Sheila Rudberg, l'âme du love

Je vivrais cent ans que je n’oublierai jamais cette femme. Je ne suis pas la seule: Sheila Twinkle Rudberg a transformé la vie de milliers de personnes — des jeunes surtout, mais pas uniquement. Parce qu’elle a pardonné, et choisi l’amour au lieu de la haine. Et décidé, tant qu’à faire, de changer le monde.

Par Janine Renaud

Sheila Twinkle Rudberg n'aime pas parler d'elle. Ce n'est ni par manque d'assurance ni par fausse modestie. Elle n'y voit aucun intérêt, tout simplement. Réservée, discrète? Peut-être. Pourtant, elle n'est pas fermée ni sur la défensive, comme il arrive souvent aux gens qu'on interroge sur eux-mêmes. Dans le salon aux canapés disparates des bureaux de l'organisme LOVE, elle répond de bonne grâce aux questions personnelles mais, toujours, bifurque avec naturel sur l'œuvre de sa vie: LOVE, dont elle est la fondatrice.

Si vous voulez que je parle de moi, je pense que LOVE, c'est moi, dit-elle. C'est la manifestation de toute ma vie.» Après un moment de silence, elle ajoute, soucieuse d'être polie et de contenter la journaliste: «Que vous dire? Ma vie est belle, je suis heureuse, j'ai beaucoup d'amis, une famille merveilleuse et deux petits-enfants.»

Oui à l'amour, non à la haine

Tout le monde utilise le surnom que sa mère lui a donné quand elle n'avait que trois mois: Twinkle! Cela signifie: «scintillement, pétillement, étincelle.» Ce surnom lui va comme un gant: ses yeux scintillent, elle pétille d'énergie et son exemple illumine un monde obscur, celui de la violence chez les jeunes. En 1993, elle a fondé LOVE (Leave Out Violence), un organisme dont le but est de réduire la violence dans notre société. «LOVE réunit des jeunes de 13 à 18 ans qui ont vécu des expériences de violence, que ce soit à titre de témoins, de victimes ou d'agresseurs», explique Caroline Simard, directrice régionale des programmes du volet francophone. Dans le cadre d'un programme qui leur permet de s'exprimer, ils apprennent ensemble à panser leurs blessures. Ils se retrouvent là sur une base volontaire ou parce qu'on les a dirigés vers cet organisme.

Twinkle Rudberg est un modèle pour ces jeunes. Son histoire les inspire et leur montre qu'on peut répondre à la violence autrement que par la violence. Son histoire? En 1972, dans une rue de Montréal, Twinkle et son mari, Daniel, voient un jeune s'emparer du sac à main d'une femme âgée. Daniel s'élance à la poursuite du voleur, le rattrape. L'agresseur, qui a 14 ans, sort un couteau et tue Daniel.

Ç'aurait pu être la fin de l'histoire et le début, pour Twinkle, d'une vie remplie de peur, d'amertume, de ressentiment, voire de haine et de désir de vengeance. Mais non. «Je n'ai jamais éprouvé de haine, déclare Twinkle. Bien sûr, j'ai ressenti de la colère devant cet événement, mais je n'ai jamais été fâchée contre le jeune. La colère et le désir de vengeance sont des pertes de temps.»

Le premier choc passé, la certitude qu'il faut faire quelque chose s'impose à elle. Il faut faire quelque chose contre la violence. Quelque chose pour les jeunes. Quoi? Elle ne le sait pas encore. Quand? Pas tout de suite car, comme tous les chefs de famille monoparentale, elle est accaparée par l'éducation de ses deux enfants et par l'obligation de subvenir à leurs besoins. Le temps passe, mais cette idée ne la lâche pas. Pendant 20 ans. Puis, enfin, Twinkle peut s'y atteler. Elle réunit des gens qui, comme elle, sont préoccupés par l'augmentation de la violence et veulent agir. Ensemble, ils mettent sur pied l'organisme LOVE. Depuis sa fondation, il y a une dizaine d'années, LOVE a rejoint des milliers de jeunes au Québec, en Ontario, en Nouvelle-Écosse, en Colombie-Britannique et, récemment, à New York.

Donner la parole

Twinkle est une femme menue, bien mise, énergique, qui ne fait pas du tout son âge - un secret bien gardé! Quand elle parle de «ses» jeunes, elle s'anime, ses yeux pétillent, elle est intarissable. Très active dans l'organisme, particulièrement pour les collectes de fonds - LOVE manque toujours cruellement d'argent -, elle trouve le temps de garder contact avec cette jeunesse qu'elle aime profondément. «Travailler avec eux, être avec eux, c'est ce que je préfère. Ils m'ont beaucoup appris, et j'apprends encore. Ils m'ont enseigné le monde.»

Le programme de LOVE est axé sur la communication. Dans un premier temps, les jeunes s'inscrivent à un atelier de photo-journalisme. Ils prennent des photos, rédigent des textes et publient un journal. Ensuite, ils participent à des ateliers de leadership qui les préparent à s'exprimer en public, dans le but de faire de la prévention. Cela les conduit à faire des présentations devant d'autres jeunes, dans les écoles, mais aussi devant des spécialistes et divers groupes d'adultes. Ce long processus de réflexion sur la violence, ses causes et ses effets, les libère peu à peu de leur souffrance.

Twinkle a la conviction profonde que les images de violence montrées à la télévision et au cinéma ont une influence néfaste. Elle souligne que, pour certains enfants, la télévision est le principal éducateur, loin devant leurs parents, absents ou surmenés. Elle s'est élevée contre ce phénomène il y a longtemps, prononçant des conférences, organisant des rencontres. À force de parler avec les jeunes, elle a constaté qu'ils avaient besoin d'une voix qui dirait ce qu'ils vivent. Si LOVE est né du désir de Twinkle d'aider les jeunes à se sortir de la violence, son programme est issu directement de leur besoin à eux, le besoin d'être entendus.

Chercheuse d'or

Infatigable, des projets plein la tête, Twinkle prend régulièrement son bâton de pèlerin pour aller semer LOVE aux quatre vents. En 2003, elle débarque à New York, rencontre les représentants du NYPD (le service de police de New York) et leur parle de LOVE. Ils sont emballés. «Cela m'a vraiment fait plaisir», s'exclame-t-elle.

Il est 15 heures, elle doit me quitter. Aidée de la directrice, Caroline, elle jongle avec son agenda pour trouver le temps de se rendre à une présentation dans une école, puis ailleurs lundi. Il est aussi question d'une autre activité, plus tard. Et elle se rassoit, car Caroline commence à m'expliquer LOVE en détail. Twinkle devrait être partie mais elle ne peut s'empêcher de parler encore un peu de ces jeunes pour lesquels elle a tant de respect et d'admiration. «Au début, ils arrivent enfouis sous les multiples couches qu'ont créées les mauvais traitements, la drogue, l'alcool, l'abandon, la dévalorisation, l'humiliation... À mesure que l'épaisseur de ces couches diminue, on découvre de l'or: de l'intelligence, un grand désir d'apprendre, des aptitudes remarquables à communiquer. Vous verrez, les jeunes que nous voyons passer ici, chez LOVE, formeront une sorte d'élite; ce sont de futurs meneurs. Regardez autour de vous, dit-elle en montrant d'un geste large les immenses photos qui ornent les murs, regardez ce qu'ils font, ce dont ils sont capables, et dites-moi donc que je me trompe!»

Info: LOVE, 514.938.0006 ou www.vivresansviolence.com

Source : http://www.canoe.qc.ca/artdevivresociete/janv11_05_love_d-can.html




Je n'accepte plus les courriels qui finissent par un
(.com) sauf ceux qui sont déjà abonnés, trop de pourriels.
Mon logiciel les détruira automatiquement.

De retour à www.suicide-quebec.net

site créé par: Isabelle