La partie sombre de la vieillesseChronique du mardi, 15 janvier 2002 La violence contre les personnes âgées est une disgrâce pour une société dite moderne et évoluée. Idéalement, toute forme de violence à l’égard de n’importe quel être humain, jeune ou vieux, ne devrait pas exister. Cela tenant de l’utopie, mieux vaut dénoncer les cas les plus criants. À la suite du dépôt, cet automne, du rapport de la Commission des droits de la personne portant sur l’exploitation des personnes âgées, les journaux et les médias électroniques ont fait leurs choux gras de la situation désolante qui afflige bon nombre d’aînés. Dans son rapport, L’exploitation des personnes âgées, vers un filet de protection resserré, la Commission décrit en long et en large le phénomène et suggère une série de correctifs pour améliorer la situation. Quant à la pertinence de créer une loi sur la protection des droits des aînés, les membres de la Commission sont d’avis qu’une telle loi spécifique « brimerait inévitablement les droits fondamentaux des personnes visées, ce qui serait contraire à l’esprit et à la lettre de la Charte des droits et libertés de la personne ». Bref, les mécanismes existants sont suffisants, il ne reste qu’à y recourir lorsque la situation l’exige. Et c’est là que les problèmes commencent. Le principal obstacle demeure le refus des victimes elles-mêmes de rapporter leur cas aux autorités. Car, le plus souvent, le responsable des mauvais traitements est un proche, un membre de la famille, ou encore un aidant à qui on a fait confiance. Pas évident alors de briser ce lien, de dénoncer celui ou celle qui représente parfois la dernière personne « significative » dans leur entourage. Et lorsqu’il s’agit de leur propre enfant, la honte et la tristesse freinent souvent toute démarche, judiciaire ou autre. De son côté, la Première chaîne de Radio-Canada consacrait, peu de temps avant la période des fêtes, une émission spéciale de la Tribune du Québec sur la place des aînés dans notre société. Plus particulièrement, on a abordé la dure réalité des résidants en centres d’accueil. Réunis en studio avec l’animateur Michel Lacombe, divers intervenants ont exprimé leur point de vue et une ébauche de solution. Pas tout à fait réjouissant. La réflexion est loin d'être neutre : il est question ici de dignité humaine, de soins de base appropriés, de qualité de vie et, ultimement, de la mort, celle d’un proche et, à terme, de notre propre mort. Dans le reportage précédant la discussion, plusieurs témoignages entendus donnaient froid dans le dos. On aurait dit une porte ouverte sur un mouroir. « Le pire, disait l’un, ce ne sont pas les contraintes physiques, mais plutôt l’absence d’espoir que nous renvoie le regard des autres. » Le confinement de l’esprit. Pathétique, aussi, l’histoire de cette pauvre dame qui a perdu au fil du temps à peu près tous les êtres chers qui ont participé à la trame de sa vie. Ou encore celle de ce monsieur fatigué de vivre, délaissé, peu stimulé, attendant avec résignation le passage de la Grande Faucheuse. Quelle triste façon de vivre le dernier droit de son existence. On a beau revoir dans sa tête les images positives de toutes ces personnes qui vieillissent sereinement, n’empêche que ça dérange… Bien des choses ahurissantes se passent dans les foyers pour retraités : un bain par semaine, dix minutes pour avaler son repas parce que le personnel est débordé ou encore les jérémiades d’un voisin avec qui on doit vivre une intimité forcée. Mais, à la lumière de tous ces témoignages, il m’a semblé que ce dont ces personnes ont le plus besoin, c’est d'une présence. Pour être écoutées et se sentir rattachées à la vie. Pour sentir qu’elles existent encore pour quelqu’un ou quelque chose. Source : http://www.carrefour50ans.com/chroniques.asp?ID=583&UsrID=49
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