Chanceux d'être célibataire ?

Alors que le célibat est plus que jamais répandu, que 25 millions de Nord-Américains sont célibataires et que la fête de la « Sainte-Catherine » est l’histoire du passé, comment se fait-il qu’être célibataire soit encore si peu valorisé dans notre société, si peu apprécié par les gens qui le vivent? Doit-on absolument être en couple pour être heureux ou se sentir normal?

Qu’il soit volontaire ou « forcé », de courte ou de longue durée, le célibat offre l’occasion de se rencontrer… Si vous êtes célibataire, pouvez-vous dire que vous tirez le maximum de vos moments de rencontre avec vous-même? Vous connaissez-vous bien? Si vous vous rencontriez dans la rue, seriez-vous intéressé à vous fréquenter? Tomberiez-vous en amour(!)?

Sans aller jusqu’au culte du célibat et prétendre que le bonheur n’est possible qu’en étant célibataire, cet article s’adresse aux personnes qui souhaitent tirer davantage profit de leur célibat et en retirer une expérience positive. Tant qu’à être célibataire, pourquoi ne pas chercher à être un heureux célibataire!

Saisir les occasions qu’offre le célibat

Le célibat offre l’occasion de développer une relation de qualité avec soi-même. En se choisissant, en se donnant du temps, en se gâtant, en se fixant des objectifs pour combler ses besoins, en se faisant confiance, en s’estimant, le célibataire peut trouver un grand plaisir à se fréquenter et à jouir de son potentiel. Il peut aussi partir à l’aventure dans son monde intérieur et apprécier de se découvrir de nouvelles facettes.

Le célibat présente aussi un précieux avantage, soit une plus grande liberté. Le célibataire n’a pas à tenir compte des besoins et des opinions d’un compagnon de vie et peut ainsi être davantage à l’écoute des ses propres intérêts, réaliser ses rêves et objectifs de vie (carrière, loisirs, voyages…). Cet avantage est particulièrement important pour les personnes qui ont une grande facilité à être à l’écoute des besoins d’autrui ou qui ont une propension à s’oublier, à mettre leurs besoins de côté.

Le célibat permet également de faire des rencontres très intéressantes et de développer des relations des plus enrichissantes. « Célibat » ne veut pas dire « solitude ». Au contraire, le célibataire peut profiter de son temps libre pour développer son réseau social, rencontrer plus de gens, s’adonner à divers loisirs…

Expérience douloureuse?

Si le célibat offre de belles occasions, il peut toutefois aussi apporter de la souffrance. Peut-être certains lecteurs se retrouveront dans les témoignages de ces célibataires…

« Je suis célibataire encore une fois. Rupture récente, non souhaitée. Pour moi, le célibat est plutôt forcé. Je ressens surtout de l’injustice et de l’impuissance. »

« Je n’ai jamais vécu de relation amoureuse significative et je crains que ce projet tarde à se concrétiser. Je n’ai jamais eu de relations sexuelles et cela me cause un stress supplémentaire. Plus le temps passe, plus j’angoisse et me demande si je vais être capable de rencontrer quelqu’un et de lui plaire? »

« J’ai 34 ans et trouve difficile de vivre le célibat, surtout en tant que femme souhaitant un jour avoir des enfants. La tristesse m’envahit à l’idée que je ne réaliserai peut-être pas ce rêve. »

Certaines expériences ou blessures peuvent rendre plus difficile l’acceptation du célibat et la capacité à en tirer profit. Que faire lorsque les émotions sont si vives qu’elles troublent notre vie? Doit-on les éviter à tout prix ou au contraire les accueillir et écouter ce qu’elles ont à nous apprendre? Certaines personnes cumulent les échecs amoureux sans se remettre en question. Ont-elles de grandes peurs qui les paralysent : peur de l’intimité, peur de l’authenticité, peur de l’abandon? Ont-elles certaines difficultés en matière d’habileté sociale? D’autres personnes s’empêchent de rencontrer quelqu’un et s’acharnent à travailler sur elles-mêmes, pensant que leur façon d’être ne pourra jamais réussir en couple; elles minimisent ainsi l’influence de plusieurs variables externes, comme leur environnement et leur contexte de vie. Parfois, le recours à une aide professionnelle permet de partager ce qui leur appartient des autres variables. Ce n’est souvent qu’après bilans, prises de conscience, remises en question, modifications de certaines valeurs ou comportements qu’il sera possible de savourer le célibat.

Comment être un heureux célibataire si ce à quoi l’on aspire est une vie de couple? On peut se poser la question, car des études démontrent que moins il y a d’écart entre ce que l’on veut et ce que l’on vit, plus on est heureux… Sous le concept de bonheur repose la notion « d’adhérer à ses objectifs de vie », mais aussi celle de se donner une place à soi, à ses rêves. On peut donc conserver son souhait de vivre en couple tout en élargissant ses objectifs et en investissant sur soi. Lutter contre le célibat devient épuisant à la longue alors qu’on a besoin d’énergie pour réaliser ses objectifs, quels qu’ils soient. À l’inverse, valoriser le célibat aide à l’accepter et à se réaliser. Il va sans dire que se sentir acteur de sa vie est préférable à la position de spectateur ou de victime!

Mythes

Accepter le célibat, le valoriser, s’en servir dans la réalisation d’objectifs (personnels ou autres) permet donc d’en retirer une expérience positive. Toutefois certaines croyances peuvent nuire au processus, le ralentir ou même s’y opposer. Par exemple, être heureux en couple est préférable à être heureux célibataire; le célibat de longue durée est quelque chose de honteux; il y a peu à envier au célibat; une personne célibataire ne peut être pleinement heureuse; être célibataire implique que l’on a des problèmes personnels; une personne bien dans sa peau ne reste pas célibataire longtemps, encore moins par choix; être célibataire, c’est porter une étiquette négative (ex. : perdant). Ces énoncés relèvent de mythes malheureusement partagés par encore trop de personnes. Ils méritent d’être nuancés. Par exemple, il est vrai que certains célibataires ont des problèmes personnels qui les empêchent d’établir des relations d’intimité, mais combien de personnes vivant en couple n’ont pas de problèmes personnels? Pas besoin d’être parfait pour rencontrer quelqu’un, plusieurs couples le démontrent bien!

Briser les mythes et les préjugés négatifs ainsi que se construire un système de croyances positives permettront de tirer davantage profit du célibat. Le célibat n’est pas une maladie! Pourquoi le couple serait-il toujours l'unique point de référence? Pourquoi le célibat ne pourrait-il pas être agréable? Bien sûr, il faut s’attendre à ce que plusieurs personnes ne partagent pas cette philosophie… Mais peut-être envieraient-elles le célibat si elles changeaient d’opinion!

D’après les résultats de Statistique Canada sur l’Enquête nationale sur la santé de la population de 1994-1995, l’absence de relations intimes figure parmi les facteurs qui augmentent le risque de dépression chez l’homme et la femme. Plus spécifiquement, le célibat et une estime de soi modeste sont relevés comme facteurs de risque de dépression chez les hommes. Homme ou femme, quel sens donnons-nous à notre célibat? Avons-nous intérêt à réviser notre attitude et notre mode de vie? Quels sont nos objectifs à court et à plus long terme?

Il est grand temps de valoriser le célibat, de voir en celui-ci une intéressante occasion de se rencontrer, de mieux se connaître et de devenir responsable de son bien-être personnel. Il est possible de tirer profit de cette expérience, qui pourra être bénéfique même en couple. Alors, ne faudrait-il pas se compter chanceux d’être célibataire?

Source : http://www.socp.umontreal.ca/vies_a_vies/v15n3-1.html




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