Prévention des décès causés par les armes à feu
chez les enfants et adolescents canadiens

Résumé
La mortalité due aux armes à feu chez les enfants et adolescents canadien
Le développement de l'enfant et de l'adolescent
Les enfants
Les adolescents
Les risques d'une arme à feu à la maison
Les avantages d'une loi sur le contrôle des armes
Recommandations

Résumé

Chaque année au Canada, environ 1 400 personnes meurent des suites d'une blessure causée par une arme à feu1. Ces blessures se produisent lors d'une tentative d'homicide ou de suicide ou lors d'un tir involontaire (accidentel). Le nombre de victimes blessées qui survivent est beaucoup plus élevé. Les coûts que doit absorber le système de santé canadien pour soigner ces seuls survivants sont évalués à 70 millions de dollars par année2.

Parmi ce nombre, on compte des enfants et des adolescents. Les enfants de 14 ans et moins risquent davantage d'être victimes d'une blessure ou d'un homicide involontaire (accidentel), tandis que chez les 15 à 19 ans, pour qui les blessures par balle constituent l'une des principales causes de décès, les suicides à l'aide d'une arme à feu représentent la majorité des décès3.

Les étapes du développement de l'enfant et de l'adolescent rendent les jeunes vulnérables aux risques qu'occasionne la présence d'une arme à feu à la maison. En effet, les études démontrent que la présence d'une telle arme accroît la probabilité que l'adolescent réussisse une tentative de suicide à la maison4,5.

Depuis quinze ans, on s'intéresse de plus en plus au problème de santé public posé par les décès et les blessures causés par une arme à feu. Des études contrôlées impartiales et rigoureuses menées à l'aide de méthodologies statistiques acceptées prouvent l'effet bénéfique d'une loi sur le contrôle des armes à feu sur le nombre de décès causés par celles-ci6-8. Les restrictions sur les armes à feu semblent influencer davantage la jeune population que la population plus âgée9,10. En raison de la nature plus impulsive de leurs gestes, les jeunes semblent plus susceptibles de se laisser décourager par l'absence de méthodes meurtrières.

La mortalité due aux armes à feu chez les enfants et adolescents canadiens

Au pays, 23 % des Canadiens détiennent une arme à feu à domicile. Ce pourcentage varie d'un minimum de 15 % in Ontario à un maximum de 67 % au Yukon et dans les Territoires-du-Nord-Ouest11.

En 1992, 153 enfants de 1 à 19 ans sont décédés des suites d'une blessure causée par une arme à feu au Canada. La majorité (130) de ces 153 décès est survenue chez les 15 à 19 ans, à cause du nombre élevé de suicides à l'aide d'une arme à feu (103). Ces suicides constituaient alors 11% de tous les décès chez les 15 à 19 ans. La même année, le suicide parmi ce groupe d'âge représentait la deuxième cause de décès en importance, et les armes à feu, la principale méthode utilisée pour réussir une tentative de suicide. En 1992, 41% de ces suicides étaient effectués à l'aide d'une arme à feu. Si l'on compare les diverses causes de décès parmi la même population, on remarque que plus d'enfants sont décédés des suites d'une blessure causée par une arme à feu qu'en raison d'une chute accidentelle (14), d'une noyade (27) et d'un incendie (11) combinés. Le cancer (96) a réclamé moins de victimes que les armes à feu parmi les 15 à 19 ans.

Sur les 23 décès survenus parmi le groupe des 1 à 14 ans, la plupart découlait d'une blessure involontaire ou d'un homicide. Si l'on compare les décès causés par une arme à feu chez les 1 à 14 ans avec les autres causes de décès en 1992, on s'aperçoit que le nombre de décès causés par une arme à feu est supérieur au nombre de décès par étouffement. Plus d'enfants sont morts des suites d'une blessure causée par une arme à feu qu'en raison d'un empoisonnement accidentel (6) et d'une chute (10) combinés. Nous réclamons des bouchons à l'épreuve des enfants et l'étiquetage des substances dangereuses et finançons des centres de contrôle antipoison afin de réduire les décès par empoisonnement chez l'enfant.

De nombreux produits de consommation sont réglementés parce qu'ils posent des dangers pour les enfants. Selon nous, les décès causés par une arme à feu chez les jeunes enfants méritent des efforts comparables en matière de loi et d'éducation.

Le développement de l'enfant et de l'adolescent

Les enfants

Le développement des jeunes enfants ne leur permet pas de comprendre la permanence et la gravité d'une blessure causée par une arme à feu. Les jeunes enfants peuvent penser à tort qu'ils sont capables de manier une arme à feu d'une main experte malgré leur coordination motrice déficiente et leur manque de connaissances au sujet de l'usage sécuritaire des armes à feu. Une étude effectuée auprès d'enfants impliqués dans des tirs accidentels démontre que souvent, les enfants ne savaient pas l'arme chargée ou pensaient qu'il s'agissait d'une arme-jouet12. Cependant, la présence d'une arme chargée au cran d'arrêt retiré représente le facteur décisif de ces tirs. Les enfants sont dotés d'une curiosité naturelle face aux objets qui les entourent, en particulier des objets interdits. Quelles que soient les règles ou l'éducation au sujet des armes à feu, les jeunes enfants ne possèdent pas le contrôle intériorisé pour s'abstenir de jouer avec un objet tentant et interdit. Un enfant peut agir de manière impulsive et se montrer tout à fait insouciant des conséquences dévastatrices de ses gestes.

Les adolescents

Identité et influence des camarades : Alors qu'ils tentent de découvrir leur identité, les adolescents adoptent souvent des comportements qu'ils perçoivent comme «adultes». La consommation de cigarettes et d'alcool en constituent des exemples, et le maniement d'une arme peut également leur procurer une impression de maturité. En plus de désirer se donner un air adulte, les adolescents veulent que leurs camarades les respectent et les admirent, et l'utilisation d'une arme peut représenter un moyen de les impressionner13.

Sentiment d'invulnérabilité : Même si les adolescents peuvent comprendre les dommages éventuels découlant d'un comportement téméraire, ils ont malheureusement tendance à penser : «Ça ne m'arrivera pas à moi».
Indépendance : Pour l'adolescent, prendre des risques représente un moyen courant d'affirmer son indépendance. Les dommages éventuels que peut causer une arme à feu s'avèrent de toute évidence plus élevés que toute autre forme de risque.
Immaturité cognitive et émotive : Il se peut que les adolescents plus jeunes fassent partie des «penseurs concrets», incapables de généraliser à partir de cas particuliers ou d'appliquer des généralisations à des cas précis. Ils font ainsi preuve d'un manque de jugement par rapport à l'utilisation des armes à feu. L'absence de contrôle joue également un rôle dans l'expérimentation d'armes à feu.
Abus d'intoxicants : Nombre des homicides et des suicides causés par une arme à feu sont associés à un taux élevé d'alcool et d'autres substances dans le sang14. L'alcool et la drogue désinhibent quelque peu les adolescents dans leurs gestes et les incitent à adopter des comportements plus dangereux.

Les risques d'une arme à feu à la maison

Brent et ses collaborateurs, dans le JAMA (Journal of the American Medical Association)4, concluent ainsi : «La présence d'arme à feu à la maison, quel qu'en soit le type ou le mode d'entreposage, semble accroître le risque de suicide chez les adolescents». Dans un article publié dans le New England Journal of Medicine, Kellermann et Reay démontrent que «pour chaque homicide par légitime défense au domicile à l'aide d'une arme à feu, on compte 1,3 mort accidentelle, 4,6 homicides criminels et 37 suicides causés par une arme à feu»15. Autrement dit, les propriétaires d'arme risquent de tuer avec leur arme 43 fois plus dans le cadre d'une dispute conjugale, d'une tentative de suicide ou d'un accident que pour se protéger.

Les avantages d'une loi sur le contrôle des armes

Le taux de suicide au Canada a diminué dans les années suivant la loi fédérale de 1978 sur le contrôle des armes. Les suicides ont décru de manière plus significative chez les Canadiens de moins de 40 ans. Chez ces Canadiens plus jeunes, le taux de suicides commis avec une arme à feu a diminué sans pour autant s'accroître avec les autres méthodes. Ainsi, le taux de suicides total a diminué10

L'étude de Sloan et ses collaborateurs comparant le taux de suicides à Vancouver et Seattle prouve que parmi les plus jeunes groupes d'âge à l'étude (15 à 24 ans), le taux de suicides à l'aide d'une arme à feu est inférieur à Vancouver (où les lois sur le contrôle des armes s'avèrent plus strictes qu'à Seattle)9. Même si le taux de suicides effectués sans arme à feu est comparable dans les deux villes parmi ce groupe, le taux de suicides total s'avère beaucoup plus faible à Vancouver parmi ce groupe d'âge. Chez les adolescents, le suicide constitue souvent un geste impulsif, et non le résultat d'un trouble mental chronique. L'absence d'arme meurtrière peut se révéler un incitatif majeur pour que l'adolescent reconsidère son désir de suicide. Par ailleurs, il peut choisir une méthode moins meurtrière, comme l'empoisonnement, et profiter d'une intervention médicale d'urgence puis d'un traitement en santé mentale.

Recommandations

L'enregistrement de toutes les armes à feu : Selon toute probabilité un système d'enregistrement favoriserait une utilisation et un entreposage plus responsables des armes à feu et permettrait d'obliger un entreposage plus sécuritaire. Une étude récente rapporte que dans la moitié des ménages propriétaires d'un fusil, ce dernier n'a pas servi au cours de l'année précédente11. Ces ménages remettraient peut-être en question leur besoin d'arme à feu s'ils devaient l'enregistrer.

À l'heure actuelle, on ne peut qu'estimer le nombre et le type d'armes à feu en circulation au Canada. Un système d'enregistrement procurerait aux fonctionnaires de la santé une base de données nationale essentielle pour élaborer des méthodes de recherche visant à prévenir les décès causés par une arme à feu.

Des restrictions supplémentaires à l'égard des armes de poing : Les armes de poing risquent davantage d'être utilisés de manière impulsive, en raison de leur petite taille et de leur maniabilité. La mise en vigueur de normes strictes en matière d'entreposage des armes à feu : Un adolescent ou un jeune adulte déterminé franchira presque tous les obstacles pour se procurer une arme à feu, mais les plus jeunes se laissent décourager plus facilement par un mode d'entreposage sécuritaire. Le scénario le plus courant de tir accidentel chez les enfants exige la présence d'une arme à feu chargée au cran d'arrêt retiré.
L'apprentissage des dangers que représente une arme à feu à la maison pour les propriétaires d'armes à feu : Inclure la sensibilisation au développement dans le cadre des programmes d'entraînement à l'intention des propriétaires d'armes qui ont des enfants et des adolescents à la maison. Ces derniers devraient connaître les risques que les armes représentent pour leurs enfants et leurs adolescents et savoir comment réduire ces risques au minimum.

Source : http://www.cps.ca/francais/enonces/AM/am95-01.htm




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