Fondation des victimes du 6 décembre contre la violenceLe Devoir
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À l’attention de l’éditeur,
L’éditorial de Pierre Lemieux (5 juillet 2001) comporte des propos concernant la Loi sur les armes à feu forts discutables et je me permets de les rectifier dans la présente lettre.
Les familles des victimes de la tragédie survenue à l’école Polytechnique sont satisfaites de la Loi sur les armes à feu et se battent, depuis son implantation, pour la défendre. La lutte nous a menés jusqu’à la Cour suprême du Canada qui a, l’année dernière, confirmé par une décision unanime la constitutionalité de la Loi. Ceci représente une grande victoire pour tous.
Le fait est que la Loi comporte des mesures nécessaires à une protection adéquate de la population des dangers que posent les armes à feu de façon générale. Plus spécifiquement, la législation permet de garder les armes hors de la portée de ceux qui pourraient nuire à la sécurité publique. La mauvaise utilisation des armes à feu constitue un risque sérieux pour tous :
- Au Québec, un décès par jours est dû aux armes à feu et environ 260 personnes sont blessées par les balles annuellement.
- La situation est particulièrement sérieuse en ce qui concerne le suicide par balles qui est la troisième cause de décès chez les Canadiens âgés entre 15 et 24 ans.
- La grande majorité des décès par balles surviennent à domicile avec des armes de chasse légalement acquises.
Dans une optique plus pointue, le processus menant à l’obtention d’un permis est essentiel et les propos de M. Lemieux sont mal ciblés. Les armes qui font l’objet d’une possession légale sont celles que l’on retrouve le plus dans les incidents de violence domestique, les suicides et les actes impulsifs. Les formulaires de demande de permis ont été basés sur les résultats d’études portant sur la violence domestique et le suicide. Ces recherches ont identifié un certain nombre de facteurs de risques tels que les antécédents de disputes violentes et de consommation abusive de drogue ou d’alcool, l’existence d’un dossier criminel, d’une séparation définitive ou en suspens, de problèmes de dépression, de problèmes au travail et de problèmes financiers. Franchement, lorsqu’on prend en considération la légalité des armes, il est tout à fait normal que lorsqu’un individu fait une demande de permis d’armes à feu, la procédure implique une vérification des antécédents de l’appliquant et exige des références. Alors qu’il est requis d’avoir une photo sur son permis de conduire, n’est-ce pas normal de faire de même pour le privilège de posséder une arme? Il est bon de noter que jusqu’à présent, il y a eu 27 fois plus de révocations de permis que dans les cinq dernières années du programme précédent.
Quant à la section du processus portant sur la notification du conjoint, elle a été adoptée afin d’aviser ce dernier qu’une demande d’acquisition de permis d’arme à feu est en cours. Alors que l’accord du conjoint n’est pas nécessaire à l’acquisition du permis, la préoccupation de celui-ci entraîne une vérification plus approfondie du dossier. Cette partie du formulaire de demande de permis a été conçue à la suite du massacre de Vernon (1997) où Mark Chahal a abattu son épouse, de qui il était séparé, et huit membres de sa famille avant de s’enlever la vie avec une arme légalement acquise. En moyenne, 40 % des femmes tuées par leur mari sont abattues d’un coup de feu, 80 % du temps, avec des carabines ou des fusils acquis légalement. Depuis décembre 1998, la ligne sans frais de notification du conjoint a reçu plus de 22 000 appels de conjoints ou autres individus ayant des craintes relatives à leur sécurité. Il est clair que cette statistique parle d’elle-même!
Finalement, la Loi responsabilise les propriétaires d’armes à feu, ce qui les incite à entreposer leurs armes de façon sécuritaire et à signaler les pertes et les vols. L’opinion de M. Lemieux à propos des " lois liberticides et contraires à nos traditions" ne reflète pas celle de la majorité de la population. Le plus récent sondage a révélé que 94% des Montréalaises et Montréalais appuie la Loi. Clairement, les citoyens ne veulent pas d’une culture de violence et notre tradition n’a rien à voir avec des notions américaines telles que "s’armer pour se protéger. "
Nous espérons que l’opposition au contrôle des armes finira par faire une lecture adéquate de la réalité et des preuves qui en émanent; les mesures contenues dans la Loi sur les armes à feu sont nécessaires et représentent un pas important vers une meilleure sécurité publique. Comme l’a écrit la juge en chef Catherine Fraser de la Cour d’appel de l’Alberta, l’enregistrement des armes et les permis représentent "…un modeste prix à payer pour bénéficier du privilège de posséder et d’utiliser une arme dangereuse." Je vous demande : en quoi peut-on comparer l’enregistrement et les permis à la perte d’un enfant ?
Thérèse Daviau, vice-présidente
La Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence
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