Témoignage Je suis Babette (prénom fictif), j'ai 44 ans, je suis épouse d'alcoolique et mère de 2 enfants. Brièvement, je vais relater mon enfance. Je suis la 4ème enfant d'une famille de huit enfants. Mes parents, ayant vécu dans d'autres pays moins favorisés que les nôtres, ont voulu nous transmettre la chance que nous avions de vivre dans une aisance relative. Malheureusement, moi, ce que j'ai compris de leur message, c'est que j'avais toujours tort. Lorsque je disais que j'avais envie de quelque chose, il y avait toujours plus malheureux ou plus démuni que moi, et petit à petit, je me suis sentie coupable de mes besoins, de mes sentiments, de mes envies. Puis, lorsque j'avais huit ans, mon petit frère âgé alors d'un an et demi s'est noyé alors que nous étions censés le surveiller, avec un de mes frères et une de mes sœurs. A partir de là, j'ai vécu dans la culpabilité la plus complète, me sentant coupable de vivre, alors que mon frère était mort, et ma seule raison de vivre a été de justifier mon droit de vivre. Je devais être utile aux autres, vivre dans le seul but de soulager les souffrances de ce monde. Arrivée à l'âge adulte, ce n'est donc pas un hasard que j'aie choisi en premier un métier d'aide, puis un mari alcoolique. Au début de notre mariage, je n'ai pas vraiment saisi qu'il avait un problème avec l'alcool. Je me disais que sa manière de boire, que je n'aimais pas, venait probablement de sa culture, de son pays… nous sommes de nationalités différentes. Puis, au fil des années, sa consommation a augmenté, et m'a posé de plus en plus de problèmes. Je voulais lui apprendre à boire correctement…j'ai échoué… J'ai voulu contrôler sa façon de boire, la quantité de sa consommation, entretenant en moi l'illusion que si je savais ce qu'il buvait, je contrôlais quelque chose… total, j'ai échoué, j'ai passé des heures chaque jour à rechercher l'alcool qu'il achetait et cachait…lorsque je le trouvais, j'étais désespérée par la quantité qu'il allait boire, lorsque je ne le trouvais pas, j'étais désespérée, car je ne savais pas ce qu'il allait boire !!! J'ai cessé d'inviter qui que ce soit à la maison, tellement j'avais honte de ses comportements. Petit à petit, je me suis isolée, j'ai perdu le contact avec mes amis, ma famille en partie. D'échec en échec, je me sentais de plus en plus coupable… Je n'étais certainement pas la femme qu'il lui fallait, je ne l'aimais certainement pas assez, je n'étais pas capable… et j'ai lentement, mais sûrement perdu toutes traces d'estime de moi, de respect de moi, d'amour et de confiance en moi. Parfois, je me haïssais, parfois je le haïssais. Je lui en voulais de ce qu'il nous faisait subir, à moi et à nos enfants, et je m'en voulais de ne pas pouvoir arranger tout cela. J'avais honte de lui. J'avais honte de moi. Finalement, j'en suis arrivée au point de rupture. De rupture avec moi-même. J'ai complètement craqué nerveusement et me suis retrouvée dans la plus noire des dépressions. Envie de mourir, de ne plus souffrir, de ne plus rien ressentir. Puis, tout à coup, une lueur s'est faite. Mon médecin m'avait parlé en son temps des groupes familiaux Al-Anon. Lorsqu'il m'en avait parlé, je n'avais pas voulu entendre, je ne voulais pas d'un nouvel espoir éventuel qui serait encore déçu. Mais là, j'ai baissé les bras et étais prête à accepter n'importe quelle aide. Bien m'en a pris. Petit à petit, j'ai compris que l'alcoolisme était une maladie, que je n'en étais pas la cause, que je n'en étais pas responsable et que je ne pouvais pas la soigner. Par contre, je pouvais apprendre à m'occuper de moi, ce que je n'avais jamais appris. Un jour à la fois, j'ai mis en application les différentes suggestions que j'entendais dans les groupes. Je me sentais moins seule… je n'étais plus la seule dans cette situation, d'autres que moi avaient vécu des situations similaires… et je les voyais rire, bien vivre… donc, cela était à ma portée aussi. J'ai appris que je pouvais aimer l'alcoolique, mais que je pouvais ne pas aimer sa maladie. J'ai appris que si je veux pouvoir être d'une aide quelconque pour autrui, il faut que moi j'aille bien d'abord, j'ai appris…tant de choses !!! Aujourd'hui, je vais bien. J'ai changé ma perception des choses, j'ose ressentir ce que je ressens, les choses positives comme les choses difficiles, j'ai changé mes attitudes, j'ai appris à lâcher prise, à ne plus me sentir responsable de tout et de tous… je suis responsable de ma vie, c'est déjà bien assez. J'exprime mes besoins et mets en œuvre ce qu'il est nécessaire pour les réaliser. Si je ne suis pas d'accord avec quelque chose, j'ose le dire. J'ose être heureuse, j'ose vivre le moment présent sans prévoir le pire pour demain. Si j'ai des torts, j'essaie de les admettre au plus vite et de les réparer dès que c'est possible. L'automne passé, mon mari a eu une grave rechute de sa maladie, après quelques années d'abstinence. Après un premier sevrage, il a décidé de refaire une cure plus approfondie. Lorsque je l'ai amené là où il allait faire sa cure, dans la voiture, il m'a dit environ ceci : "Tu remercieras Al-Anon et tous tes amis Al-Anon. Ce qui m'a le plus aidé dans ma rechute, c'est que tu restes une personne entière, debout, qui ne dramatise pas, ni ne minimise le problème, qui a su m'aimer et me respecter malgré ma ré-alcoolisation." J'ai été très heureuse de ces mots, car si moi, je m'étais effectivement sentie mieux, bien dans ma peau malgré sa rechute, c'était un cadeau d'entendre que lui aussi, cela l'avait aidé. Je crois profondément que ma nouvelle manière d'être et de vivre a aussi aidé nos enfants à s'exprimer sur ce qu'ils ressentaient lors de la rechute de leur père, sans peur d'être jugés ou abandonnés, reniés. J'ai une profonde reconnaissance envers Al-Anon pour tout ce que cela m'a apporté. Un nouveau mode de vie, une nouvelle estime de moi, une confiance en moi, et une aisance dans la vie qui se répercute tant dans ma vie personnelle que dans ma vie sociale, familiale ou professionnelle. Merci, Babette Source : http://www.al-anon.ch/francais/temoignages/TemoignageBabette.htm
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