Premiers (faux) pas

Premiers (faux) pas
1 + 1 = 0
Amer surendettement
La médiation de dettes
Du tic aux T.O.C.



Premiers (faux) pas

Judith n'a plus un balle ! Elle est sur la paille, raide, ruinée ! Cela fait des lustres que ses 70 €uros d'argent de poche mensuel sont engloutis dans le remboursement de ses dettes à ses deux meilleures copines. Les autres, elle les évite, marre des " derniers rappels ", menaces et autres ultimatum. Piquer à ses parents, elle n'aime pas. Elle ne le fait plus. A son petit frère, c'est moins grave… Mais il a aussi nettement moins de blé. Judith préfère se servir directement dans les boutiques, surtout de fringues. C'est ça qu'elle aime, les fringues ! C'est plus fort qu'elle, surtout quand tout a tendance à foirer dans sa vie. Elle est plutôt bien foutue. Elle voudrait être mannequin, chez Dior ou chez JPG.

T'en connais, des Judith, des Pascal, des Carine, des Bertrand, des Adèle, des Maxime ou des Michael, incapables de garder 5 €uros en poche plus de 2 heures ? C'est " plus fort qu'eux ", irrésistible. Un peu comme chez une personne accro d'un produit. Voilà des candidats qui pourraient être tout désignés à la galère et au surendettement.

Le proverbe bien connu " L'argent ne fait pas le bonheur " est surtout cité par des gens qui en ont ! En avoir assez, ça aide quand même pour le bonheur ! Le tout est dans ce que l'on entend par " assez ". L'argent doit rester un moyen, ne doit pas devenir un but en soi. Un danger est de devenir obsédé(e) par le fait d'avoir toujours plus d'argent… par n'importe quel moyen... Un autre est de vivre au-dessus de ses moyens…

1 + 1 = 0

Mathématiquement, la gestion d'un budget ne devrait poser de problèmes à (presque) personne. Même si tu n'as pas la boule des maths, lis ce qui suit sans stresser, sûr que tu vas piger. Le grand principe pour ne pas se planter, c'est qu'il faut que les recettes (" les rentrées ") soient au moins égales aux dépenses (" les sorties ". Non, pas tes escapades les samedis soir, les sorties d'argent !).

Côté recettes, …

+ il y a d'abord tout ce qui tombe régulièrement dans tes petites menottes dépensières (Argent de poche et revenus d'un job éventuel. Plus rares : revenus de tes actions dans le diamant. Ou encore, mais c'est interdit : fruits de tes trafics inavouables).

+ les cadeaux plus ou moins prévisibles, anniversaire, nouvel an, Saint-Nicolas, Noël, fête des jeunes (?), Saint-Euro, Kermesse, Foire, Ducasse,…

+ les rentrées occasionnelles comme un baby sitting par-ci, par-là, les courses pour mamy, la pelouse de tonton, la voiture de la maman,…

+ encore les bonus surprises : félicitations du jury pour un bulletin incroyablement bon (à partager avec ton copain premier de classe ?), bonne humeur inespérée et généreuse des parents, beau billet trouvé sous les sabots d'un cheval,…

Côté dépenses, il y a de la même façon…

Le mieux c'est probablement de faire ton budget sans tenir compte ni des rentrées ni des dépenses exceptionnelles. A chaque envie de ce genre de dépenses, pèse bien le pour et le contre, vois si tu peux prévoir une rentrée exceptionnelle avant d'acheter ce gros objet de ta convoitise. Au pire, imagine au moins, calculs à l'appui, comment tu vas pouvoir rembourser, à quel rythme et dans quelles conditions.

Si tes recettes égalent exactement tes dépenses, bravo, c'est pas mal, ça va, mais c'est quand même un peu juste. Aucune possibilité d'économiser un peu. Dur, dur en cas de sale coup. Aucun moyen de s'offrir un petit extra de temps en temps. Si tes recettes dépassent tes dépenses, tu peux voir venir et te faire des petits plaisirs surprises. Tu peux même parfois jouer les banquiers pour dépanner les copains-copines. Sois sympa avec eux ! Si par contre ton bilan est négatif, bonjour la galère : tu rames du début à la fin du mois, tu stresses tous les jours, tu mendies, tu ne sais plus comment t'en sortir…

Amer surendettement

Bruits de la boîte aux lettres, qu'on ouvre, qu'on referme.

C'est le facteur. Qu'a-t-il déposé aujourd'hui ? Combien de factures, de rappels et de mises en demeure ? Que pourra-t-on bien encore laisser au huissier cette fois-ci ? Impossible en tout cas de boucler ce p… de budget. Trop de charges, trop de remboursements, trop de dépenses, trop peu de rentrées…

Tu te souviens de l'histoire de Judith ? C'est un peu la même histoire ici, mais chez un adulte.

Être surendetté, c'est " ne plus pouvoir faire face, de façon importante et durable, au remboursement de différents crédits et charges du ménage ".

Il y a des situations de surendettement à peine imaginables. Des gens qui ont accumulé tellement de dettes que l'on ne voit pas comment ils pourraient encore s'en sortir. Ces situations sont dues à des causes multiples. Des erreurs d'évaluation des possibilités de remboursement, des " sales coups de la vie " qui vous tombent dessus sans prévenir, des maladies, des accidents, la perte d'un emploi bien payé à un âge où retrouver un job devient difficile,… Il y a aussi des gens qui, " depuis toujours ", sont incapables de gérer leur budget. Enfin, last but not least, toutes ces difficultés et problèmes sont à remettre dans le contexte d'une société centrée sur la consommation et les apparences. Difficile de résister à la pression des pubs qui nous promettent le bonheur si l'on achète la super bagnole turbo-injection-4X4-air condi-(air con, dis ?)-airbags-décapotable pour l'aventure et l'évasion ou la home cinéma dolby stéréo (" indispensable " pour " vivre " " les aventures " des " candidats " de " L'Ile de la Tentation ". Tous les guillemets sont pesés !). D'autant plus dur de résister avec les propositions de prêts faciles des banques ou des Pierre-Pol-Jacques prêteurs indépendants de leur état.

Et comme souvent, plus on se sent exclu, plus on essaie de ressembler " à la masse ". Moins on a les moyens de consommer, plus on a envie d'avoir " ce que tout le monde a ". Dans une société de consommation, consommer c'est exister. " J'achète, donc je suis ". " Je vends, donc vous achetez. Vous achetez, donc vous êtes. Je vends, donc vous êtes ". Autre aspect possible : quand certaines personnes se sentent mal, elles boivent une chope de plus que d'habitude. Pour d'autres, la compagne de malheur, c'est la gaufre, la crème glace ou la portion de frite mayonnaise. D'autres se sont spécialisés dans les joints pour oublier leurs problèmes. Chez une partie des personnes surendettées, le fait d'acheter peut avoir la même fonction apaisante.

La médiation de dettes

Depuis quelques années, le surendettement devient un réel problème de société. Il a toujours été un réel problème pour les personnes concernées. Notre société trouve difficilement une entente entre "sa main libérale et économique", pour laquelle une dette est une dette, à rembourser à tout prix, et "sa main sociale et humaniste", qui veut que toute personne a droit à vivre dans la dignité. Comment concilier ces deux points de vue devant un couple avec 3 jeunes enfants confronté à des remboursements tels que s'ils les honoraient, ils débuteraient chaque mois avec un déficit de plusieurs centaines d'€uros ?

Avec ses tendances franchement " marché " et donc plutôt un peu beaucoup à la folie " libérale et économique ", notre société de consommation met en place des " garde-fous " destinés à " repêcher " les gens qui ont raté un tournant. " Ainsi ils pourront recommencer à vivre dans la dignité " disent les tenants de la tendance " sociale et humaniste ". " Ainsi ils pourront recommencer à consommer " pensent tout haut les partisans de la vision " libérale et économique ".

Garde-fous en cas d'urgence : le Centre Public d'Aide Sociale (C.P.A.S.) de la Commune.

Par ailleurs, dans certaines conditions, s'ils en font la demande (éventuellement aidés par l'assistant(e) social(e) du C.P.A.S.), des personnes en grande difficulté financière peuvent se voir désigner par un juge un médiateur de dettes. Cette personne sera chargée d'élaborer et de proposer un plan de remboursement acceptable pour les personnes endettées et pour les créanciers (personnes et organismes auxquels ils doivent de l'argent). Pendant toute la période que couvre le plan, c'est le médiateur de dettes qui gérera revenus et dépenses des personnes en difficultés. Ce n'est pas toujours facile à vivre pour elles, mais c'est un moindre mal si leur vie grâce à cela redevient financièrement moins pénible. Une " bonne " médiation de dettes est pourtant quand même certainement celle qui implique au maximum les personnes concernées dans la recherche de solutions. Cette participation pourrait les aider à reprendre les choses en main pendant la médiation mais aussi et surtout après…

Du tic aux T.O.C. Dans le langage courant, un tic c'est " une habitude inconsciente, une manie… ".

On pourrait dire " qu'acheter plus vite que son ombre ", pour certaines personnes, c'est un peu comme un tic.

(Presque) rien à voir avec un T.O.C., un " Trouble Obsessionnel Compulsif ", véritable maladie psychiatrique à soigner comme telle. Textuellement, c'est une maladie (Trouble) dans laquelle une personne est obsédée par quelque chose (Obsessionnel) qui l'oblige à répéter anormalement certains comportements (Compulsif). Exemples les plus fréquents : obsession de saleté et de contamination, d'où toilette et nettoyages abusifs ; obsession de l'ordre, d'où rangements intempestifs, tout devant être militairement aligné ; obsession d'insécurité, d'où vérifications trop fréquentes de la fermeture des portes ; obsession de maladies graves, d'où consultations trop fréquentes chez le médecin, auto-examen,…

Par rapport à l'argent, il y a deux T.O.C. relativement connus : la fièvre acheteuse et la kleptomanie.

Dans la fièvre acheteuse, dépenser devient une obligation, une nécessité incontournable, une véritable obsession. Attention : ce n'est pas parce que tu te permets un achat " émotionnel ", ni nécessaire ni raisonnable, que tu es pour autant un(e) " drogué(e) de la dépense ". Chez " le vrai acheteur compulsif ", l'envie d'acheter est ressentie comme proprement irrépressible. Ce n'est plus une envie, c'est un besoin, comme le besoin d'alcool chez la personne alcoolique et d'héroïne chez les gens accros à cette drogue. Victime d'une grande tension, l'acheteur compulsif préfère le payement par carte bancaire, plus facile, dématérialisé et moins culpabilisant. Il fait souvent ses achats seuls, cadeau pour soi-même ou pour d'autres, comme pour se consoler ou se faire pardonner. Ces achats souvent totalement inutiles peuvent aller jusqu'au surendettement. Le malade peut également souffrir d'anxiété, de dépression, de boulimie, de dépendance à l'alcool,…

La cleptomanie (non, je n'ai pas fait de faute, c'est avec " c " ou " k ", au choix !) est un T.O.C. plus connu (j'adore ce mot : T.O.C. Mais où vont-ils cherché des trucs pareils ?). Tu connaissais ? " Pulsion irrésistible qui pousse à voler ". Ça peut commencer par du simple chapardage, des " petits vos " sans lendemains. Les objets volés ont souvent moins d'importance que la sensation que le vol procure : avant, grande tension et angoisse ; après, soulagement et bien-être. Les psy disent que dans la kleptomanie, il y a toujours une frustration affective, un besoin de compenser en volant ce dont on manque inconsciemment. C'est pas bien dit, ça ? Et quand un psy parle de " manque ", il ne pense ni à l'argent, ni à la voiture, ni au GSM ! Et voilà Mister Morale reparti pour un tour : " Dans nos sociétés de consommation, l'avoir a tendance à remplacer l'être… Amen ! "…

Source : http://www.ifeelgood.be/societe.htm




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