QUELS SONT LES FACTEURS QUI JOUENT UN RÔLE DANS LA VIOLENCE À L'ÉGARD DES PERSONNES ÂGÉES ?La violence commise à l’égard des personnes âgées est un problème complexe qui n’a pas qu’une seule explication. De nombreux facteurs ont été étudiés dans la littérature — et l’ESG de 1999 a aussi fourni des renseignements sur des facteurs de risque particuliers (voir l’encadré) —, mais les recherches doivent se poursuivre. Certains des sujets étudiés par les chercheurs sont examinés dans la présente section. Âge et état de santé Les personnes âgées qui sont fragiles ou invalides sur le plan physique (ou dont les capacités physiques se détériorent) et celles qui ont une déficience cognitive (ou qui perdent graduellement leurs capacités intellectuelles) peuvent être plus vulnérables face à la violence. C’est le cas, par exemple, de celles qui vivent dans des établissements de soins de longue durée du fait qu’elles ont déjà besoin du milieu protecteur d’un établissement(18). Sexe Les données nationales ont révélé qu’il existe certains liens entre le sexe et la violence commise à l’égard des personnes âgéesÉtat psychologique et comportement des agresseurs : stress du fournisseur de soins, violence comme comportement appris et psychopathologie des agresseurs L’idée selon laquelle la violence découle du stress du fournisseur de soins (qui doit composer avec la déficience physique ou mentale des personnes âgées) a été souvent abordée dans la littérature. La preuve dont on dispose à cet égard est cependant limitée, et certains chercheurs ont souligné que de nombreux fournisseurs de soins qui vivent des situations stressantes n’ont pas recours à la violence(21). Certains chercheurs ont suggéré que les personnes qui violentent des personnes âgées peuvent avoir appris ce comportement en étant eux-mêmes témoins ou victimes de violence. Par exemple, les enfants d’âge adulte qui sont violents à l’égard de leurs parents peuvent avoir appris ce comportement de ces derniers. Ce ne sont cependant pas tous les fournisseurs de soins qui ont été maltraités dans leur enfance qui maltraitent ensuite les personnes âgées(22). Une autre recherche quelque peu controversée sur le facteur de risque a porté principalement sur le rôle de la psychopathologie de l’agresseur, notamment la consommation abusive d’alcool et d’autres drogues et les problèmes de santé mentale(23). Dépendance Selon certains chercheurs, il pourrait exister un lien entre la violence et la dépendance physique, émotive ou financière entre l’agresseur et sa victime âgée. Par exemple, des aînés qui deviennent de plus en plus impuissants, vulnérables et dépendants des personnes qui les soignent peuvent être plus susceptibles d’être maltraités. D’autres recherches ont démontré l’inverse — dans certains cas, les agresseurs peuvent en fait être dépendants des personnes âgées qu’ils maltraitent — et la violence peut être liée au sentiment d’impuissance des agresseurs(24). Antécédents de violence De nombreux chercheurs ont supposé que la violence conjugale chez les aînés est la continuation de longues années de violence conjugale, ou d’une forme « vieillie » de violence conjugale(25). Les données sur les homicides recueillies pour les années 1997 à 2000 indiquent que 43 p. 100 des personnes accusées d’homicide à l’endroit d’un membre âgé de leur famille avaient des antécédents de violence à l’égard de cette personne(26). Facteurs environnementaux et systémiques Dans les établissements et les systèmes de soins, de nombreux facteurs peuvent rendre les personnes âgées plus vulnérables à la violence(27). Les établissements peuvent être situés loin de la collectivité dans laquelle vivait auparavant la personne âgée, et ils peuvent ne pas donner aux résidents accès à des activités communautaires ou traditionnelles (notamment la nourriture et le langage traditionnels) ou leur permettre d’y participer(28). Les fournisseurs de soins dont la formation est déficiente peuvent ne pas posséder la sensibilité, les connaissances et les compétences nécessaires pour s’attaquer aux comportements violents (ou éviter de les adopter). Ils peuvent subir un stress élevé et être épuisés, ce qui pourrait contribuer à la violence. Par ailleurs, il est possible qu’il n’y ait pas dans les établissements des procédures et des politiques assurant une protection adéquate contre les situations préjudiciables, ou que les normes de l’établissement ne soient pas bien appliquées. Sur le plan systémique, il peut y avoir une absence de lignes de conduite complètes à l’égard des personnes infirmes, et le fait que les encouragements financiers intégrés dans le système de soins prolongés puissent contribuer à des soins de mauvaise qualité préoccupe certains chercheurs(29). Facteurs sociaux Les attitudes sociales négatives à l'égard du vieillissement et la discrimination exercée contre les personnes âgées dans la société(30) qui dévalorisent les aînés peuvent contribuer à la violence. Les personnes âgées peuvent aussi être plus vulnérables à la violence en raison de facteurs touchant à la fois les individus et les collectivités, notamment les conditions de vie (logement inadéquat, isolement géographique), le chômage, le déplacement(31), la colonisation(32), le racisme, l’homophobie, l’invalidité, la vulnérabilité économique (y compris la pauvreté), l’isolement social(33), les aptitudes linguistiques et les capacités de lecture et d’écriture, et le manque d’accès aux services communautaires et de santé, au logement, aux établissements de soins de longue durée et au système de justice pénale. Bon nombre des facteurs qui accroissent la vulnérabilité des personnes âgées à la violence peuvent aussi aggraver les effets de la violence. L’ESG de 1999 a révélé que la violence émotive et l’exploitation financière des personnes âgées se produisent dans tous les groupes socio-économiques, mais les caractéristiques suivantes, entre autres, sont associées à des taux plus élevés de victimisations émotives et financières :
- près de 65 p. 100 de toutes les personnes âgées victimes de violence familiale en 2000 (selon un sous-ensemble d’organismes policiers) étaient des femmes;
- les données sur les homicides indiquent qu’entre 1974 et 2000 les femmes âgées étaient plus susceptibles d’être tuées par leur conjoint que les hommes âgés. Plus de la moitié (52 p. 100) des femmes âgées victimes d’homicide familial ont été tuées par leur conjoint, comparativement à un quart (25 p. 100) des hommes âgés. Par ailleurs, les hommes âgés étaient deux fois plus susceptibles que les femmes âgées d’être tué par un fils adulte (42 p. 100 contre 24 p. 100)(19);
- dans l’ESG de 1999, une plus forte proportion d’hommes âgés (9 p. 100) que de femmes âgées (6 p. 100) ont déclaré être victimes de violence émotive ou d’exploitation financière par des enfants adultes, des fournisseurs de soins ou un conjoint(20).
- le fait d’être un homme
- le fait d’être divorcé ou séparé
- le fait de gagner un revenu entre 30 000 et 39 999 $, ou de 60 000 $ ou plus
- le fait d’avoir effectué des études postsecondaires
- le fait de vivre dans une région rurale(34).
QUELS SONT LES SIGNES AVANT-COUREURS DE LA VIOLENCE ?Les signes suivants, entre autres, peuvent indiquer qu’une personne âgée est victime de violence :Note 18 Beaulieu et Bélanger, 1995, cités dans Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 20 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 19 Canada. Statistique Canada. Centre canadien de la statistique juridique. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2002. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2002, à la p. 34. 20 Canada. Statistique Canada. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2000. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2000, aux p. 30 et 31. 21 Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 32 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 22 McDonald, et al., 1991, Phillips, 1986, McDonald, 1996, Scogin et al., 1992, Pillemer, 1993, Pittaway et Westhues, 1993, cités dans Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 32 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 23 Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 37 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 24 Phillips, 1986, Pillemer et Wolf, 1986, Homer et Gilleard, 1990, Pillemer et Suitor, 1992, cités dans Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 33 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 25 Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 34 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 26 Canada. Statistique Canada. Centre canadien de la statistique juridique. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2002. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2002, à la p. 35. 27 La violence systémique désigne les procédures et processus au sein des établissements qui permettent la création ou le maintien de situations préjudiciables. Canada. Statistique Canada. Centre canadien de la statistique juridique. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2002. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2002, aux p. 29 et 30. 28 Charmaine Spencer, « Abuse and Neglect of Native Elders », dans Mary Russell et al. (éd.). Stopping the Violence, Changing Families, Changing Futures. British Columbia Institute on Family Violence, 1996, à la p. 24. 29 Marie Beaulieu et Lise Bélanger, « Interventions in Long-Term Care Institutions with Respect to Elder Mistreatment », dans Michael J. Maclean (éd.). Abuse and Neglect of Older Canadians: Strategies for Change. Ottawa et Toronto, Association canadienne de gérontologie et Thompson Educational Publishing Inc., 1995, aux p. 28 à 32. Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, aux p. 23 et 24 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet. 30 Canada. Statistique Canada. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2000. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2000, à la p. 29; Harbison, 1999, cité dans Canada. Statistique Canada. Centre canadien de la statistique juridique. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2002. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2002, à la p. 30; Canada. Santé Canada. Mauvais traitements et négligence à l’égard des aînés : Document de travail. Préparé par L. McDonald et A. Collins pour l’Unité de la prévention de la violence familiale. Ottawa, Santé Canada, 2000, à la p. 40 (en ligne) (consulté le 6 février 2003). Disponible sur Internet; Marie Beaulieu et Lise Bélanger, « Interventions in Long-Term Care Institutions with Respect to Elder Mistreatment », dans Michael J. Maclean (éd.). Abuse and Neglect of Older Canadians: Strategies for Change. Ottawa et Toronto, Association canadienne de gérontologie et Thompson Educational Publishing Inc., 1995, à la p. 29. 31 « Déplacement » signifie être retiré de sa propre langue, culture, famille et communauté. Le déplacement est un problème qui a touché les enfants autochtones envoyés dans des pensionnats et leurs familles, ainsi que les immigrants et les réfugiés au Canada. 32 La « colonisation » est « la tutelle qui a été imposée aux peuples autochtones depuis l’arrivée des Européens. Les Autochtones lui attribuent la perte de leurs territoires, de leurs ressources et de leur autonomie, ainsi qu’une perturbation profonde de leur mode de vie et de leurs valeurs culturelles. » Source : Emma D. LaRoque. La violence au sein des collectivités autochtones. Reproduit de l’ouvrage Sur le chemin de la guérison, avec l’autorisation de la Commission royale sur les peuples autochtones. Ottawa, Santé Canada, 1994, à la p. 73. 33 Les renseignements sur les facteurs qui augmentent la vulnérabilité à la violence sont fondés sur les publications suivantes : Canada. Santé Canada. Comme un oiseau sans ailes : Éloge au courage et à l’endurance des femmes maltraitées qui ne parlent ni l’anglais ni le français. Préparé par Linda MacLeod et Maria Shin. Ottawa, ministère des Approvisionnements et Services, 1994; Canada. Santé Canada. Isolées, apeurées et oubliées : Les services aux immigrantes et aux réfugiées qui sont battues : besoins et réalités. Préparé par Linda MacLeod et Maria Shin. Ottawa, Santé et Bien-être social Canada, 1990; Rosalind Savary, « Le racisme combiné au sexisme : La violence envers les immigrantes et les femmes de minorités visible », Vis-à-vis, no 12, à la p. 1. Ottawa, Conseil canadien de développement social, 1994; Canada. Santé Canada. La violence dans les relations entre lesbiennes : Renseignements et ressources. Préparé par Laurie C. Chesley, Donna MacAulay et Janice L. Ristock. Ottawa, ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, 1998; Beth Leventhal et Sandra E. Lundy (éd.). Same-Sex Domestic Violence: Strategies for Change. Thousand Oaks, CA, Sage Publications, Inc., 1999; Canada. Ministère de la Justice du Canada. Rapport de recherche : Étude ontarienne sur les mauvais traitements infligés aux femmes en milieu rural(ORWAS) : Rapport final. Préparé par Lorie Biesenthal, Lynne Dee Sproule, Mary Nelder, Susan Golton, Donna Mann, Denise Podovinnikoff, Inge Roosendaal, Shellie Warman et Donna Lunn. Ottawa, ministère de la Justice du Canada, 2000; Canada. Ministère de la Justice du Canada. Obstacles à la justice : Les femmes de minorités ethno-culturelles et la violence familiale : Document de travail préliminaire. Préparé par Nahid Roboubi et Sharon Bowles. Ottawa, ministère de la Justice, 1995; L’Institut Roeher Institute. Harm’s Way: The Many Faces of Violence and Abuse Against Persons with Disabilities. Toronto, L’Institut Roeher Institute, 1995; Alliance de cinq centres de recherche sur la violence. La prévention de la violence envers les filles : Rapport final. Recherche subventionnée par Condition féminine Canada, 1999; Canada. Santé Canada. Défaire les liens entre la pauvreté et la violence faite aux femmes. Préparé par Jane Gurr, Louise Mailloux, Dianne Kinnon et Susan Doerge. Ottawa, ministère des Approvisionnements et Services, 1996; Commission du droit du Canada. La dignité retrouvée : La réparation des sévices infligés aux enfants dans les établissements canadiens. Ottawa, ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, 2001; Emma D. LaRoque. La violence au sein des collectivités autochtones. Reproduit de l’ouvrage Sur le chemin de la guérison, avec l’autorisation de la Commission royale sur les peuples autochtones. Ottawa, Santé Canada, 1994; Canada. Santé Canada. La violence familiale au sein des collectivités autochtones : Une perspective autochtone - Renseignements du Centre national d’information sur la violence autochtone. Préparé par Karen Green. Ottawa, Santé Canada, 1996. 34 Canada. Statistique Canada. Centre canadien de la statistique juridique. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2002. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2002, à la p. 31. Voir aussi Canada. Statistique Canada. La violence familiale au Canada : Un profil statistique 2000. No de cat. 85-224, Ottawa, Statistique Canada, 2000, aux p. 6, 30 et 31. 35 Judith Wahl et Sheila Purdy. Elder Abuse: The Hidden Crime. Toronto, Advocacy Centre for the Elderly and Community Legal Education Ontario, 2002, à la p. 4. Source : http://www.justice.gc.ca/fr/ps/fm/adultsfs.html Ministère De La Justice Canada
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