Maîtriser le stress et prévenir le burnoutAndré Arsenault, m.d., c.r.i Historique et définitions Bien qu’en français on considère le terme stress comme un mot anglais, les saxons lui reconnaissent une racine dans le vieux mot français étrécir qui si-gnifie, encore aujourd’hui, rendre plus étroit. Mais c’est Hans Selye qui, en 1936, le propose comme terme générique pour désigner le syndrome général d’adaptation. Dans sa description classique, ce syndrome comportait trois phases : la réaction d’alarme, la résistance et l’épuisement. On peut donc dire qu’au départ, le stress désignait un processus d’adaptation à l’environnement qui ne débouchait pas nécessairement sur un échec. En effet, ses conséquences positives comme négatives peuvent se mesurer au plan intellectuel, émotionnel et physique. Par exemple, la situation d’examen peut sti-muler la maîtrise de nouvelles connaissances ou provoquer des trous de mémoire ; un divorce peut s’accompagner d’un sentiment de colère et de tristesse ou d’un soulagement à la fin d’une tranche de vie difficile ; enfin, une compétition sportive peut s’avérer l’occasion d’un dépassement ou marquer la fin d’une carrière. Depuis la fin des années 1970, on s’intéresse non seulement au stress lié à des événements ponctuels, mais aussi et davantage au stress chronique représenté par des caractéristiques plutôt permanentes de l’environnement. Ainsi, les conditions socio-économiques contribuent à déterminer des contextes de vie sur plusieurs plans : travail et profession, famille et loisirs, valeurs et institutions. Stress, valeurs et institutions En cette fin de siècle, les problèmes économiques volent la manchette à la crise des valeurs. Les institutions n’arrivent plus à soutenir les prouesses technologiques dont nos professionnels sont capables. On peut voir le stress comme le syndrome d’adaptation non seulement des individus, mais des systèmes socio politiques que l’on s’est donnés. Plus concrètement, on peut dire aujourd’hui que les entreprises agricoles, manufacturières ou culturelles, sont confrontées au stress tout autant, sinon plus, que les individus qui s’y débattent. Ainsi, le libre-échange et la mondialisation des marchés, décisions en apparence politiques et lointaines, ont un impact direct sur la vie des familles qui jusqu’à maintenant ont constitué la pierre angulaire de notre infrastructure agro-alimentaire. Il en est de même dans le secteur manufacturier où c’est la petite et la moyenne entreprise qui subit le même genre de pression que la famille agricole. Même dans le domaine culturel, la maîtrise des moyens de production et de reproduction bouscule artisans, petites sociétés d’édition et producteurs locaux. La maîtrise du stress n’exclut certainement pas les techniques et les exercices de relaxation et de mise en forme individuelle. Il n’en demeure pas moins essentiel d’agir au niveau des organisations et des infrastructures socio-économique. Il faut clarifier les rôles. Il faut éliminer les conflits de mandat et les duplications non seulement dans les entreprises mais dans les bureaucraties. Maîtriser le stress, c’est se donner le pouvoir d’agir sur les irritants à la source. Stress : Sources et conséquences On distingue aujourd’hui deux grands types d’agents stresseurs qui ont des effets opposés. Le premier type de stress est directement relié aux stimulations agréables. Au travail, ce sont les défis, les responsabi-lités, les problèmes aussi, mais surtout ceux qui sont à la porté de notre autonomie décisionnelle. C’est le type de stress qu’on qualifie souvent de positif, celui qui fait oublier la fatigue. On l’appelle aussi intrinsèque parce qu’il est rattaché aux composantes des rôles et des tâches qui sont naturellement sources de motivation. La récompense de ce genre de travail se trouve moins dans le salaire que dans le plaisir de l’accomplir. Il passe avant le repos et la détente, la vie sociale et familiale, les week-ends et les vacances. Ces travailleurs ne sont jamais malades, faute de temps. Le deuxième type de stress est relié aux irritants. C’est le stress des situations désagréables qui ont souvent tendance à se répéter à cause des rôles mal définis ou des conflits de juridiction et de territoire. Ce type de stress est spontanément perçu comme négatif et provoque des réactions de fuite ou de lutte. Quand on ne peut ni le fuir, ni le combattre, il provoque des symptômes de détresse comme la dépression, l’angoisse ou l’irritabilité. Si ces symptômes sont eux-mêmes inhibés ou interdits, on retrouvera plutôt des problèmes psychosomatiques digestifs, cardiovasculaires ou musculaires. On qualifie aussi ce stress d’intrinsèque parce que c’est beaucoup plus grâce au salaire qu’on trouve la patience de l’endurer. Stress, créativité et productivité Le stress intrinsèque stimule la créativité et la productivité dans un contexte d’assiduité irrépro-chable. Il n’est cependant pas sans risque : ses bénéfices à court terme peuvent complètement occulter des coûts importants à moyen et à long terme. Pour les victimes potentielles du stress intrinsèque, le travail est devenu beaucoup plus qu’une occupation. Il est de-venu une préoccupation, voire une obsession. Pour l’individu comme pour l’organisation, la maîtrise et la gestion du stress intrinsèque demandent une démarche active de rationalisation. Il s’agit de contrô-ler le stress de ceux qui ne sont jamais malades et de prévenir des conséquences possibles comme l’hypertension et le burnout. Le stress extrinsèque chronique lié à la persistance de conflits est, au contraire, facilement identifiable par ses effets directs apparents comme la chute de la productivité et l’absentéisme. Ceux qui ne sont pas absents n’en ressentent pas moins insatisfaction, frustration et fatigue. Dans un tel contexte, les risques d’erreurs augmentent et la sécurité des opérations peut être compromise. On néglige souvent les coûts indirects associés à la santé et à la sécurité du travail. Heureusement, la plupart de ces problè-mes sont solubles. Par exemple, un conflit de rôle au sein d’un groupe, une fois diagnostiqué et reconnu, peut devenir l’occasion d’une réorganisation créative du travail. Stress et burnout Le burnout ou épuisement professionnel peut être défini comme la maladie caractéristique du stress intrinsèque, des rôles, à la fois exigeants et insoutenables, qu’on s’épuise à vouloir tenir à la perfection. Il existe des métiers, des emplois et des professions qui sont plus attachants que d’autres. C’est pourquoi le burnout y est plus fréquent. On pense facilement à des professions comme le nursing, à des emplois comme celui de gardiens de prison. N’oublions pas non plus, le métier de parents. Il ne faut pas confondre burnout et périodes de fatigue, d’anxiété ou de démotivation que chacun, dans ses différents rôles, vit de façon épisodique. On sort de ces "mini-burnout assez" rapidement en changeant de projet, de service ou même suite à des commentaires positifs d’un client, d’un supérieur, d’un collègue ou d’un partenaire. Par contre, l’épuisement professionnel ou burnout grave, souvent confondu avec une sérieuse dépression nerveuse, peut entraîner pour ses victimes une rétrogradation ou un renvoi, quand ce n’est pas carrément une démission. Car c’est souvent le propre de la victime du burnout d’en arriver à ne plus être capable de voir, on dit aussi de "sentir ", le client, le patient, le conjoint, l’enfant. La victime d’un burnout ressemble à une personne qui a souffert d’avoir abusé d’un de ses mets favori. Au début, elle a même de la difficulté à y penser. De la même façon, la réintégration du rôle, au travail ou ailleurs, est délicate et précaire. Il faut réapprivoiser le renard, recréer le lien brisé entre l’autre et l’intérieur de soi : réapprendre à consommer le rôle sans s’y consumer. Le stress, un défi En 1985, Le Canadian Institute Of Stress estimait que les coûts du stress au Canada représenteraient environ 1,5 milliard. Depuis lors, ces coûts seraient en croissance continue d’environ 16 % par année. On affirme même que les maladies inhérentes au stress sont en voie de devenir le problème de santé mentale le plus important chez nous ; le stress remplacerait le simple rhume comme principal problème de travail au Canada. 75 % des maladies cardiaques seraient reliées au stress et 60 % des visites chez le médecin auraient une cause inhérente au stress. Même si les conséquences du stress ne font pas partie des maladies reconnues par la CSST on estime, dans certains milieux, que 34 % des indemnités de remplacement de salaire sont associées à des problèmes de santé mentale reliés au stress. Ce sont là des données plus qu’alarmantes. On ne peut laisser aller le cours naturel des choses. Les programmes de soutien et de développement des individus ont sans doute leur place. Ils permettent de gagner du temps, de minimiser les pertes et de ménager les victimes. Mais il est primordial d’a-gir sur les causes qui perturbent de façon continue l’équilibre entre les demandes de l’environnement et les capacités individuelles. Le défi pour les organisations comme pour les couples, c’est d’avoir le courage d’admettre la déficience, la faille, l’erreur de conception ou de design. L’ignorance, à court terme, peut sauver des coûts immédiats et apparents ; la négligence, à moyen terme, peut faire perdre le marché au complet. Maîtriser le stress On a souvent tendance à ne retenir que des stratégies individuelles de gestion du stress. Comme si le décor organisationnel était immuable. Relaxation, yoga, exercices aérobiques ou antigymnastique, les recettes sont nombreuses. Hélas, il n’existe pas de panacée : la détente et l’oubli n’éliminent pas les problèmes. Cependant, surtout en matière d’épuisement professionnel, c’est souvent le changement, le nouveau défi dans un contexte différent. Mais cette solution est radicale et implique une rupture, qui laisse souvent derrière des transactions inachevées ou une organisation du travail malade. Maîtriser le stress, cela veut surtout dire idenfier et reconnaître ses causes. Elles peuvent être attribuées à une mauvaise répartition des tâches et des rôles qui, dans les couples comme dans les organisations, crée un état de frustration chronique. Dans le cas du stress ex-trinsèque, c’est surtout les zones de conflit et d’am-biguïté qu’il faut éviter quoique la passion de certains loisirs crée aussi ses veuves et ses orphelins. Maîtriser le stress, c’est plus que revêtir un costume ou porter un masque. Dans le théâtre de la vie, on ne peut pas, bien sûr, réécrire toutes les pièces. Mais on peut souvent trouver les mots pour corriger certains passages. Les rôles peuvent devenir alors plus accessibles. Sinon, il est toujours loisible de changer de décor. Source : www.ampq.org/ipages/19.htm
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