Activité sexuelle et maladies cardio-vasculaires... qu'en est-il?

Qui n'a pas vu le film Private Benjamin, dans lequel on assiste à la crise cardiaque du nouveau marié en plein milieu d'une relation sexuelle! Cette scène a de quoi faire frissonner tous ceux qui ont des problèmes de coeur! Elle rejoint également une croyance populaire qui suscite bien souvent plus de stress pour le système cardio-vasculaire que l'activité sexuelle elle-même! Dans cet article, nous essaierons de démystifier un peu plus ce sujet demeuré tabou.

Par Brigitte Paquette, M.A., sexologue-clinicienne et psychothérapeute

La peur de mourir

Quiconque ayant frôlé la mort risque de la craindre à nouveau. C'est d'ailleurs ce que vivent un grand nombre de personnes ayant eu une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. Souvent partagée par leur conjoint(e), cette peur peut affecter considérablement le désir au sein du couple et par conséquent, diminuer la fréquence des activités sexuelles. Nombreux sont ceux et celles qui croient à tort que leur vie sexuelle est terminée parce qu'ils associent le vieillissement et la maladie avec la fin de la vie sexuelle active. Ces croyances et ces sentiments risquent non seulement d'inhiber leur désir, mais ils peuvent également occasionner des difficultés sexuelles. Voyant leur qualité de vie ainsi limitée, la dépression guette ces personnes qui ne voient plus de sens à leur vie.

Mais pour ceux et celles qui se relèvent optimistes de cette épreuve et qui choisissent la vie plutôt que de se laisser abattre par la fatalité, la sexualité est le contexte par excellence pour se prouver qu'on est toujours vivant. Ce sera peut-être différent, mais n'est-ce pas justement l'occasion rêvée de recréer avec son (sa) partenaire de nouvelles façons de se rencontrer sexuellement?

Y a-t-il vraiment un risque?
Mais qu'est-ce qui fait que les gens associent la relation sexuelle avec l'accroissement du risque de faire une crise cardiaque? Lorsqu'on a une relation sexuelle, il y a une augmentation des pulsations cardiaques ainsi qu'un accroissement de la pression artérielle à mesure que l'excitation sexuelle grimpe jusqu'à l'orgasme. Prenant conscience de ces modifications corporelles, certaines personnes peuvent craindre de surmener leur appareil cardio-vasculaire et de faire une crise cardiaque. L'activité sexuelle peut en effet comporter certains risques au même titre que d'autres activités qui demandent un effort physique. Les risques peuvent même être élevés si, par exemple, l'accident vasculaire cérébral ou cardio-vasculaire est récent, ou s'il s'agit d'un problème d'hypertension grave mal maîtrisé, pour n'en nommer que quelques-uns. Seul votre médecin peut évaluer si votre condition cardio-vasculaire nécessite un arrêt des rapports sexuels. C'est également lui qui déterminera quand le retour des activités sexuelles habituelles est indiqué. Dans la plupart des cas, les maladies vasculaires n'interdisent pas définitivement les interactions sexuelles, mais ce sujet est tellement tabou qu'il pourrait ne pas être abordé dans le cabinet du médecin. Donc, c'est votre responsabilité de poser les questions qui vous préoccupent. Sinon, vous vous exposez à vivre des inquiétudes ou vous risquez de mettre un frein à votre sexualité, ce qui n'est guère plus gai.

Votre médecin vous a donné carte blanche pour vivre pleinement votre sexualité, mais vous avez toujours des craintes? Voici quelques informations qui sauront peut-être vous rassurer :

Physiologiquement, la relation sexuelle ne comporte pas plus de risque que de monter un escalier de plus ou moins quinze marches.

Comme elle n'est pas plus risquée que de marcher la longueur de 85 pâtés de maison par beau temps.

Une relation sexuelle pratiquée avec le (la) partenaire habituel(le), d'une durée de dix à seize minutes, représente une dépense d'énergie inférieure à celle qu'entraîne la conduite d'une voiture.

L'activité sexuelle ne nécessite pas plus d'énergie qu'un ratissage de terrain et ne va pas chercher plus des deux tiers de la capacité d'énergie moyenne des personnes qui ont subi une maladie cardiaque sans complication.

La consommation d'oxygène au moment du coït est inférieure à celle qui est nécessaire pour marcher rapidement ou monter un escalier.

Donc, comparativement à d'autres activités physiques, l'activité sexuelle ne semble pas particulièrement exigeante pour l'appareil cardio-vasculaire.

Conseils pratiques pour réduire les risques

Pour les personnes qui souffrent d'hypertension ou qui se rétablissent d'une crise cardiaque, lorsque le retour des activités sexuelles est indiqué, certaines précautions sont de mise. D'abord, ce retour se fait graduellement et doit être pratiqué en déployant un minimum d'effort. Il est également recommandé de se reposer après le coït.

Pour vivre sa vie sexuelle de manière harmonieuse, les participants doivent être dans un état de détente, physiologie oblige. Or, ce critère est doublement important pour les personnes avec une santé vasculaire plus fragile. Il est donc important d'éviter toute forme de stress lorsqu'il y a rapprochement sexuel. À ce propos, il serait déconseillé d'expérimenter des activités sexuelles qui ne vous sont pas familières, d'en avoir dans un endroit inusité, de le faire à toute vitesse, d'avoir une relation sexuelle extraconjugale ou avec une prostituée, ou tout événement qui peut susciter de l'anxiété. Les relations anales sont à proscrire. Cette pratique stimule le nerf vague, ce qui occasionne un ralentissement du rythme cardiaque pouvant amener un arrêt cardiaque. Il est également conseillé d'éviter d'avoir des relations sexuelles après un gros repas arrosé d'alcool, à cause de la dilatation des vaisseaux sanguins que cela occasionne et parce que l'énergie cardiaque est utilisée pour la digestion.

Prenez le temps de créer un contexte d'intimité agréable avec votre partenaire, dans un climat de romantisme et de détente (ex.: musique d'ambiance, chandelles, prendre un bain ensemble.). Accordez-vous du temps pour les préliminaires et profitez-en pour explorer mutuellement le corps de votre partenaire. Cette étape est importante, car elle prépare tranquillement votre cour tel un réchauffement, au lieu de le plonger brusquement dans l'action. Lorsque vous arriverez au rapport sexuel proprement dit, installez-vous dans une position confortable qui ne vous demandera pas un trop grand effort ni une performance acrobatique. Par exemple, la position où la femme est au-dessus de l'homme demandera une moins grande consommation d'oxygène, dans le cas où c'est lui qui a été malade. La pénétration en position assise face à face, pieds reposant sur le sol, ne demande pas un trop grand travail du muscle cardiaque. Par contre, dans la position où c'est l'homme qui est au-dessus, une plus grande force musculaire est exigée au niveau des bras et des épaules, ce qui demande un plus grand effort pour le cour. Après le rapport sexuel, reposez-vous.

Si vous souffrez de douleurs angineuses pendant ou après le contact sexuel, si vous avez des palpitations ou une augmentation du rythme cardiaque et respiratoire persistant plus de quinze minutes après la relation sexuelle ou si d'autres signes vous inquiètent, consultez votre médecin.

En conclusion, j'aimerais souligner l'importance de préserver l'intimité sexuelle, il s'agit d'une nourriture essentielle pour le couple. J'entends par là que même si les relations sexuelles avec pénétration ne sont pas de mise, la sexualité humaine est beaucoup plus globale qu'une simple pénétration. Il y a tant de caresses agréables à explorer, alors pourquoi s'en passer!

source: http://www.canoe.qc.ca/artdevivrecouples/juin16_03_cardio_a-can.html




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