Pourquoi le stress peut-il conduire à la dépression ?Cette question pourrait être abordée en considérant différentes facettes de l'engrenage du stress. Nous considérons ici la facette physiologique. Dans notre dossier sur la dépression nous expliquons que cette dernière résulte de l'interaction d'un ensemble de facteurs (causes) biologiques (génétiques et physiologiques), psychologiques (cognitifs, émotifs et comportementaux) et sociaux qui s'inter-influencent. Selon un modèle récent, décrit par Dr. Teboul dans Le clinicien (voir plus bas), un facteur physiologique conduisant à la dépression serait un dérèglement de la réponse de l'organisme au stress. Nous résumons très succinctement ce modèle dans ce qui suit. Le prochain paragraphe exige une bonne concentration. N'hésitez pas à vous y attaquer, il est compréhensible pour un profane et jette une lumière intéressante sur ce qui se vit dans l'engrenage du stress. En réponse à un stresseur, des cellules nerveuses du cerveau sécrètent de la corticolibérine et de la noradrénaline qui agissent 1) pour favoriser des attitudes et comportements adaptés à la situation stressante et 2) pour déclencher la sécrétion de glucocorticoïdes (dont le cortisol) et d'adrénaline qui permettent à l'organisme de faire face aux stresseurs en mobilisant et orientant l'énergie vers les muscles et le système cardiorespiratoire (en prévision de l'attaque ou de la fuite). Afin que la réponse au stress ne se prolonge pas indûment, elle est "dotée d'un frein": les glucocorticoïdes amènent une diminution de la production de corticolibérine et de noradrénaline. Ce mécanisme d'inhibition (arrêt de la réponse) deviendrait défectueux lorsque les facteurs de stress sont répétitifs, incontournables et chroniques. C'est ainsi que la réponse physiologique et comportementale au stress se prolonge, "ce qui produit un syndrome inadapté.(...) L'accroissement de la vigilance et de l'état de veille, adaptatif dans une crise aiguë, devient de l'hypervigilance et de l'anxiété quand la réponse au stress se prolonge. De façon similaire, la focalisation de l'attention devient de l'obsession, et l'agressivité adaptée devient de l'impatience et de l'irritabilité. Les fonctions alimentaires, le sommeil et la sexualité, non essentiels en situation de stress aigu, sont supprimés, et en se "chronicisant", deviennent donc l'anorexie, l'insomnie et la baisse de la libido qui sont les symptômes classiques de la dépression majeure." On comprendra facilement que cette réponse prolongée au stress épuise les ressources de l'organisme et s'accompagne et/ou entraîne d'autres symptômes de la dépression: manque d'énergie, d'intérêt, de concentration, humeur dépressive, évaluations négatives de soi-même, de l'environnement et de l'avenir. Les antidépresseurs auraient une action indirecte sur ce système de réponse au stress en agissant par le biais de la noradrénaline et de la sérotonine. Référence: Dr. Eric Teboul, Dépression majeure: quand la réponse au stress se détraque dans Le clinicien, oct. 1997.
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