Être grand-mère, un art qui se perpétue

La femme ne choisit pas d’être grand-mère, ce rôle lui est imposé depuis toujours de par des lois naturelles et familiales solidement établies. Les liens qui se créent entre elle et ses petits-enfants sont surtout faits de tendresse et de confiance. Son rôle en est donc un de tendre support, d’écoute et de conseils glissés en douce. De biscuits et de gâteaux aussi.

L’art d’être grand-mère est en soi un art facile parce que naturel. Pourtant, il a bien changé au fil des ans. Autrefois, la grand-mère était la personne la plus respectée de la famille. On la consultait pratiquement sur tout. Qu’on se souvienne de ces personnes qui trônaient au-dessus des rois et les guidaient de leurs conseils, pas toujours judicieux, bien sûr, mais combien suivis.

L’entrée des femmes sur le marché du travail, après la dernière guerre, a apporté une évolution certaine au rôle des grands-mères. Elles sont devenues les suppléantes des mères. Leur présence dans la famille devint indispensable. On les respectait encore, on les aimait et on leur confiait ses petits secrets. On était fier de poser en leur compagnie, on mettait l’accent sur les générations regroupées autour d’elles. Les enfants parlaient d’elles avec tendresse, respect et parfois avec un peu de crainte dans la voix.

Les quatre dernières décennies ont tout chambardé. Au nom de la liberté individuelle, le mot respect a presque été banni du vocabulaire de l’enfant et aussi, il faut le dire, de l’adulte. Les grands-mères sont devenues les dépanneuses les plus sollicitées. Parfois, elles remplacent carrément les parents dans des familles défaites et redéfaites. Les enfants sont devenus pour elles des êtres déchirés à consoler. Finies les relations de tendresse et de confiance, les leurs sont devenues celles de parents parce que chargées aussi d’autorité et d’interdits.

De nos jours, bien des grands-mères occupent toujours une place de choix auprès de leurs petits-enfants. D’autres, prises elles aussi dans le tourbillon de la libération féminine, plus jeunes de cœur et d’esprit, plus ouvertes au monde, se sentent un peu prisonnières de la famille. Ce qui ne les empêche pas de jouer leur rôle auprès de leurs petits-enfants. Elles possèdent toujours cet art d’écouter et de tendre les bras sans jamais rien exiger d’autre en retour.

Blandine Delisle

source : http://www.cssmi.qc.ca/arssmi/Le_Colporteur/Vol3_no1_Textes/Grand_mere.htm





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