser ailleurs, ça peut juste être une question de laisser de la liberté à l’autre dans ses loisirs. Beaucoup de couples d’aujourd’hui font cela et se sentent libres là-dedans. Faire des choses ensemble et séparément. Que pensez-vous du comportement sexuel des 18-25 ans? Croyez-vous que l’on doit blâmer les parents? Je pense que le problème est plus relié à l’école et aux nouvelles possibilités que notre siècle permet, comme la navigation sur Internet, qu’aux parents. À force d’en entendre parler, on finit par penser que c’est général, mais ça ne l’est peut-être pas tant que ça. Je connais des jeunes en couple tout à fait heureux depuis des années. Seulement 10 ou 15 % de la population est totalement accro à Internet et à la porno qu’on y trouve. Mais ceux qui baignent là-dedans s’en vont dans une direction hallucinante. C’est de la consommation rapide de sexualité irrégulière, qu’ils sont incapables ensuite de retrouver avec une partenaire dans la réalité et qui les pousse donc à retourner illico à leur écran en solitaire. Et je crois que bien des êtres vivent dans une solitude qu’ils déplorent eux-mêmes justement parce qu’ils s’enferment dans les joies immodérées de la masturbation. Multipliant les rencontres avec des partenaires virtuels, ils n’ont plus de place dans leur horaire pour rencontrer des partenaires réels: Internet les conduit à une sorte d’internement. Et quand ils rencontrent des partenaires réels, ils sont si ancrés dans des habitudes «pornogra-tristes» qu’ils ne s’amusent plus; ils ont des attentes si singulières (lisez: si dégueulasses!) que, forcément, ils sont déçus et ils retournent illico à leur écran, à leur webcam et à cette camelote de silicone et de soupirs préenregistrés. Là, se félicitent-ils secrètement, les femmes savent vivre et savent aimer, et s’extasient toutes de recevoir au visage, et dans les yeux et dans les cheveux (la bouche, on n’en parle même plus!), une romantique giclée du divin sperme masculin! Je pense que certains n’auront pas d’autre choix que de se retrouver en thérapie. C’est un cul-de-sac, de l’autodestruction. Par contre, que la société soit plurielle, je crois que c’est bon parce que les différents statuts ne conviennent pas à tous. Croyez-vous à l’amour pour la vie? Il ne faut pas oublier qu’aimer pour la vie ne voulait pas dire la même chose il y a quelques siècles, quand l’espérance de vie était de 35-40 ans, que ce qu’elle veut dire maintenant qu’on vit facilement jusqu’à 80-90 ans. En plus, sans la pression religieuse qui obligeait alors les gens à se conformer, la liberté de choix est plus grande. Dans mon livre, je cite quelques grands ouvrages où l’on dit, entre autres choses, que ce sera le troisième mariage, la troisième union qui, dorénavant, se terminera avec le décès d’un des conjoints. À 40-45 ans, c’est le meilleur âge pour faire une rencontre décisive. On est plus capable de prévoir les pièges. On fait des choix moins basés sur le physique et on recherche des valeurs plus durables. C’est peut-être aussi parce qu’à cet âge on trouve le temps plus précieux, et que notre personnalité est mieux formée. Auriez-vous des conseils à donner aux amoureux désirant résister à «l’usure du temps»? Il faut savoir faire preuve de patience, laisser aller les choses un peu. Souvent, on ne veut pas voir ce qui ne marchera pas, on veut toujours donner une chance à l’amour, ce qui est louable en soi. Mais il faut également faire preuve d’un petit peu de discernement dans nos choix, en pensant d’abord à être soi-même heureux, à faire son cheminement personnel. Il faut réfléchir, mais pas trop. Il faut savoir, à chaque nouvel amour, oublier ses propres blessures, en en tirant une leçon. On se doit de n’être ni trop philosophe ni trop amoureux, en réalité. Et si l’on recherche vraiment l’équilibre, il ne faut pas essayer de sauver l’autre, puisque le déséquilibre qui vit à la base de cet être n’aidera pas à notre propre recherche d’équilibre. Les femmes se laissent parfois avoir là-dedans, elles ont une fragilité que certains hommes voient. Et elles se retrouvent le coeur en miettes ensuite. Elles y perdent beaucoup, beaucoup trop. Y a-t-il des signes évidents qu’on devrait identifier pour savoir si un partenaire est bien pour nous? Comme je suis un millionnaire paresseux (d’où le titre de mon livre précédent), je suis aussi un auteur paresseux. Aussi, j’emprunte ces cinq balles blanches à Arnaud Desjardins, qui les a lui-même empruntées à son maître spirituel, Swâmi Prajnânpad. Je me sens autorisé de céder à une paresse d’auteur à laquelle il a lui-même cédé! Cinq balles Blanches S’assembler avec quelqu’un qui nous ressemble. «Il est crucial de ne pas être trop dissemblables par rapport aux valeurs. C’est vrai que les opposés s’attirent au début, mais ils se repoussent ensuite. Quand les esprits s’éloignent, les corps aussi, par le fait même. Et puis, un niveau de compatibilité élevé donne forcément plus de chances à la relation. C’est aussi vrai si on a le même niveau de réalisation personnelle que l’autre. Je dis souvent qu’on entre dans une relation heureux ou malheureux seul, qu’on garde cette même capacité au bonheur en couple et que, si on se sépare, on retourne exactement à notre niveau de bonheur d’avant la relation. C’est comme l’huile et le vinaigre. Même si tu les mélanges pendant 20 ans, quand tu vas arrêter de brasser le contenant, l’eau et le vinaigre vont se séparer et redevenir ce qu’ils étaient au départ.» Être ami avec son conjoint Sentir que l’on est deux complices dans l’aventure de la vie, qu’on est une équipe. «De préférence, choisissez un partenaire vertueux et sensible, qui est donc capable d’amitié.» Se sentir à l’aise avec l’autre D’abord au lit, mais aussi hors du lit; seul avec lui ou elle, mais aussi avec des amis, en public, au resto, au cinéma… Vous pigez? Avoir une confiance complète en l’autre. «Ce point se rattache au deuxième en fait, à l’importance d’être d’abord des amis.» Avoir une forte envie de rendre l’autre heureux «Si on n’a pas une volonté constante de rendre l’autre heureux, ce n’est qu’une attirance physique. C’est aussi simple que ça. Source : http://www.canoe.com/artdevivre/ellelui/article1/2007/08/24/4443804-fa.html
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