Avez-vous le complexe d'Électre?

Elle doute de tout, mais surtout d’elle-même. Il tente tous les exploits pour la rassurer, mais en vain. Se référant à la mythologie grecque, Freud a identifié ce qui brouille parfois les relations amoureuses des femmes: le complexe d’Électre. C’est le pendant féminin du complexe d’OEdipe. Mais d’où vient ce déséquilibre émotif?

Par Anne Marie Parent
Parution Juillet-Août 2007

Josée, une professionnelle dans la jeune quarantaine, a tout pour elle. Sauf des relations amoureuses équilibrées. Comme tant d’autres femmes, elle n’est jamais satisfaite de sa vie de couple. Ayant sans cesse besoin d’être rassurée, elle demande inlassablement à son conjoint du moment: «M’aimes-tu? Suis-je belle? Tu es sûr que je ne suis pas trop grosse?»

Les uns après les autres, ses compagnons finissent par la quitter, tant la responsabilité de la sécuriser continuellement devient un poids. Josée est comme un puits sans fond. Elle exige d’avoir en permanence le regard approbateur des hommes qui partagent sa vie. Elle cherche à se valoriser, à nourrir son estime de soi, à construire sa confiance en soi, autant de lacunes qui n’ont pas été comblées durant son enfance. Et Josée n’est pas la seule à vivre ce mal-être qu’est le complexe d’Électre.

Une fille et son père

Amoureux de sa maman, le garçon se laisse dorloter, admirer, embrasser par la femme de sa vie; son rival - son père - est généralement absent de la maison. Par la suite, il fait d’autres conquêtes, fort de ses succès remportés à trois ans!

La petite fille n’a pas cette chance. Du haut de ses trois ou quatre ans, elle se rend compte que son prince charmant est beaucoup moins là que sa mère, qui est son opposante. Pour plaire à son papa qui rentre du travail, elle crée même des jeux de séduction: elle cherche à se blottir dans ses bras, à le couvrir de baisers, à lui faire dire qu’elle est jolie dans sa robe neuve... Elle espère un compliment, un sourire, un mot d’approbation: elle attend l’amour de cet homme.

Une présence paternelle significative dans la vie de la fillette peut résoudre le complexe d’Électre. Or, cela n’était pas aussi simple il y a 30 ou 40 ans, alors que les pères, seuls pourvoyeurs au foyer, passaient de longues heures au travail. Elles sont nombreuses, les Josée adultes, à chercher dans leur conjoint la figure paternelle.

Apprendre à s’aimer

Une des conséquences d’un complexe d’Électre non résolu est la dépendance affective. La psychologue Suzanne Vallières explique: «Si, plus jeune, on a manqué d’attention ou de reconnaissance, on peut vouloir plaire à tout prix pour lutter contre la crainte d’être abandonnée. Quand on est dépendante, on en vient à compter de manière excessive sur son conjoint pour assurer son bonheur et combler son besoin d’être reconnue et appréciée.»

Afin de se libérer de sa dépendance affective, Josée devra apprendre à s’aimer, car elle ne peut pas «retricoter» son passé. «Un travail ardu qui prend du temps, ajoute Mme Vallières. Pour y arriver, il faut savoir se faire plaisir. Au fur et à mesure qu’on prend soin de soi et qu’on est à l’écoute de ses besoins, on se valorise et on finit par s’aimer. Et l’estime de soi augmente en conséquence.»

Père absent...

Un de mes amis se plaignait que sa compagne avait constamment besoin qu’il lui dise qu’il l’aimait, qu’il n’allait pas la quitter, qu’elle était belle, qu’elle cuisinait bien... «Comment était son père, quand elle était petite?» lui ai-je demandé, le sourire aux lèvres, car je connaissais déjà la réponse. «Elle ne le voyait presque jamais parce qu’il travaillait tout le temps. Puis, ses parents ont divorcé quand elle avait six ou sept ans.» Ah! Père manquant, fille blessée! Et la seule présence de papa à la maison ne suffit pas s’il accorde peu d’importance aux réussites scolaires ou sportives de son enfant. On considère qu’il reste quand même absent sur le plan affectif.

Dans Ces pères qui ne savent pas aimer et les femmes qui en souffrent, la psychologue Monique Brillon commente les histoires de femmes qui manquent d’estime de soi en raison de «l’absence» de leur père. Selon l’auteure, «soigner la blessure du père, c’est faire la paix avec lui. Cela signifie le comprendre (...); il n’a pu nous donner ce dont il avait lui-même manqué». De son côté, Sharon Wegscheider-Cruse constate dans son livre Apprendre à s’aimer: «Bien souvent, les parents eux-mêmes n’ont pas reçu de doses suffisantes de valorisation de soi.»

Heureusement, la société change, et les hommes s’occupent de plus en plus de leurs enfants. On devrait donc voir diminuer les cas de complexe d’Électre non résolus à mesure que, dans leur plus jeune âge, les femmes auront été aimées, admirées et valorisées par leur père.

Qui est Électre?

Dans la mythologie grecque, Agamemnon et son épouse, Clytemnestre, ont trois enfants: Électre, Iphigénie et Oreste. Pendant la guerre de Troie, ce roi et chef des Grecs tue sa fille Iphigénie afin de calmer la colère de la déesse de la chasse. De retour de son long périple, il est assassiné par l’amant de Clytemnestre. Furibonde, Électre prépare longuement et en secret sa vengeance, qu’elle accomplit avec son frère. Condamnée à mort pour le meurtre de sa mère et de l’amant de celle-ci, elle sera sauvée par Apollon. Le personnage d’Électre incarne la piété filiale et la haine justicière.

Qui est OEdipe?

Personnages mythologiques chez les Grecs, Laïos et Jocaste gouvernent Thèbes. Un jour, un oracle leur annonce que leur fils, OEdipe, tuera son père et épousera sa mère. L’enfant est immédiatement éloigné du palais et recueilli par le roi de Corinthe. Les années passent. Un jour, OEdipe fuit son pays. Chemin faisant, il se querelle avec un voyageur et le tue. C’était son père, Laïos. Arrivé à Thèbes, il réussit à résoudre les énigmes du Sphinx, qui meurt. Délivrés du monstre, les habitants de la ville accordent la couronne du roi à OEdipe, et Jocaste devient son épouse. Ainsi se réalisent les prédictions de l’oracle.

En psychanalyse

La symbolique de ces personnages illustre les petits garçons qui veulent leur mère pour eux tout seuls, et les filles, qui désirent leur père. Tout à fait inconsciemment, les enfants considèrent le parent de même sexe comme un opposant.

  • Ressources
  • Geneviève Bersihand, Les filles et leurs pères, Robert Laffont, 2003.
  • Harriet B. Braiker, Ces gens qui veulent plaire à tout prix, Les Éditions de l’Homme, 2004.
  • Monique Brillon, Ces pères qui ne savent pas aimer et les femmes qui en souffrent, Les Éditions de l’Homme, 1998.
  • Pascale de Lomas, Dé-com-ple-xez!, Hachette Pratique, 2006.
  • DrWindy Dryden, Être bien dans sa peau, Éditions Broquet, 2007.
  • Pascale Piquet, Le syndrome de Tarzan: libérez-vous des lianes de la dépendance affective, Béliveau éditeur, 2006.
  • Sharon Wegscheider-Cruse, Apprendre à s’aimer, Sciences et culture, Béliveau éditeur, 2004.

Source : http://femmeplus.canoe.com/ellelui/article1/2007/07/31/4382410-fp.html




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